David Saint-Jacques, les pieds sur terre

L’astronaute David Saint-Jacques a présenté quelques-uns des clichés qu’il a pris de là-haut, dans la Station spatiale internationale. Sur la photo, il est accompagné du ministre Navdeep Bains et de la petite Sophie Gentile.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’astronaute David Saint-Jacques a présenté quelques-uns des clichés qu’il a pris de là-haut, dans la Station spatiale internationale. Sur la photo, il est accompagné du ministre Navdeep Bains et de la petite Sophie Gentile.

Après avoir passé plus de six mois dans l’espace, l’astronaute québécois David Saint-Jacques a effectué son grand retour à l’Agence spatiale canadienne (ASC) mercredi. Reprenant progressivement le cours de sa vie, le père de famille se remémore « une expérience fantastique » qui va lui prendre « du temps à digérer ».

Vêtu de son habituelle combinaison bleue, M. Saint-Jacques a été reçu sous un tonnerre d’applaudissements par des dizaines d’employés de l’agence fédérale située à Saint-Hubert, sur la Rive-Sud de Montréal. L’astronaute a également été accueilli par le ministre de l’Innovation, des Sciences et du Développement économique, Navdeep Bains, et à bras ouverts par le président de l’ASC, Sylvain Laporte.

« David, bienvenue sur Terre », lui a d’ailleurs lancé ce dernier avant de lui laisser le micro devant les représentants de la presse. « Je suis d’abord revenu sur Terre, puis dans ma famille, et là je reviens dans mon équipe », a peu après précisé l’astronaute, tout sourire.

Devant une salle bondée, M. Saint-Jacques a présenté une série de clichés croqués pendant son séjour de plus de six mois à bord de la Station spatiale internationale (SSI). Là-haut, il a suivi un « horaire chargé » ponctué de « centaines d’expériences » scientifiques, notamment d’ordre médical.

« On fait de la recherche, beaucoup de recherche, dans des domaines qui vont bénéficier à tout le monde sur Terre », a-t-il expliqué. Les résultats de ces travaux, toutefois, ne seront pas connus avant plusieurs mois, voire plusieurs années.

David Saint-Jacques est de retour sur Terre depuis le 24 juin, après s’être envolé à bord d’une fusée Soyouz le 3 décembre. Il était accompagné de l’astronaute américaine Anne McClain et du cosmonaute russe Oleg Kononenko.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir David Saint-Jacques a passé six mois dans la Station spatiale internationale.

En orbite autour de la Terre pendant 204 jours, celui qui est aussi ingénieur, astrophysicien et médecin de famille a établi un record canadien pour le vol spatial le plus long. Sans surprise, l’expédition a laissé ses traces sur l’homme de 49 ans, tant physiques que psychologiques. Il a confié encore ressentir les effets de l’apesanteur sur son équilibre parfois vacillant, un souci commun à tous les astronautes de retour sur la terre ferme, a-t-il ajouté.

« Ça prend de 2 à 6 mois avant d’être complètement fonctionnel. C’est comme un retour progressif au travail, si on veut, a-t-il résumé à l’auditoire, un rire dans la voix. J’espère qu’après les Fêtes, je serai un mari, un père, un ami et un employé standard ! »

L’astronaute assure néanmoins ne pas ressentir de douleurs et ne pas avoir perdu, « à première vue », trop de densité osseuse. Il n’éprouve pas non plus de complication liée à sa vision, autre répercussion connue des voyages dans l’espace. Un contrecoup également surveillé : les risques de développer un cancer puisqu’il a été davantage exposé au rayonnement cosmique. « Mais généralement, je crois avoir été assez chanceux sur les effets », a insisté M. Saint-Jacques.

Moments forts

Lors de sa mission, le natif de Québec a effectué une sortie extravéhiculaire de six heures et demie. En suspension dans l’immensité de l’espace, la Terre tournoyant à ses pieds, l’astronaute se remémore un moment « émouvant ». « Les gens me demandent si on se sent petit. Étrangement, non, a-t-il raconté. Je sentais plutôt que je faisais partie de ce truc gigantesque qu’est l’esprit humain. »

David Saint-Jacques est en outre devenu le premier astronaute canadien à utiliser le bras robotique « Canadarm2 ». Il était chargé d’« attraper en orbite » une capsule cargo lancée par le transporteur SpaceX, une tâche pour laquelle l’engin — « une source de fierté constante » pour lui — n’a pas été initialement conçu. Cet « exploit » a été rendu possible par le travail acharné des ingénieurs de l’ASC « et beaucoup de jus de cerveau », a-t-il pris soin de préciser.

« Il n’y a pas une opération majeure dans la station qui ne requiert pas le bras canadien. C’est vraiment au coeur de tout ce qui se fait là-haut. »

Nouvelle perspective

Le mois dernier, quelques heures avant de quitter la station spatiale, le Québécois avait transmis deux photographies prises de l’espace de la Colombie-Britannique et de la région du Nunavik, dans le nord du Québec, en écrivant que la vue des paysages canadiens grandioses lui manquerait.

Si la vue qui lui a été offerte de contempler depuis la SSI était « exceptionnelle », « elle était toujours la même ». Cette vue, elle a plutôt éveillé en lui une soif de découvrir les paysages que recèle notre planète, « complexes et diversifiés ». Mais surtout, d’apprécier les joies de l’existence, « toutes ces choses qu’on prend pour acquises ». « La joie de marcher dehors, de croquer dans une pomme fraîche, d’avoir le vent dans le visage… Ce sont des joies simples qui reprennent toute une aura pour moi », a-t-il exposé, philosophe.

Entouré des siens au chalet de ses parents, le père de trois enfants a d’ailleurs récemment « profité du coucher de soleil sur le lac des Deux-Montagnes ». « Je l’ai souvent vu d’en haut. »

La suite

Comme tous les astronautes canadiens, David Saint-Jacques travaille depuis le centre spatial de la NASA à Houston, au Texas. Il compte prochainement y réintégrer ses fonctions d’agent de liaison (capcom), dont le rôle principal est d’assurer la communication avec l’équipage à bord de la SSI. « Je pense que je vais voir ça d’un oeil complètement différent maintenant. Je vais faire ça différemment, c’est sûr », a-t-il ajouté.

« La carrière d’un astronaute, c’est toujours d’un horizon à l’autre. On va voir, a-t-il ajouté. Mon objectif pour le moment, c’est de me rétablir complètement et de redevenir un membre actif du corps des astronautes. »

Et maintenant que cette mission est derrière lui, n’y a-t-il pas une chance que la nostalgie de cette expérience d’une vie s’installe doucement ? L’astronaute s’est empressé de répondre par la négative, loin d’avoir le cafard.

« J’ai eu la chance d’accomplir tout ce que je pouvais rêver d’accomplir là-haut. J’y retourne souvent dans ma tête. Je ferme les yeux et je m’imagine là-haut. Mais je suis parti sans remords ni regret. »