Une constellation canadienne de trois satellites

Ces satellites observeront jour et nuit, quelles que soient les conditions météorologiques, l’ensemble du territoire canadien, y compris les océans, ainsi que l’Extrême-Arctique, jusqu’à quatre fois par jour.
Photo: Agence spatiale canadienne Ces satellites observeront jour et nuit, quelles que soient les conditions météorologiques, l’ensemble du territoire canadien, y compris les océans, ainsi que l’Extrême-Arctique, jusqu’à quatre fois par jour.

Le 11 juin prochain, le Canada lancera depuis la Californie une constellation de trois petits satellites d’observation de la Terre, qui permettront notamment de suivre de près l’impact des changements climatiques sur les régions nordiques et de guider les interventions d’urgence en cas de catastrophes.

Ces satellites qui sont dotés de radars à la fine pointe de la technologie permettront d’observer jour et nuit, quelles que soient les conditions météorologiques, l’ensemble du territoire canadien, y compris les océans, presque quotidiennement, ainsi que l’Extrême-Arctique, jusqu’à quatre fois par jour.

Bien que les trois satellites de la mission de la Constellation RADARSAT (MCR) ont été conçus, construits et testés en majeure partie par l’entreprise MDA (MacDonald, Dettwiler and Associates) dans leurs installations de Sainte-Anne-de-Bellevue, au Québec, ils demeurent la propriété du gouvernement du Canada qui les utilisera pour répondre en priorité aux besoins d’une douzaine de ses ministères.

Néanmoins, l’accès aux données devrait être facilité à divers utilisateurs, qu’ils soient membres de la population, du milieu scientifique ou de l’industrie.

La planification des missions et l’exploitation de la MCR seront assurées par l’Agence spatiale canadienne (ASC), dans un centre de contrôle ultramoderne construit à Saint-Hubert spécifiquement pour cette mission, tandis que des partenaires privés effectueront la plupart des opérations.

Un poste de commande auxiliaire a été mis sur pied à Ottawa, et des antennes de commande des satellites et de réception des données ont été installées dans les différentes régions du pays. Le Centre canadien de cartographie et d’observation de la Terre, une division de Ressources naturelles Canada, sera responsable de l’archivage et de l’accès aux données.

Surveillance

Chacun des satellites de la constellation sera équipé d’un radar à synthèse d’ouverture qui permet de cartographier la surface de la Terre malgré les nuages et l’obscurité, et sera doté d’un système d’identification automatique (SIA) qui améliorera la détection et la surveillance des navires en détresse et ceux qui pratiquent de la pêche illicite.

La MCR sera extrêmement utile pour surveiller les zones marines et côtières, et ce, particulièrement dans les régions nordiques, où la navigation est périlleuse en raison du mouvement des glaces. Comme la MCR survolera ces régions jusqu’à quatre fois par jour, il sera ainsi possible de suivre le mouvement des glaces au cours de la journée étant donné qu’elles dérivent au gré des vents et des marées.

Les données fournies par la MCR aideront donc les navigateurs à déterminer les trajets les plus sûrs et les plus efficaces. Elles serviront aussi aux collectivités à mieux prévoir leurs déplacements en motoneige ou à pied lorsqu’elles partent à la chasse ou à la pêche. Elles permettront également de surveiller l’état du pergélisol et les mouvements du sol, et ainsi de guider les communautés lors de l’édification d’infrastructures.

Catastrophes

La MCR permettra aussi de détecter et de localiser rapidement les déversements d’hydrocarbures, ainsi que de prédire la direction dans laquelle ils se répandront, de mieux les contenir et d’orienter les équipes de nettoyage.

Les données radar de la MCR aideront grandement lors de catastrophes naturelles, comme des inondations, des glissements de terrain et des tremblements de terre. Elles permettront d’évaluer l’ampleur des dégâts et de suivre l’évolution de la situation en temps réel, comme de prévoir les crues soudaines en analysant les accumulations de neige et leur fonte.

Toutes ces informations sont essentielles pour les équipes de sauvetage et pour la planification des interventions.

Comme la MCR pourra déterminer la vitesse et la direction des vents, elle permettra de surveiller les ouragans et les tempêtes tropicales qui pourraient se former sur l’Atlantique.

En permettant d’évaluer le taux d’humidité des premiers centimètres du sol, la MCR permettra aux agriculteurs de mieux connaître l’état de leurs cultures et d’ajuster en conséquence l’arrosage et la fertilisation. Les agriculteurs pourront ainsi maximiser le rendement de leurs cultures en évitant le gaspillage d’eau et en réduisant l’utilisation d’engrais et de pesticides.

Comme la MCR observera 90 % de la surface du globe tous les jours (à l’exception du pôle Sud), l’ASC continuera de fournir des images aux pays étrangers lorsqu’ils seront victimes de catastrophes naturelles afin d’aider les équipes de secours dans leurs interventions d’urgence.

Plus grande efficacité

L’ensemble du projet de la MCR, c’est-à-dire sa conception, sa construction, les essais, le lancement et les sept années d’opération prévues, a coûté 1,5 milliard de dollars. Mais le fait que la MCR comprend trois petits satellites plutôt qu’un seul gros confère au système un meilleur rapport coût efficacité.

De plus, si l’un des trois satellites se brise, les deux autres pourront continuer à transmettre des données, ont précisé les experts Steve Iris et Magdalena Wierus, lors d’une conférence diffusée en direct de l’ASC. De plus, la MCR fournira 50 fois plus d’images que le gros satellite RADARSAT-2 appartenant à MDA qui a été lancé en 2007 et qui est toujours opérationnel. Elle permettra d’observer de nouveau un même point tous les quatre jours plutôt que tous les 24 jours comme le fait RADARSAT-2.

Les trois satellites sont déjà à bord d’une fusée Falcon 9 de Space X, qui décollera le 11 juin prochain à 10 heures depuis la base Vandenburg, en Californie. Le lancement sera diffusé en direct sur la page Facebook de l’ASC.

En chiffres

1 430 kilos
Chaque satellite pèse ce poids.

600 kilomètres
Les trois satellites orbiteront autour de la Terre à cette altitude.

96 minutes
Les trois satellites prendront ce temps pour effectuer une orbite complète de la planète.

14 600 kilomètres
Les trois satellites seront séparés les uns des autres par cette distance.

27 200 km/h
Les trois satellites seront séparés les uns des autres à cette vitesse.

10 à 30 minutes
Les trois satellites fourniront des données à cette cadence.