APN: à l’avant-garde de la quatrième révolution

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
L’expression «industrie 4.0», en vogue depuis peu, fait référence à l’entrée du secteur manufacturier dans une quatrième révolution industrielle.
Photo: iStock L’expression «industrie 4.0», en vogue depuis peu, fait référence à l’entrée du secteur manufacturier dans une quatrième révolution industrielle.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au moment de lancer sa nouvelle certification « Vitrine 4.0 », le 27 mars 2018, le Bureau de normalisation du Québec (BNQ) ne l’avait accordée qu’à une seule entreprise : APN. « On a embarqué dans le 4.0 avant que ce soit appelé 4.0 », indique Yves Proteau, coprésident de cette PME manufacturière de Québec spécialisée dans la fabrication de pièces métalliques destinées au secteur de l’aéronautique.

Rappelons que l’expression « industrie 4.0 », en vogue depuis peu, fait référence à l’entrée du secteur manufacturier dans une quatrième révolution industrielle : après la mécanisation, l’électrification et l’automatisation, les entreprises entrevoient d’améliorer leur production à l’aide de l’analyse de données massives, des algorithmes, des objets connectés et de l’intelligence artificielle (IA).

Or, APN avait remarqué ce potentiel dès le début de la décennie. « On arrivait à la limite des équipements, des logiciels et des humains », se rappelle M. Proteau. « J’ai constaté qu’on n’utilisait pas assez les données disponibles. » L’entreprise a fait appel à un stagiaire qui étudiait en mécatronique et l’a mobilisé sur un projet sur le point d’être abandonné. Une décision payante, puisqu’elle a mené à la conception interne d’un logiciel, nommé Meta4.0, qui a permis d’intégrer et d’interconnecter les machines et les systèmes dans ses usines et ses filiales.

85%
Si auparavant, une pièce sur deux à la sortie de cette même ligne devait être retravaillée après le contrôle de qualité, aujourd’hui, 85 % des produits sortent avec la qualité suffisante pour être livrés aux clients.

À force d’amasser des données, d’améliorer ses décisions grâce à ces dernières et de développer des algorithmes pour peaufiner sa planification, l’entreprise s’est tournée il y a trois ans vers l’IA. Elle a fait appel à des étudiants de l’Université Laval et de l’École de technologie supérieure. « On leur a expliqué nos problèmes et ils ont commencé à travailler avec nous sur des modèles d’aide à la décision, entre autres en utilisant de l’apprentissage automatique et des réseaux neurones artificiels. »

Productivité augmentée de 50 %

Concrètement, l’entreprise mène en ce moment trois projets d’IA. L’un s’en sert pour automatiser une planification dynamique de la production selon, par exemple, l’entrée de nouvelles commandes, décisions, dates de livraison. Un autre consiste à se servir de l’IA pour réaliser une compensation automatisée des erreurs d’usinage sans intervention humaine. Le troisième met à contribution les informations fournies par l’ensemble des capteurs sur les appareils afin de prédire la détérioration des outils.

« La machine apprend à partir des données, souligne-t-il. Elle compare avec les signaux des expériences du passé et va indiquer si on peut continuer ou si les outils vont être trop usés et risquent de produire des pièces non conformes. » Grâce aux algorithmes et à l’analyse de données, M. Proteau affirme que la productivité d’une chaîne d’assemblage de valves a augmenté de 50 %. Si auparavant, une pièce sur deux à la sortie de cette même ligne devait être retravaillée après le contrôle de qualité, aujourd’hui, 85 % des produits sortent avec la qualité suffisante pour être livrés aux clients.

À son avis, le recours à ces technologies devient nécessaire pour conserver les contrats de grands donneurs d’ordres et grands clients, qui investissent aussi massivement dans ce genre de système dans leurs usines. Si la PME a continué à embaucher en raison de sa croissance, M. Proteau admet qu’il a besoin de moins d’employés pour réaliser une tâche.

« Si on avait le même ratio d’employés qu’il y a trois ans, on ne serait pas rentable », juge-t-il. Parmi sa main-d’oeuvre, la proportion de programmeurs devient plus importante. En plus d’un directeur aux sciences des données, une vingtaine d’employés, sur les 120 dans ses deux usines de Québec, travaillent sur des projets informatiques, technologiques, de robotique, d’IA, d’algorithmes ou de gestion des données. « Il faut leur laisser l’espace pour travailler, parce que ce n’est vraiment pas la même façon de travailler qu’il y a dix ans », assure-t-il.