Une innovante odyssée verte au Jardin botanique

Huit stations décrivant chacune une des grandes innovations que les végétaux ont connues au cours de leur évolution et qui leur ont permis de dominer la Terre ponctuent le fil chronologique du parcours.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Huit stations décrivant chacune une des grandes innovations que les végétaux ont connues au cours de leur évolution et qui leur ont permis de dominer la Terre ponctuent le fil chronologique du parcours.

Elles ont contribué à la prolifération de la vie sur Terre. Elles sont la base de la chaîne alimentaire. Malgré ces rôles fondamentaux, on leur accorde généralement peu d’attention. Espace pour la vie a décidé de rendre hommage aux plantes en retraçant l’histoire de leur évolution sous la forme d’un magnifique parcours intitulé L’odyssée des plantes dans l’Arboretum du Jardin botanique de Montréal.

Pour rejoindre le point de départ du circuit qui se situe à l’orée de l’Arboretum, les visiteurs doivent d’abord traverser les splendides jardins extérieurs, qui leur permettront d’apprécier l’extraordinaire diversité et beauté du monde végétal. Puis, c’est à l’orée de l’Arboretum que le sentier de couleur rouge prend naissance avant de sinuer à travers une magnifique forêt fréquentée par des moutons.

Selon les concepteurs de cette exposition, ce ruban écarlate symbolise une ligne du temps qui consigne les grands événements d’une histoire qui s’échelonne sur 2,4 milliards d’années. Huit stations décrivant huit grandes innovations que les végétaux ont connues au cours de leur évolution et qui leur ont permis de dominer la Terre ponctuent ce fil chronologique.

L’histoire débute par l’émergence de la photosynthèse chez des bactéries vivant dans les océans. Grâce à cette innovation extraordinaire, les cyanobactéries peuvent fabriquer leur propre nourriture en utilisant la lumière solaire, et libérer de l’oxygène qui permettra l’apparition des premières algues multicellulaires, puis des algues vertes, et finalement des animaux. « Aucun animal n’est capable d’un tel exploit », souligne au passage Annabelle Mimouni, la conceptrice du parcours.

Pour mieux appréhender cette première innovation, des animations, telles qu’un jeu basé sur les principes de la photosynthèse, une horloge temporelle sur laquelle on doit inscrire les étapes clés de l’évolution des plantes et un proscope permettant d’observer des Volvox, ces descendants des premières algues vertes, sont proposées au public.

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Une des huit stations du parcours

La seconde grande innovation qui va permettre aux plantes de gagner la terre ferme est la cuticule, cette couche imperméable qui recouvre les organes aériens des végétaux. En évitant le dessèchement des tissus, la cuticule qui a fait son apparition il y a 470 millions d’années, a ainsi permis aux plantes de sortir du milieu aquatique et de conquérir le milieu terrestre. « La cuticule s’est rapidement dotée de pores, qui sont devenus les stomates, afin d’assurer les échanges gazeux, dont l’entrée du gaz carbonique nécessaire à la photosynthèse », ajoute Simon Joly, chercheur en évolution végétale au Jardin botanique de Montréal.

Dans un sous-bois, les visiteurs sont invités à s’étendre au ras du sol pour examiner de près, à travers des loupes, des spécimens de mousses qui sont les tout premiers végétaux à s’affranchir du milieu aquatique.

Au fur à mesure que l’on avance sur le sentier, les visiteurs constateront que l’évolution s’accélère, car la troisième innovation, soit le développement d’un système circulatoire, survient seulement 45 millions d’années plus tard. « Équipées de vaisseaux qui conduisent la sève plus efficacement, les plantes peuvent désormais grandir, se propulser vers le ciel. Et pour mieux s’ancrer dans le sol, elles développent des racines. Des forêts de prêles géantes pouvant atteindre plusieurs mètres de hauteur envahissent alors la Terre », explique M. Joly.

Capteurs solaires

Puis, dans le but de capter plus efficacement l’énergie solaire, les rameaux de certaines plantes s’aplanissent et fusionnent à la manière des pattes palmées des canards, formant du coup des feuilles parcourues de nervures. Cette quatrième innovation survenue il y a 410 millions d’années a énormément de succès, car les feuilles constituent des capteurs solaires extrêmement performants.

Couchés dans des hamacs disposés sous des tiges, des fougères et des feuilles, les visiteurs pourront expérimenter la plus grande efficacité des feuilles, qui constituent d’excellents parasols comparativement aux structures plus anciennes.

La cinquième innovation survenue il y a 380 millions d’années est celle du cambium, cette mince couche de cellules située sous l’écorce qui induit la croissance vers l’intérieur de canaux qui acheminent l’eau et les nutriments depuis le sol vers les feuilles, et celle vers l’extérieur de canaux qui distribue la sève élaborée dans toute la plante », précise M. Joly. Le tout forme une structure robuste, le bois du tronc, qui confère une meilleure solidité aux plantes.

Puis, il y a 365 millions d’années, l’apparition de la graine qui protège l’embryon du dessèchement donne la possibilité aux plantes de se disperser et de conquérir tous les milieux, même les plus secs, contrairement aux spores, des fougères par exemple, dont la reproduction a lieu nécessairement dans de l’eau, car les cellules mâles doivent nager pour rejoindre les cellules femelles. Comme les graines contiennent aussi des réserves de nourriture, elles sont plus attrayantes pour les animaux qui, en les consommant, deviennent de nouveaux vecteurs de propagation.

L’émergence de la fleur, qui réunit dans une même structure les organes mâle et femelle, crée une véritable « révolution » dans le monde végétal, il y a 140 millions d’années, puisque les plantes à fleurs représentent aujourd’hui 90 % des végétaux présents sur Terre. Pour mieux comprendre cette innovation qui s’est déclinée sous une incroyable diversité de formes, on propose aux visiteurs de disséquer une fleur, de jouer au basket-ball, voire de méditer dans un jardin fleuri.

Finalement arrive la naissance de l’agriculture, moment où l’humain commence à influencer l’évolution des plantes. Une influence qui se fait de plus en plus grande au point de menacer l’équilibre entre les espèces vivantes. Dans cette dernière station, « nous désirons sensibiliser les gens au rôle déterminant qu’ils peuvent jouer dans ce prochain chapitre de l’histoire des plantes. Pour ce faire, nous leur présentons des projets inspirants qui nous semblent prometteurs d’un meilleur équilibre, comme les phytotechnologies, la permaculture, le Green Belt Movement en Afrique et l’agroforesterie ».

Ainsi se termine sur une note d’espoir la fascinante odyssée des plantes.

L’odyssée des plantes

Au Jardin botanique de Montréal du 22 juin au 31 octobre 2019