Appel de Christchurch: les géants du Net se mobilisent contre la violence en ligne

Cet «appel» a été lancé par le président français, Emmanuel Macron, et la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, deux mois après la diffusion en direct sur Facebook de l’attaque contre des mosquées en Nouvelle-Zélande.
Photo: Yoan Valat Agence France-Presse Cet «appel» a été lancé par le président français, Emmanuel Macron, et la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, deux mois après la diffusion en direct sur Facebook de l’attaque contre des mosquées en Nouvelle-Zélande.

Une vingtaine de pays et les géants d’Internet ont rallié mercredi « l’Appel de Christchurch », s’engageant à lutter contre « les contenus en ligne terroristes ou extrémistes violents », un texte que les États-Unis n’ont pas signé. Cet « appel » a été lancé par le président français, Emmanuel Macron, et la première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern, deux mois après la diffusion en direct sur Facebook de l’attaque contre des mosquées en Nouvelle-Zélande perpétrée par un extrémiste de droite australien qui a tué 51 musulmans le 15 mars. Le texte « nous engage à construire un Internet plus humain, qui ne peut être détourné par les terroristes pour leurs projets haineux », a déclaré Mme Ardern lors de la conférence de presse finale, tandis que le président français insistait sur le précédent que constituait une telle initiative.

Les plateformes Internet, dont les leaders Facebook et Google, s’engagent à « prendre des mesures particulières et transparentes permettant de prévenir le téléchargement de contenus terroristes et extrémistes violents », indique le communiqué de clôture de la réunion. Ces mesures pourront inclure le « retrait immédiat et permanent » de contenus, « dans le respect des droits de la personne et des libertés fondamentales », précisent les fournisseurs de service en ligne.

C’est une déclaration de principes. C’est un soubresaut politique, mais sans plus.

 

Les gouvernements et géants du Net promettent conjointement d’« accélérer la recherche et le développement » et d’« élaborer des procédures permettant de réagir rapidement, efficacement et de manière coordonnée à la diffusion de contenus terroristes et extrémistes violents à la suite d’un événement terroriste », selon le texte.

Outre la France et la Nouvelle-Zélande, l’appel a été adopté par le Canada, l’Irlande, la Jordanie, la Norvège, le Royaume-Uni, le Sénégal, l’Indonésie, la Commission européenne ainsi que par Amazon, Facebook, Google, Microsoft, Qwant, Twitter, YouTube et DailyMotion. D’autres pays, dont l’Australie, l’Allemagne, l’Inde, le Japon, les Pays-Bas, l’Espagne et la Suède, ont « également apporté leur soutien à l’Appel », a précisé la présidence française.

Les États-Unis ne sont pas signataires du texte. « Bien que les États-Unis ne soient pas actuellement dans une position de se joindre à l’adhésion, nous continuons de soutenir les objectifs généraux représentés » par « l’Appel de Christchurch », a indiqué mercredi soir la Maison-Blanche. « Nous continuons à être proactifs dans nos efforts pour combattre les contenus terroristes sur Internet tout en continuant également à respecter la liberté d’expression et la liberté de la presse », a relevé mercredi l’exécutif américain. Et d’ajouter : « Nous encourageons les groupes technologiques à appliquer leurs règles d’utilisation et leurs conditions communautaires interdisant l’usage de leurs plateformes à des fins terroristes. »

Voeux pieux ?

Quelques heures avant la réunion de Paris, Facebook a annoncé restreindre l’usage de sa plateforme Facebook Live. Désormais, ses utilisateurs ayant déjà enfreint les règles d’utilisation du réseau social n’y auront plus accès pendant un certain temps.

Mais l’appel n’a aucun pouvoir coercitif, suscitant des critiques sur ce qui pourrait s’apparenter à un voeu pieux. « C’est une déclaration de principes. C’est un soubresaut politique, mais sans plus », estime Marc Rees, rédacteur en chef du site Internet français Next INpact, spécialisé dans les nouvelles technologies. « Ce n’est pas que Facebook ou Twitter sont réticents, mais que supprimer en temps réel un contenu mis en ligne, c’est juste impossible. Peut-on imaginer que des chaînes de télévision ou des radios puissent prévenir des propos diffamants, injurieux ou violents qui seraient proférés à la radio ou à la télévision ? » ajoute l’expert.