Portrait - Une technologie sans fil bien de chez nous... pour remplacer les parcomètres

Avec cette technologie nouvelle, l’automobiliste gare son véhicule, prend en note son numéro de place de stationnement, se rend ensuite à la borne pour payer la durée voulue et repart avec son reçu sans avoir à l’afficher dans son auto. — Pho
Photo: Avec cette technologie nouvelle, l’automobiliste gare son véhicule, prend en note son numéro de place de stationnement, se rend ensuite à la borne pour payer la durée voulue et repart avec son reçu sans avoir à l’afficher dans son auto. — Pho

Les bons vieux parcomètres de plusieurs grandes villes du monde seront peut-être remplacés un jour par un système de paiement électronique sans fil fonctionnant par énergie solaire et offrant une grande flexibilité d'utilisation. Un tel système fait présentement l'objet d'un projet pilote au centre-ville de Montréal. La filiale nord-américaine de la multinationale suédoise Cale Acces AB a obtenu ce mandat grâce à une technologie mise au point par une petite entreprise montréalaise, 8D Technologies.

«Il est très agréable d'être ainsi reconnu dans son propre pays», confie Isabelle Bellez, présidente et chef de la direction de 8D Technologies, une pme qui compte aujourd'hui 20 employés et qui fut fondée en 1996 par son frère Jean-Sébastien, diplômé en informatique et architecte de cette plate-forme dont l'avenir semble suffisamment prometteur pour penser que dans trois ans les revenus de l'entreprise atteindront au moins 20 millions.

Jean-Claude Dubreuil, vice-président exécutif de Société en commandite Stationnement de Montréal (SCSM), une filiale de Chambre de commerce qui gère les 16 000 parcomètres de la métropole, considère qu'il y a un urgent besoin de remplacer ces parcomètres vieillissants qui fonctionnent de façon mécanique. Entre février 2001 et l'automne 2002, la SCSM a demandé des tests sur un système «payez-partez» qui remplacerait celui du «payez-affichez», tel qu'utilisé maintenant.

À la suite de ces tests, la SCSM a préparé à l'automne 2002 un cahier des charges qui fut distribué à des fabricants. Cale Systems et son partenaire 8D Technologies ont donc été choisis pour installer au centre-ville six bornes de paiement, chacune couvrant un espace de 10 à 15 places de stationnement. C'est un système très intéressant, affirme M. Dubreuil qui présentera un rapport dans quelques semaines. La prochaine étape sera vraisemblablement de couvrir tout le secteur du centre-ville, là où le tarif de stationnement est de 1,50 $ l'heure, soit l'équivalent de 6500 parcomètres ou d'environ 500 bornes.

Évidemment, Isabelle et Jean-Sébastien Bettez, qui sont respectivement âgés de 38 et 34 ans, sont très encouragés et confiants, mais aucunement surpris de ce qui augure une importante percée non seulement à Montréal, mais ailleurs en Europe et aux États-Unis. «On nous appelle des quatre coins du monde», affirme la présidente.

Pour 8D Technologies, ce succès sera le résultat d'un effort soutenu depuis au moins 2001, alors que le frère, pour qui l'informatique est une passion, et la soeur, diplômée des HEC en marketing et gestion internationale, décidèrent d'unir leurs efforts au sein d'une même entreprise pour attaquer le marché des produits. Jusqu'en 2000, la pme avait tiré des revenus de la vente de services aux entreprises et de cours de formation.

Ces revenus ont d'ailleurs grandement aidé à financer le développement de projets, d'autant plus que le premier projet d'importance aurait pu mettre la survie de l'entreprise en péril. Il s'agissait d'un projet sans fil de publicité cellulaire spécialisée, pour le compte de ESP Média, une filiale de Microcell, laquelle a finalement fait faillite. Comme le projet semblait «très porteur», 8D Technologies a conservé la propriété intellectuelle de la plate-forme en vue de l'appliquer à d'autres usages. Encore fallait-il trouver un projet rentable.

Le contrat de Cale avec la SCSM a apporté la réponse. Mais Cale qui était déjà impliquée ailleurs dans le monde du stationnement payant perdait

17 000 $ à cause des fraudes. Il lui fallait un système de paiement en temps réel. 8D Technologies offrait à cet égard une plate-forme prometteuse.

Avec cette technologie nouvelle, l'automobiliste gare son véhicule, prend en note son numéro de place de stationnement, se rend ensuite à la borne pour payer la durée voulue et repart avec son reçu sans avoir à l'afficher dans son auto. Cette technologie permet également aux agents de stationnement de vérifier tout de suite sur un ordinateur de poche relié au système de communications sans fil qui a payé et pour combien de temps et bien sûr aussi qui n'a pas payé. Le paiement peut se faire avec de l'argent ou par carte de crédit dans le cas de Montréal, mais la technologie rend possible aussi le paiement par carte de débit. Ce système élimine le paiement par carte falsifiée ou expirée. En revanche, les cartes dont le vol n'aurait pas été signalé pourraient servir encore, mais l'utilisateur aurait intérêt à ne pas rester là très longtemps!

Ce système offre par ailleurs une très grande flexibilité d'applications. On peut programmer une borne (dans laquelle se trouve le logiciel) pour allonger ou réduire les heures de stationnement permises, par exemple porter à trois heures la durée permise dans une zone de cinéma le soir ou prévenir l'utilisateur qu'il ne peut pas payer pour plus d'une demi-heure de stationnement si à 15 heures il veut se garer dans une zone réservée aux autobus à partir de 15h30. Comme le système fonctionne à l'énergie solaire et qu'il est sans fil, on peut en tout temps et très facilement installer une borne à un endroit précis à l'occasion de certains événements, comme des festivals.

Au demeurant, cette technologie ouvre des horizons encore plus vastes que ceux du stationnement. Elle pourrait s'appliquer à d'autres types de terminaux de point de vente, comme des machines distributrices de produits divers, des guichets automatiques, etc.

Outre son entente avec Cale, 8D Technologies a conclu le cinq mai dernier un partenariat avec Sun Microsystems pour développer une stratégie de marchés pour des applications sans fil de machine à machine Rogers AT&T sans fil est un autre partenaire majeur de la petite firme montréalaise.

Que réserve l'avenir pour 8D Technologies? Il n'est pas du tout question d'en faire une société ouverte, affirme la présidente, qui entend étudier les propositions éventuelles à leur mérite propre. Les revenus proviendront essentiellement dans l'avenir de licences qui pourraient être accordées sur des portions de technologies développées. Les Bettez semblent peu enclins à favoriser une forte croissance interne, bien que la présidente s'attende à une croissance rapide. «Ce serait bien si l'on pouvait atteindre un chiffre d'affaires de 50 $ avec une vingtaine d'employés», avance-t-elle.

Jusqu'à maintenant, ces deux entrepreneurs originaires de Trois-Rivières, ayant pour père un comptable agréé qui a fait carrière dans un bureau de conseillers, s'en sont tenus à des dépenses et investissements en fonction de leurs moyens, une politique qu'ils entendent maintenir. Cela n'empêche en rien leur grande détermination. Alors même que la bulle technologique éclatait, ils maintenaient leur décision d'investir dans le développement de cette nouvelle plate-forme, dont le succès était alors encore loin d'être évident.