De plus en plus de tâches seront assistées par l’IA

Jean-Marc Rousseau Collaboration spéciale
L’ordinateur fait beaucoup mieux que les êtres humains chaque fois qu’il y a des calculs.
Photo: iStock L’ordinateur fait beaucoup mieux que les êtres humains chaque fois qu’il y a des calculs.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Il faut toujours commencer par bien définir ce que l’on entend par intelligence artificielle, puisque cela peut impliquer tout un spectre qui va de l’analyse de données à la prise de décision. Les dernières accélérations en matière d’IA ont principalement eu lieu dans ce qu’on appelle le deep learning, l’apprentissage profond, et elles vont mener à réaliser de grands progrès dans bon nombre de secteurs.

Je crois ne pas me tromper si j’affirme par exemple que, d’ici quelques années, les professionnels de l’imagerie médicale seront largement assistés par l’intelligence artificielle. Prenons le cancer du sein. Un outil d’IA va déceler plus rapidement et de manière plus fiable les possibles tumeurs dans les mammographies. Mais une fois celles-ci décelées, il faudra toujours la confirmation du radiologue.

D’énormes progrès sont donc à prévoir dans le domaine de la médecine. Celle-ci pourra être bien plus personnalisée qu’elle ne l’est aujourd’hui. En fonction du dossier médical du patient et de toutes les données dont on la nourrira, l’IA sera capable d’aider le médecin à poser le diagnostic et à avoir la bonne approche thérapeutique. Un exemple parmi d’autres réside notamment dans la prescription des psychotropes. Dans un cas sur trois seulement, un généraliste trouve la bonne médication du premier coup. Un modèle IA bien entraîné y parvient dans 66 % des cas, selon des tests récents.

Acceptation sociale

De manière générale, tout ce qui est répétitif pourra être assisté par l’intelligence artificielle afin de gagner à la fois du temps et de la précision. Tout ce qui a trait à l’analyse de données également. Notre vie quotidienne en sera-t-elle pour autant complètement transformée ? Cela va dépendre du taux d’adoption de ces outils et de leur acceptation sociale. Diverses études démontrent que, lorsqu’il s’agit de médecine, une grande majorité de la population est tout à fait ouverte à partager ses données, car elle entrevoit de possibles progrès susceptibles de bénéficier à tous. Mais comme société, souhaite-t-on que les compagnies d’assurances soient capables de proposer une assurance vie ou automobile en fonction de toutes nos données personnelles ? Voire de se la voir refuser si l’on représente trop de risques ?

L’intelligence artificielle a fait de gros progrès ces dix dernières années et en fera encore d’énormes dans les dix prochaines. Grâce à la traduction automatique, nous pourrons communiquer avec quelqu’un dont on ne partage pas la langue. Les voitures autonomes vont faire partie de nos vies, au moins sur les grandes routes et dans les zones où il n’y a pas beaucoup de circulation. Les robots de clavardage (chatbots) pourront répondre à bien plus de questions qu’ils ne le font aujourd’hui. Le commerce risque bien lui aussi de changer de visage.

Mais une réflexion s’impose concernant les partis pris et les préjugés de la technologie. Lorsqu’une machine prend ou suggère des décisions, avec une approche d’apprentissage profond, elle laisse peu de traces quant aux raisons de sa proposition. S’il s’agit de repérer une tache sur l’image d’un sein ou d’un côlon, ça ne pose pas de problème, car je suis capable de vérifier si elle a raison ou non. Mais lorsqu’elle décide de ne pas assurer quelqu’un ou qu’elle prend les commandes d’un avion, je veux comprendre les règles qu’elle s’impose pour m’assurer que sa décision est la bonne et qu’elle n’est pas partiale.

Parallèlement aux progrès technologiques, nous devons ainsi nous assurer que les enjeux éthiques ne soient pas les laissés-pour-compte de cette révolution.