Nouvel éclairage sur le rôle de la génétique dans l’orientation sexuelle

La multitude des variantes génétiques susceptibles de prédisposer légèrement à l’homosexualité et leur complexe interaction avec les facteurs environnementaux expliqueraient la grande diversité des comportements sexuels que l’on observe chez l’humain, font remarquer les chercheurs.
Photo: iStock La multitude des variantes génétiques susceptibles de prédisposer légèrement à l’homosexualité et leur complexe interaction avec les facteurs environnementaux expliqueraient la grande diversité des comportements sexuels que l’on observe chez l’humain, font remarquer les chercheurs.

Une étude internationale de grande envergure publiée dans la revue Science a permis d’identifier cinq variantes génétiques qui seraient associées à l’homosexualité. L’effet de ces variantes est toutefois si minime qu’elles ne peuvent absolument pas être utilisées pour prédire l’orientation sexuelle d’une personne. Loin d’être considérées comme des « gènes de l’homosexualité », ces variantes confirment néanmoins que la génétique contribue à l’expression du comportement homosexuel, tout comme à celle de nombreux autres traits humains.

Il ne s’agit pas de la première étude visant à identifier la contribution de la génétique dans l’homosexualité, mais celle qui est publiée aujourd’hui dans la revue Science est de loin beaucoup plus imposante et solide, car les chercheurs disposaient des données génétiques de près de 500 000 personnes pour effectuer une étude d’association pangénomique. Cette technique vise à identifier les variantes génétiques qui sont les plus fréquemment associées au trait que l’on étudie, en l’occurrence le fait d’avoir eu des relations sexuelles avec des personnes du même sexe que soi.

Les chercheurs ont ainsi repéré cinq variantes génétiques qui étaient significativement plus fréquentes dans le génome des personnes ayant affirmé avoir eu des relations homosexuelles. L’ensemble de ces cinq variantes permet toutefois d’expliquer moins de 1 % des comportements homosexuels dans la population. « Ces cinq variantes qui augmentent la probabilité de s’engager dans des relations homosexuelles sont très communes dans la population, ce qui veut dire que de nombreuses personnes portent ces variantes sans pour autant avoir des rapports homosexuels. De plus, leur effet est minime », précise le premier auteur de l’étude, Andrea Ganna, joint au téléphone en Finlande.

« [Ces cinq variantes] ne peuvent donc absolument pas être utilisées pour prédire le comportement homosexuel d’un individu », souligne dans un commentaire publié dans le même numéro de Science Melinda Mills, du département de sociologie de l’Université d’Oxford, au Royaume-Uni. Mme Mills déplore toutefois que l’étude n’a porté que sur des individus d’origine européenne puisque les données génétiques utilisées provenaient uniquement de la UK Biobank du Royaume-Uni et de 23andMe, une entreprise américaine qui fournit des informations génétiques personnelles sur la santé et la généalogie à ses clients.

Parmi ces cinq variantes, certaines sont situées dans des gènes impliqués dans l’olfaction, une autre est fortement associée à la calvitie chez l’homme et se trouve à proximité d’un gène impliqué dans la différentiation sexuelle, ce qui « renforce l’idée que la régulation des hormones sexuelles interviendrait dans le développement du comportement homosexuel », écrivent les chercheurs.

De plus, deux de ces variantes n’étaient présentes que chez les hommes, une autre uniquement chez les femmes, soulignant ainsi le fait que l’influence génétique est un peu différente entre les deux sexes.

« Nous pouvons toutefois affirmer assurément qu’il y a plus de cinq variantes génétiques qui sont associées à l’homosexualité. Il y en aurait des milliers que nous n’avons pas encore découvertes, et qui auraient de très petits effets. L’ensemble de toutes ces variantes pourraient expliquer tout au plus 25 % du comportement homosexuel », ajoute M. Ganna

Clairement, il n’existe pas de « gène gai », soulignent les chercheurs. Et la génétique est loin de tout expliquer. « Comme pour plusieurs autres traits humains, tels que la taille et la personnalité par exemple, la biologie [soit le résultat de l’effet cumulatif de toutes les variantes génétiques portées par un individu] et l’environnement interagissent ensemble d’une façon extrêmement complexe », affirme Benjamin Neale, chercheur à la Harvard Medical School, et l’un des 21 signataires de l’étude.

La multitude des variantes génétiques susceptibles de prédisposer légèrement à l’homosexualité et leur complexe interaction avec les facteurs environnementaux expliqueraient la grande diversité des comportements sexuels que l’on observe chez l’humain, font remarquer les chercheurs.

Ceux-ci ont également relevé que le comportement homosexuel était génétiquement corrélé avec certains troubles psychiques, comme la dépression. « Cela ne veut pas dire que si vous êtes gai, vous serez plus susceptible d’être déprimé, ou que le fait d’être gai cause la dépression. Cette dernière peut plutôt être induite par l’homophobie ou la discrimination », explique M. Ganna.

Selon Ben Neale, cette étude a aussi le mérite de démontrer qu’« être gai n’est pas un choix ! »

« Nous avons fait en sorte que cette recherche soit la plus rigoureuse et responsable scientifiquement possible. Pour ce faire, nous avons rassemblé des chercheurs ayant différentes expertises, soit en génétique, en psychologie, en sociologie et en statistiques. Nous avons également collaboré avec des groupes de défense [LGBTQIA] avec lesquels nous avons discuté de ce que nous faisions, de comment nous le faisions et de la façon dont nous devrions communiquer les résultats afin d’être le plus délicat possible pour les individus qui pourraient en être affectés », a souligné M. Neale lors d’une téléconférence.

Une étude pertinente ?

Pour Marie Houzeau, la directrice générale du Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS-Montréal), un organisme communautaire qui a pour mission de favoriser une meilleure connaissance de la diversité sexuelle et de genre, ce type d’études n’est pas vraiment pertinent et peut susciter quelques inquiétudes. « Est-ce qu’on fait ces recherches avec la volonté d’aller toujours plus loin dans la précision, et avec un objectif ultime qui pourrait permettre une certaine forme d’eugénisme. Fourniront-elles une façon de prédire ou de déceler l’arrivée d’un bébé qui ne répond pas aux normes, et que les parents pourraient éliminer avant la naissance ? », s’interroge-t-elle.

« Certains croient que si on trouve une composante génétique, ou quelque chose d’inné, ça légitimera plus la question. Mais pourquoi l’homosexualité ou l’hétérosexualité seraient-elles plus légitimes du fait qu’elles ne sont pas un choix ? Ce sont des choses qui se passent entre personnes consentantes et qui ne touchent absolument personne d’autre, et ce, que leurs rapports soient affectifs, romantiques ou intimes. Même si c’est un choix, ce que je ne crois pas intimement, ça ne serait pas moins légitime », estime-t-elle.

« Ces études semblent vouloir trancher le débat sur ces deux possibilités : inné ou acquis et donc choix. Mais la vraie question est plutôt de savoir si nous voulons vraiment évoluer au sein d’une société qui est ouverte à la diversité. C’est la seule question qui importe. Que cette diversité soit une question de génétique, de comportements acquis, ou de choix », déclare-t-elle.