L’eau douce dans tous ses états

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
La recherche fondamentale représente un aspect important de la mission que s’est donnée le GRIL.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La recherche fondamentale représente un aspect important de la mission que s’est donnée le GRIL.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Lors de ses présentations, il n’est pas rare que Beatrix Beisner commence par cette phrase : « La limnologie, c’est l’océanographie des eaux douces, une science qui cherche à comprendre la biologie, la physique et la chimie des eaux douces. » Ainsi, la directrice du Groupe de recherche interuniversitaire en limnologie et en environnement aquatique (GRIL) est convaincue d’attirer l’attention de son auditoire.

À sa création en 1989, le GRIL regroupait des limnologistes provenant de quatre universités québécoises, l’Université de Montréal, l’Université du Québec à Montréal et à Trois-Rivières et McGill. Mais l’intérêt pour cette science remonte aux années 1970, époque où Montréal était un point central de ces recherches au Canada. Si nombre d’entre elles portent sur la qualité de l’eau qui sort de nos robinets, très peu de groupes cependant s’intéressent aux écosystèmes et aux organismes qui peuplent les lacs et cours d’eau du Québec.

Aujourd’hui, le GRIL constitue un des regroupements stratégiques du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologie, et il se compose d’équipes et de laboratoires de recherche en limnologie de dix établissements universitaires québécois.

« Quand on regarde une carte qui montre la distribution des lacs dans la province, on comprend vraiment pourquoi c’est au Québec que le GRIL est né », raconte sa directrice, qui elle-même a fait ses études ailleurs au Canada et aux États-Unis, à une époque où la réputation du GRIL dépassait les frontières.

Faire face aux défis actuels

La recherche fondamentale représente un aspect important de la mission que s’est donnée le GRIL : « On cherche à utiliser nos connaissances en biologie, en physique et en chimie des eaux douces pour mieux protéger et affronter les défis auxquels sont confrontées nos eaux douces », explique Beatrix Beisner.

Deux axes de recherche sous-tendent les travaux du GRIL. Tout d’abord, la biocomplexité des écosystèmes. Ces derniers touchent la structure et le fonctionnement fondamental des limnopaysages. Les chercheurs se penchent sur les liens et les échanges biologiques, physiques et chimiques des écosystèmes et travaillent à mieux connaître les limites et les seuils de fonctionnement de ces milieux aquatiques.

Le deuxième axe de recherche touche les défis actuels auxquels font face les écosystèmes d’eau douce qui doivent dorénavant lutter contre l’influence des facteurs anthropiques, les changements climatiques, les espèces envahissantes, la perte de couvert forestier, l’accroissement des populations, la pollution chimique et lumineuse, les microbilles et l’urbanisation. Ces deux axes composent la mission scientifique du GRIL. Mais il n’y a pas que ça…

« Un vaste volet de nos activités touche à la formation », explique la directrice. Le GRIL forme de nouveaux limnologistes et facilite les recherches novatrices dans le domaine. En promouvant ainsi le développement professionnel et universitaire, le groupe tente de faciliter l’intégration de ses membres au sein de grands réseaux scientifiques nationaux et internationaux.

Transfert de connaissances

Si le GRIL rayonne ailleurs au Canada ainsi qu’à l’étranger, c’est que le groupe sert de plateforme pour stimuler la collaboration entre ses membres : « Nos chercheurs proviennent de différentes disciplines et apportent une vision globale », explique Beatrix Beisner, qui ajoute : « Pour nous, le transfert de connaissances est primordial, non seulement dans le monde scientifique, mais aussi auprès des riverains, des municipalités et des organismes de bassins versants. » Le GRIL dispose ainsi depuis 2006 d’une coordinatrice générale et agente de liaison, en la personne de Marie-Andrée Fallu, dont le rôle est notamment de transférer les connaissances des chercheurs du GRIL aux utilisateurs, incluant les ministères provinciaux et fédéraux, les organismes à but non lucratif (OBNL) et les acteurs des secteurs municipal et privé.

Les infrastructures du GRIL permettent par ailleurs aux chercheurs et aux étudiants d’évoluer dans un environnement propice à mener des recherches de pointe. En plus des laboratoires analytiques et de trois stations de recherche, les membres ont accès à deux navires de recherche. Les laboratoires permettent l’étude de l’écologie, de la toxicologie, de l’écophysiologie et des processus aquatiques. Les stations de recherche sont réparties sur le territoire québécois : le Centre écologique La Huardière de l’UQAM, les stations de McGill situées à la réserve Penfield et Gault et la station de biologie des Laurentides de l’UdeM. Quant aux navires de recherche, il y a le Lampsilis, qui permet d’échantillonner l’ensemble des habitats du Saint-Laurent, et le Narke, un bateau de pêche électrique pour échantillonner les poissons.

En ce qui concerne la santé de notre réserve d’eau douce, Beatrix Beisner affirme qu’évidemment « les problèmes sont plus importants au sud qu’au nord du Québec, mais ça ne veut pas dire que les écosystèmes du nord ne sont pas touchés. C’est là-haut que les changements climatiques se font le plus sentir. L’autre problème, ce sont les produits toxiques qui se déplacent jusqu’aux pôles. On constate que les effets néfastes de l’industrie sont bel et bien présents en Arctique. »

Un partenaire incontournable

Au fil des ans, le GRIL a tissé des relations étroites avec certains partenaires.  Quelques-uns d’entre eux ont tenu à rendre hommage au regroupement.

« Le GRIL s’engage activement comme acteur de l’eau auprès des organismes de bassins versants du Québec (OBV), qui sont mandatés par l’État pour assurer une gestion intégrée de l’eau à l’échelle du bassin versant. Une entente de partenariat nous permet de mettre la science sur les environnements aquatiques à contribution pour une meilleure gestion de nos ressources en eau. Que ce soit en contribuant à l’analyse de projets, en s’associant à des événements de transfert scientifique sur les inondations ou sur les algues bleu-vert, ou en soutenant nos prises de décisions sur des sujets tels que le contrôle d’espèces envahissantes ou la réduction du phosphore dans nos cours d’eau, le GRIL est un partenaire fidèle et engagé de notre réseau. »
Antoine Verville, directeur général du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec

« Le développement de nos projets les plus innovateurs a nécessité l’expertise des membres du GRIL. Ceux-ci ont réussi à opérer le transfert scientifique vers les enseignants et techniciens du réseau scolaire québécois dans le cadre de certains projets de conservation et d’éducation — identification d’espèces fauniques par code-barres génétique, inventaire acoustique par analyse sonore, etc. — de l’opération Partenariat action jeunesse en environnement (PAJE). »
Pablo Desfossés, enseignant à la Commission scolaire des Chênes et coordonnateur du Groupe d’aide pour la recherche et l’aménagement de la faune (GARAF) et de l’opération PAJE

« Pour moi, le GRIL c’est un partenaire incontournable pour son apport scientifique à nos projets. Dans le cadre de nos projets de suivi de qualité de l’eau par exemple, Stéphane Campeau nous offre son expertise quant à la conception de nos stratégies d’échantillonnage d’eau. Également, lors de nos projets agro-environnementaux, il apporte un volet scientifique qui appuie l’importance de l’impact des actions posées sur le terrain, comme l’efficacité des bandes riveraines pour améliorer l’intégrité d’un cours d’eau. »
Mylène Vallée, directrice du comité Zip Les Deux Rives

« Pour nous, le GRIL, c’est quinze ans de collaboration pour conjuguer science et actions citoyennes. »
Anne Léger, directrice générale du Conseil régional de l’environnement des Laurentides