Le parcours difficile des étudiants-chercheurs

Stéphane Gagné Collaboration spéciale
La surqualification des étudiants-chercheurs peut être un obstacle à leur embauche.
Photo: iStock La surqualification des étudiants-chercheurs peut être un obstacle à leur embauche.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lors du Congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas), un colloque portera sur les enjeux qui préoccupent les étudiants-chercheurs qui terminent une maîtrise, un doctorat ou occupent un poste postdoctoral. Leur accession au marché du travail est parfois parsemée d’embûches. Bref examen de la situation.

Dans une société où le savoir et l’innovation sont valorisés, on pourrait croire que les étudiants-chercheurs de deuxième cycle sont dans une situation privilégiée, sur le plan professionnel. Or, des obstacles se présentent sur le parcours de plusieurs d’entre eux. Parmi ceux-là, il y a notamment le stress de performance, la conciliation entre le travail de recherche, les responsabilités familiales et les autres activités professionnelles, et la surqualification, qui peut rendre l’obtention d’un emploi plus difficile.

Conscients de ces problématiques, des universitaires concernés ont préparé un colloque sur le sujet dans le cadre du congrès de l’Acfas. « Nous souhaitons avoir de nombreux échanges avec les participants dans la salle et terminer l’exercice avec des recommandations », affirme Sandrine Turcotte, responsable des programmes de deuxième cycle en éducation à l’Université du Québec en Outaouais (UQO) et l’une des organisatrices du colloque.

Un sondage exploratoire, réalisé auprès d’étudiants-chercheurs, a permis de déterminer les trois axes de discussion de l’événement. Seront donc discutées la (nécessaire) productivité en recherche, la conciliation entre la recherche, la famille et les autres activités liées au travail et l’insertion professionnelle post-universitaire.

La situation n’est pas nouvelle. En 2016, le Comité intersectoriel des étudiants des Fonds en recherche du Québec (CIE) avait soumis une vingtaine de recommandations au Scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion. Les organisateurs du colloque ont toutefois jugé nécessaire de revenir sur le sujet.

La productivité en recherche

Isolement, stress de performance, pression de publier… voilà quelques-unes des situations vécues par les étudiants-chercheurs. Dans un marché du travail où la performance est de plus en plus mesurée de manière quantitative, le milieu de la recherche est aussi touché par le phénomène.

En 2018, le CIE s’est intéressé à la conciliation postdoctorat-famille. Lors de groupes de discussion, 35 personnes ont été rencontrées. La majorité d’entre elles étaient en cours de postdoctorat. L’exercice a fait ressortir la difficulté pour ces personnes de fonder une famille durant cette période de leur vie, bien que la flexibilité des horaires ou du lieu de travail puisse laisser croire qu’il s’agit d’un moment propice pour cela.

Dans une autre consultation plus vaste, réalisée en 2016 par l’Association canadienne des stagiaires postdoctoraux (à laquelle le CIE a participé), on mentionnait que seulement 8 % des 2109 personnes sondées disaient avoir une garderie sur leur lieu de travail. Or, le tiers de ces personnes avaient au moins un enfant. « À cela s’ajoutent toutes les autres activités (colloques, séminaires, etc.) auxquelles on incite les étudiants-chercheurs à participer », dit Sandrine Turcotte.

Cette consultation a aussi fait ressortir les faibles salaires qu’obtient cette catégorie de personnes, pourtant très scolarisées. Bien qu’il y ait de grandes disparités, 36 % d’entre elles avaient un salaire inférieur à 40 000 $.

La difficile insertion professionnelle

Une des raisons qui incitent les étudiants à compléter un doctorat est la possibilité d’obtenir un poste de professeur à l’université. Or, selon des chiffres datant de 2015, au Canada, seulement un étudiant sur quatre en obtient un. « Il y a plusieurs raisons à cela, dit Manon Blécourt, agente de services aux congressistes et l’une des organisatrices du colloque sur les enjeux de la relève en recherche. Les universités manquent de budget, les professeurs ne sont pas tous remplacés et les universités embauchent souvent des chargés de cours. » Ces personnes doivent alors tenter leur chance hors de l’université. Cependant, leur surqualification peut être un obstacle à leur embauche, indique Mme Blécourt.

Un article paru dans la revue de l’Acfas, Découvrir (septembre 2017), s’est intéressé au sujet. Bien que des entreprises voient un avantage à embaucher un doctorant (capacité d’innovation, autonomie au travail, etc.), d’autres entreprises y voient plutôt des inconvénients. Elles craignent notamment des demandes salariales trop élevées et la difficulté de retenir l’employé dans l’entreprise.