Les mégadonnées à la rescousse des recruteurs

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
«Les algorithmes sont très performants pour déceler les compétences et talents transversaux d’un candidat.»
Photo: iStock «Les algorithmes sont très performants pour déceler les compétences et talents transversaux d’un candidat.»

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Dans le contexte de pénurie de main-d’oeuvre que traverse le Québec, le recrutement et la rétention des collaborateurs sont devenus des éléments hautement stratégiques pour les entreprises. Là encore, les mégadonnées sont susceptibles de faire la différence.

La transformation technologique des entreprises fait en sorte que toutes vont avoir besoin d’adopter une pensée numérique. Ça ne veut pas dire que tous les collaborateurs doivent devenir des programmeurs, mais tous devront être ouverts à la technologie et à l’utilisation des données. Il va falloir travailler différemment, casser les vases clos.

« Il ne s’agit pas de recruter une personne, mais de faire en sorte que tous les employés embarquent et adhèrent au changement, prévient Yanouk Poirier, associé chez Leaders International, une agence de recrutement de cadres. Ça requiert des compétences nouvelles, de la formation. C’est certain que l’intelligence artificielle, avec l’analyse de mégadonnées, peut être d’une grande aide. Notamment dans l’arrimage de profils. »

Fondée dans un petit bureau à Montréal il y a dix ans, Leaders International compte aujourd’hui 8 bureaux et 85 employés à travers tout le Canada. Dès ses débuts, l’agence a décidé de baser ses recherches sur les données et surtout d’ouvrir ses dossiers de recherche à ses clients.

« Nous étions les spécialistes des données ouvertes avant même que cela devienne un sujet dont on parle, note M. Poirier. Traditionnellement, les bases de données sont des chasses gradées, car on espère toujours pouvoir les revendre à un moment ou à un autre. Ça n’a jamais été notre stratégie. Nous avons décidé d’ouvrir nos dossiers de recherche à nos clients afin qu’ils puissent baser leurs entretiens et leurs décisions sur des faits. Ainsi, c’est plus facile de parler rémunération et compétences. Donc de trouver le bon talent. »

Base de données internationale

Une stratégie payante puisque l’agence fait aujourd’hui partie des leaders du recrutement de cadres, tant sur le plan national qu’international. M. Poirier s’est d’ailleurs vu offrir, au début du mois, le poste de président de Penrhyn International, un réseau mondial de cabinets de recrutement de cadres de premier plan. Celui-ci existe depuis 40 ans et compte des bureaux dans 23 pays en Amérique du Nord, en Europe et en Asie-Pacifique.

« Être membre de Penrhyn International nous permet d’offrir à nos clients une perspective mondiale, indique Yanouk Poirier. Or, dans le contexte de pénurie de main-d’oeuvre, c’est sûr qu’il faut accepter de recruter des travailleurs à l’étranger. »

Il faut aussi aller les chercher, non plus seulement sur le marché actif, mais parmi les candidats passifs. Ceux qui ne sont pas à la recherche d’un emploi. D’où l’importance, pour les entreprises, de recourir à l’expertise des chasseurs de têtes.

« Grâce au réseau de Penrhyn, nous avons accès à une énorme base de données à travers le monde, précise le nouveau président. C’est une masse d’informations et l’information est devenue le nerf de la guerre. Les outils d’intelligence artificielle nous permettent quant à eux de trier et de trouver la bonne information, le bon candidat pour nos clients, et ce, où qu’il soit dans le monde. »

Intelligence artificielle contre intelligence émotionnelle

Un premier tri qui s’opère donc efficacement avec l’aide des machines. Les algorithmes sont en effet très performants pour déceler, sur un CV ou sur un profil LinkedIn, les compétences et talents transversaux d’un candidat, en fonction de la carrière de celui-ci et des missions remplies depuis le début de sa vie professionnelle. En 2020, il ne s’agit plus d’avoir acquis des connaissances, mais bien plus d’avoir l’expertise nécessaire pour savoir résoudre des problèmes, développer une pensée critique, faire preuve de créativité et savoir gérer des équipes de manière démocratique.

« On n’est plus dans le up and down, souligne Yanouk Poirier. Le marché de l’emploi est tendu, il y a donc un très fort enjeu de rétention du personnel, notamment des cadres. Durant les dix-huit premiers mois, ils sont très à risque de quitter l’entreprise. L’intégration est une donnée importante. Ainsi, l’intelligence émotionnelle est une compétence qui revient en force. Et là-dessus, les robots n’en sont pas encore à dépasser l’humain. »

M. Poirier évoque donc un travail de collaboration entre les robots et l’humain. Selon lui, il n’y a pas de quoi s’inquiéter, l’intelligence artificielle ne va pas remplacer tous les employés. Il croit cependant que cette peur fait en sorte que les entreprises québécoises ne font pas partie du peloton de tête en matière d’adoption des technologies intelligentes.

« Sur le plan de la recherche, certes le Québec est un véritable précurseur, mais les entreprises, quel que soit leur niveau dans la chaîne de production, n’ont pas un sentiment d’urgence, conclut-il. Il faudrait qu’elles se réveillent parce qu’ailleurs, ça va vite. C’est aussi notre rôle, parce que nous avons une vision très internationale, de leur faire ouvrir les yeux. »