Gagner la course grâce au soleil

Le petit bolide monoplace bleu et blanc, concocté par les étudiants de Polytechnique, a réussi à effectuer 35 tours de plus que son plus proche rival sur le circuit d’Austin, au Texas.
Photo: Projet Esteban Facebook Le petit bolide monoplace bleu et blanc, concocté par les étudiants de Polytechnique, a réussi à effectuer 35 tours de plus que son plus proche rival sur le circuit d’Austin, au Texas.

Ils ont beau venir d’une contrée nordique où le soleil se fait désirer, 14 étudiants de l’École polytechnique de Montréal ont excellé à marier technologies et rayons solaires pour arracher dimanche dernier à Austin, au Texas, le premier prix lors de l’équivalent de la Formule 1 des voitures propulsées à l’énergie solaire.

Le prototype Esteban 9, mis au point depuis deux ans par une quarantaine d’étudiants de Polytechnique, a ravi la victoire après avoir réussi à franchir plus de 1260 kilomètres en 24 heures, à une vitesse moyenne d’environ 53 km/h, remportant ainsi la première place, loin devant ses adversaires, issus de diverses universités américaines.

Grâce aux capacités techniques et stratégiques mises au point par les étudiants de Polytechnique, le véhicule à l’énergie solaire québécois aux allures de vaisseau spatial a bouclé 230 tours de piste, devançant de loin l’équipe de l’Université du Kentucky (195 tours, 1075 kilomètres), arrivée au 2e rang.

« Le but est de réussir à effectuer le plus de tours de circuit possible grâce aux spécificités techniques et à une stratégie permettant d’utiliser la charge de la batterie et l’ensoleillement de la façon la plus efficiente possible », a expliqué lundi Annabelle Auger, membre de l’équipe et directrice des affaires pour le projet Esteban 9.

Performance

« Cette année, on s’est vraiment démarqués », s’est réjouie Annabelle, une des deux femmes de l’équipe réduite qui a participé à la compétition sur le circuit. En tentant d’utiliser le moins d’énergie possible, le petit bolide monoplace bleu et blanc a réussi à effectuer 35 tours de plus que son plus proche rival, en parvenant à limiter la surchauffe de la batterie, même lors d’épisodes où le macadam de la piste a culminé à 60 degrés Celsius.

« Notre véhicule est vraiment adapté aux circuits de type Formule 1 et négocie très bien les virages, donc cela nous a permis de garder une bonne vitesse moyenne », a-t-elle expliqué.

Les propriétés techniques du véhicule lui permettent d’emmagasiner l’énergie solaire, mais aussi de produire sa propre énergie en route, de sorte qu’Esteban a pu avaler la piste à plusieurs moments de grand soleil, sans avoir à puiser dans les réserves de sa batterie.

« À certains moments, seulement 5 % de l’énergie provenait de la batterie », ajoute Annabelle. Extrêmement performant, le véhicule de 437 livres, fait de fibre de carbone et doté de 4 mètres carrés de panneaux solaires, peut atteindre une vitesse maximale de 110 kilomètres à l’heure.

L’an dernier, le véhicule avait aussi remporté la première place, au nez d’universités dont les bolides bénéficient de budgets de développement autrement plus importants que celui de Polytechnique.

Développée au coût de 200 000 $ grâce aux fonds fournis par Polytechnique et à plusieurs partenaires privés, la neuvième version du projet « Esteban, véhicule solaire » est aussi parvenue à remporter la palme du véhicule le plus performant si l’on tient compte des budgets investis.

« Plusieurs universités américaines ont des budgets autour du million de dollars pour développer leurs prototypes. Ils ont ainsi accès à de meilleurs matériaux, plus performants », souligne la porte-parole de l’équipe.

Reste que l’équipe du Esteban 9, composée au tiers d’étudiantes, s’est malgré tout démarquée l’an dernier pour la qualité de ses systèmes électriques.

En plus de viser une performance technique et stratégique, le projet de l’École polytechnique vise à sensibiliser le public au potentiel de l’énergie solaire, en cette époque où la dépendance aux énergies fossiles force la société à développer des sources d’énergie renouvelable.

L’an prochain, un tout nouveau prototype à passagers multiples, se rapprochant davantage d’une voiture traditionnelle, sera développé par l’équipe de Polytechnique. Une autre équipe canadienne, de l’Université de Calgary cette fois, a quant à elle décroché la première place dans la catégorie des véhicules de plusieurs occupants, devant l’Université de Berkeley en Californie.

Sur le marché

Pour Annabelle Auger, il reste beaucoup à faire pour rendre ces technologies accessibles au public, en raison des coûts élevés des panneaux solaires. Toutefois, précise-t-elle, un premier véhicule à énergie solaire vient d’être lancé sur le marché, fin juin, par une jeune entreprise hollandaise.

Le véhicule, doté d’une batterie assurant une autonomie de 724 km, peut se recharger au rythme de 12 kilomètres par heure grâce à son toit, couvert de panneaux solaires.

La compagnie prévoit de livrer ses premiers véhicules en 2021.


Une version précédente de cet article affirmait que la neuvième version du projet « Esteban, véhicule solaire » avait été développée au coût de 500 000 dollars. Il s'agit plutôt de 200 000 dollars. Nos excuses.