Se maintenir à domicile grâce à la technologie

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Chez les volontaires, une multitude de capteurs seront installés selon leurs besoins, les observations des aidants naturels ou les questions soulevées par le clinicien.
Photo: iStock Chez les volontaires, une multitude de capteurs seront installés selon leurs besoins, les observations des aidants naturels ou les questions soulevées par le clinicien.

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Un projet pilote d’assistance technologique pour le maintien à domicile des gens en perte d’autonomie sera déployé à plus grande échelle à Montréal dans les prochains mois. Il s’agit de la deuxième phase du projet SAPA — pour Soutien à l’autonomie des personnes âgées. Elle vise à doter une trentaine de logements sur le territoire des différents CIUSSS de la région de Montréal d’un environnement intelligent développé et expérimenté dans cinq résidences durant les deux dernières années. Cette démarche sera une fois de plus réalisée par le laboratoire Domus de l’Université de Sherbrooke en collaboration avec Nathalie Bier, professeure à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal, et le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Chez les volontaires, une multitude de capteurs seront installés selon leurs besoins, les observations des aidants naturels ou les questions soulevées par le clinicien, notamment au sujet de l’hygiène ou des habitudes quotidiennes de vie. Il s’agira de capteurs de mouvements, de contact sur les portes et les armoires ou d’énergie sur les appareils électriques, ainsi que de détecteurs d’eau sur les robinets. Une fois les dispositifs aménagés, les données enregistrées seront sécurisées et traitées sur une plateforme, qui présentera en ligne des résultats et des analyses au professionnel de la santé.

« On peut voir si tout à coup il y a un changement flagrant dans la façon de s’alimenter », donne comme exemple Ariane Tessier, professionnelle de recherche du laboratoire Domus. « Le clinicien peut aller voir ce qui se passe dans le cas où une personne semble malade. » Ces informations peuvent aussi aider à vérifier, dans le cas d’une personne souffrant de pertes cognitives, si ses facultés se détériorent.

Après la première phase de l’initiative, Ariane Tessier constate que cet habitat intelligent a permis à des professionnels de la santé de préciser leur diagnostic. « Il y a plusieurs choses difficiles à évaluer lorsqu’on est en face d’une personne qui peut vouloir camoufler certains détails ou qui ne va pas énoncer des problèmes dans ses capacités. » Elle signale aussi l’inverse : un professionnel de la santé, en observant une personne aînée dans son milieu de vie, peut induire un stress chez cette dernière, qui commet alors des maladresses en sa présence. « Parfois, les cliniciens avaient beaucoup d’inquiétudes, indique Ariane Tessier. Mais après avoir vu les données sur une plus longue période, ils s’apercevaient que la personne était tout à fait capable de vaquer à ses activités de la vie quotidienne. »

Assistance de nuit

Il ne s’agit pas du seul projet du laboratoire Domus, fondé en 2002 par les professeurs Hélène Pigot et Sylvain Giroux de l’Université de Sherbrooke, et qui prend actuellement de l’ampleur. Depuis quelques années, le projet NEARS a développé un environnement intelligent pour accompagner les personnes âgées durant la nuit, entre autres en cas d’épisodes d’errances nocturnes chez des aînés souffrant de la maladie d’Alzheimer. Financé par le réseau pancanadien AGE-WELL sur les technologies et le vieillissement, ce système d’assistance fait notamment appel à des cuisinières intelligentes et à des tapis tactiles.

S’il détecte des activités ou des déplacements anormaux en pleine nuit, le système déclenche diverses applications pour inciter en douceur la personne à retrouver son lit. Par exemple, des chemins et icônes lumineux s’allument pour la diriger vers la salle de bain puis vers sa chambre à coucher. Dans d’autres cas, il lance une notification vocale, qui peut émettre la voix préenregistrée de leur enfant qui les invite à retourner s’étendre.

Ce système se sert d’une intelligence artificielle issue d’une technique de traitement de l’information très différente de l’apprentissage automatique et de l’apprentissage profond. Comme aucune base de données n’existe déjà dans ce cas-ci et que chaque personne se comporte différemment, les chercheurs ont recours à une modélisation par ontologie pour générer des connaissances et créer des scénarios.

Cet environnement intelligent pour assistance nocturne est actuellement expérimenté dans une résidence d’Angers, en France, en collaboration avec le Centre d’expertise national des technologies de l’information et de la communication pour l’autonomie (CENTICH), situé dans cette ville.

Mais ce système pourrait bientôt se répandre ici aussi. Le laboratoire Domus a fondé en 2018 une coopérative de solidarité pour l’instant baptisée Technologies pour le maintien à domicile et en voie d’être renommée Ixia. Celle-ci a été créée avec la Coopérative de services à domicile de l’Estrie (CSDE), la Fédération des coopératives d’habitation de l’Estrie (FCHE) et le Réseau des entreprises d’économie sociale en aide à domicile (EESAD). Son but ? Commercialiser les services technologiques d’assistance et de télévigilance issus du laboratoire. Il reste néanmoins des démarches à mener avec l’Université de Sherbrooke pour le transfert de la propriété intellectuelle. Mais ces environnements intelligents pourraient se retrouver bientôt dans beaucoup plus qu’une trentaine de logements.