Une expo de nature à captiver au Musée de la civilisation de Québec

L’événement comporte des illustrations de scientifiques. Ici, John Murray, né au Canada et considéré comme le père de l’océanographie moderne, qui a cartographié les fonds marins.
Photo: Pauline Gravel Le Devoir L’événement comporte des illustrations de scientifiques. Ici, John Murray, né au Canada et considéré comme le père de l’océanographie moderne, qui a cartographié les fonds marins.

Dans sa nouvelle exposition, Curiosités du monde naturel, le Musée de la civilisation de Québec nous fait revivre les explorations scientifiques menées par les grands naturalistes du XIXe siècle et dont les découvertes ont bouleversé notre compréhension du monde vivant.

L’exposition présente de véritables trésors en raison de leur importance historique et scientifique dans l’avancement des sciences naturelles, tels que des spécimens ayant été recueillis par Charles Darwin aux îles Galápagos, des fossiles uniques au monde ayant conduit à la mise au jour d’espèces étonnantes aujourd’hui éteintes, des animaux naturalisés disparus de la surface de la Terre ou en voie de l’être.

Conçue par le Natural History Museum de Londres, l’un des plus prestigieux musées d’histoire naturelle au monde, l’exposition a d’abord été présentée à Tokyo, à Singapour et à Taipei avant d’atterrir à Québec.

Le Musée de la civilisation l’a toutefois enrichie d’objets et de spécimens locaux récoltés par des naturalistes d’ici, comme Léon Provancher et William Dawson, dont les contributions sont également mises en valeur. Ce qui aurait pu ressembler à un simple cabinet de curiosités a également été dynamisé en permettant aux visiteurs d’observer les objets sous tous les angles et en faisant ressortir le côté humain de ces scientifiques à l’aide de grandes illustrations colorées.

Nous espérons que les visiteurs partiront non seulement en ayant appris quelque chose sur le monde naturel, mais aussi en ayant envie d’en prendre grand soin

On apprend ainsi que Charles Darwin était durement atteint du mal de mer lorsqu’il était à bord du Beagle, mais que dès qu’il touchait terre il retrouvait la forme, récoltait et étudiait sans relâche plantes, animaux et fossiles.

On fait également la connaissance du naturaliste Alfred Russel Wallace, qui a surtout voyagé en Malaisie et en Indonésie et qui jonglait lui aussi avec cette idée révolutionnaire de l’évolution des espèces que Darwin ne cessait de perfectionner depuis 30 ans. Hésitant toujours à publier sa théorie parce qu’il savait qu’elle serait contestée par les scientifiques et les religieux, Darwin s’est finalement empressé à le faire quand il reçut une lettre de Wallace, qui lui exposait les mêmes idées que les siennes !

Photo: Musée de la civilisation Charles Darwin

Les visiteurs seront sûrement émus de voir une page de L’origine des espèces écrite de la main de Darwin en 1859, ainsi que des spécimens récoltés par lui, dont une dent de toxodon, des pinsons et une jeune tortue géante devenue sa compagne de voyage après qu’il l’eut trouvée dans sa cabine. À côté, un orang-outan rapporté de Bornéo par Wallace impressionne par sa stature.

On rencontre plus loin John Murray, né au Canada et qui, en 1872, a été le premier à sonder les profondeurs des océans et à récolter des espèces vivant dans les fonds marins, dont certains spécimens sont exposés.

On nous fait ensuite découvrir le rôle souvent oublié, mais combien capital, des artistes embauchés lors des expéditions pour illustrer les spécimens recueillis avant qu’ils se dégradent. On peut ainsi admirer l’hallucinante précision des illustrations de Sydney Parkinson, mort de dysenterie en 1771 lors d’une expédition en Polynésie.

Dans une section réservée aux premières grandes découvertes paléontologiques, on peut voir une griffe de dinosaure Baryonyxwalkeri d’environ 120 millions d’années qui laisse imaginer la taille monstrueuse de ces bêtes, ainsi qu’un squelette de moa, un oiseau géant incapable de voler et aujourd’hui disparu, qui a été découvert par Richard Owen (1804-1892). Spécialiste de l’anatomie comparée, Owen a donné le nom de deinos sauros, ou dinosaure (signifiant grand lézard terrible) à ces gigantesques reptiles dont on commençait alors à exhumer les os immenses. Dans une vitrine voisine sont présentés des fossiles locaux, dont une dent de mammouth laineux d’au moins 12 000 ans trouvée à Terre-Neuve.

Outre les naturalistes, paléontologues, botanistes, géologues et zoologistes, les collectionneurs ont aussi contribué à faire progresser les connaissances en sciences naturelles. L’un d’eux, Lionel Walter Rothschild, qui a entraîné des zèbres à tirer sa calèche, a légué sa remarquable collection de trésors naturels au Natural History Museum.

Photo: Marie-Josée Turcotte

Les visiteurs auront la chance de voir certains spécimens exceptionnels de cette collection, dont une tête de girafe, un casoar, un crabe araignée géant du Japon (la plus grande espèce du monde, qui peut vivre de 50 à 100 ans) et un papillon de la reine Alexandra (le plus grand papillon diurne du monde).

L’exposition se termine par une zone mettant en évidence la fragilité des espèces menacées par l’action humaine et le réchauffement climatique. On peut y voir des espèces mythiques aujourd’hui disparues comme le dodo, espèce d’oiseau endémique de l’île Maurice, le tigre de Tasmanie et le tigre à dents de sabre, vedette du film d’animation L’ère de glace, dont le squelette est arrivé à Québec en pièces détachées et qu’on peut voir déambuler entre les murs du Natural History Museum dans une vidéo.

On peut aussi admirer quelques espèces menacées, comme un tigre naturalisé provenant de Chine et un immense squelette de béluga de l’estuaire du Saint-Laurent.

« Cette zone vise à susciter la réflexion sur la préservation de la biodiversité, un sujet d’actualité alors qu’un groupe d’experts de l’ONU déposait la semaine dernière un rapport alarmant indiquant qu’un million d’espèces étaient menacées d’extinction », a souligné le directeur général du musée, Stéphan La Roche.

« Nous espérons que les visiteurs partiront non seulement en ayant appris quelque chose sur le monde naturel, mais aussi en ayant envie d’en prendre grand soin », a ajouté Pauline Robert, chargée des expositions itinérantes du Natural History Museum de Londres.

Curiosité du monde naturel

Musée de la civilisation de Québec. Jusqu’au 5 janvier 2020.