Une bonne dose de poisons au Musée de la civilisation

Photo: Pauline Gravel Le Devoir Diverses espèces animales et végétales ont recours aux poisons pour assurer leur survie. Parmi celles-ci, une cinquantaine de beautés venimeuses ou vénéneuses, dont les méduses.

On les craint parce qu’ils peuvent nous tuer. On les utilise depuis l’Antiquité comme arme de crime, de chasse, de guerre, voire de suicide. Les poisons sont omniprésents dans la nature, et ce, tant dans le monde vivant que dans le monde minéral. Malgré leur toxicité souvent mortelle, à petites doses, plusieurs possèdent des vertus médicinales. Le Musée de la civilisation de Québec leur consacre une nouvelle exposition qui émerveillera les petits et passionnera les grands jusqu’au 8 mars 2020.

Conçue par le Musée des confluences à Lyon, où elle a connu un record de fréquentation avec 600 000 visiteurs en 12 mois, l’exposition Venenum, un monde empoisonné fera sûrement un tabac ici aussi, d’autant que la présentation a été enrichie à l’aide d’effets multimédias saisissants et que le contenu a été adapté au contexte québécois et nord-américain. En nous plongeant au plus profond de nos peurs et de nos angoisses, cette exposition émeut, fascine et émerveille autant qu’elle informe, instruit, voire invite à la réflexion et à l’engagement.

Dans un premier temps, des histoires de poisons plus fascinantes les unes que les autres nous sont remémorées à travers une galerie de tableaux et de portraits mettant en scène des personnages de l’histoire ayant utilisé des poisons pour se suicider afin d’éviter le déshonneur ou pour assassiner quelqu’un afin de conserver le pouvoir. Chaque tableau s’anime virtuellement quand on y porte le regard.

Ainsi, la voix de Platon relate le moment dramatique où Socrate, « condamné à mort pour impiété et corruption de la jeunesse », refuse de renier ses principes et boit la ciguë. La reine d’Égypte Cléopâtre avoue choisir la mort plutôt que l’humiliation d’une défaite contre Octave. L’empereur Néron éprouve sur ses esclaves des poisons qu’il espère utiliser pour éliminer son rival Britannicus. Catherine de Médicis, Emily Sprague et la Corriveau, dont la réputation d’empoisonneuses n’a cessé de s’amplifier avec le temps, discutent entre elles. Marie Curie et l’équipage du capitaine John Franklin relatent les empoisonnements involontaires dont ils ont été victimes. Alan Turing, père de l’informatique, raconte qu’il a subi une castration chimique et croqué une pomme imbibée de cyanure pour s’éviter l’emprisonnement à la suite de sa condamnation pour homosexualité.

Photo: Marie-Josée Marcotte Agence Icône La pomme symbolise le fruit empoisonné dans des fictions, mais aussi dans l’environnement.

On rappelle aussi que les agents secrets des troupes alliées durant la Seconde Guerre mondiale portaient sur eux, notamment dans une bague à chaton — dont un spécimen est exposé —, une capsule de cyanure pour s’éviter de révéler des secrets à l’ennemi s’ils étaient capturés. Et on souligne le rôle du poison dans des fictions telles que Blanche-Neige, Spiderman, Alice au pays des merveilles.


Espèces animales et végétales​

Dans un second temps, nous faisons la connaissance de diverses espèces animales et végétales qui ont recours aux poisons pour se défendre et assurer leur survie. Parmi celles-ci, une cinquantaine de beautés venimeuses ou vénéneuses, dont les méduses, les anémones, les oursins, les poissons-ballons et les poissons-scorpions, sont présentées vivantes dans des aquariums et des vivariums qui hébergent aussi des espèces toxiques vivant sur le continent américain, tel qu’un monstre de Gila, l’un des deux seuls lézards venimeux connus de l’Amérique du Nord, des dendrobates, petites grenouilles colorées, et une veuve noire de l’Ouest.

D’éblouissants échantillons des quatre minéraux toxiques qui sont présents dans la croûte terrestre que sont le plomb, l’arsenic, le mercure et l’antimoine sont également exposés.

Photo: Marie-Josée Marcotte Agence Icône Apothicairerie et ses 103 pots datant du XIXe siècle

Multiples usages​

Une troisième section est consacrée aux multiples usages que l’humain a faits des poisons : pour la pêche et la chasse d’abord, mais aussi comme arme de destruction massive durant la guerre. Plusieurs courts documentaires peuvent être visionnés, portant notamment sur les gaz moutarde qui ont été répandus dans les tranchées durant la Première Guerre mondiale, l’agent orange utilisé lors de la guerre du Vietnam, le Zyklon B employé dans les chambres à gaz lors de la Seconde Guerre mondiale.

Un espace est également réservé aux substances toxiques, comme l’amiante et le plomb, qu’on a longtemps employées dans la construction des bâtiments et la tuyauterie, ainsi que pour la fabrication de multiples objets du quotidien, comme les chalumeaux à eau d’érable et les peintures, sans trop avoir conscience de leur dangerosité.

Photo: Pauline Gravel Le Devoir Les plastiques, contaminants pour l’environ­nement

Dans une quatrième zone, on découvre que le poison qu’on imagine toujours mortel peut parfois guérir. On apprend qu’une simple question de dosage peut révéler les vertus thérapeutiques d’une substance qu’on a longtemps redoutée. Observations empiriques et connaissances scientifiques ont en effet permis le développement de toute une pharmacopée composée d’extraits de plantes, d’animaux, de bactéries et de minéraux toxiques qui permet de contrer les effets du poison, mais aussi de soigner. Divers exemples d’antidotes et de contrepoisons aux vertus légendaires ou à l’efficacité reconnue sont mis en exergue.


Poisons pour l’environnement​

La dernière section vise à nous faire prendre conscience que notre environnement est actuellement intoxiqué par divers poisons modernes : rejets de l’industrie pétrolière, pesticides, métaux lourds et plastiques. Ces derniers sont représentés par deux costumes originaux constitués de matières plastiques recyclées issus de l’œuvre Le 7e continent de l’artiste multidisciplinaire Élène Pearson, de Québec. Également, une installation met en scène cinq experts québécois qui discutent de divers enjeux liés à l’écotoxicité. « Cette section vise à susciter l’engagement des visiteurs », souligne Anik Dorion-Coupal, chargée de l’exposition au Musée de la civilisation.