Objets connectés et ville intelligente: un mariage prometteur

Charles-Édouard Carrier Collaboration spéciale
Selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ), une ville intelligente doit chercher à augmenter son attractivité en réduisant son empreinte écologique et en offrant une meilleure qualité de vie.
Photo: iStock Selon l’Union des municipalités du Québec (UMQ), une ville intelligente doit chercher à augmenter son attractivité en réduisant son empreinte écologique et en offrant une meilleure qualité de vie.

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L’Internet des objets (IDO) est en train de révolutionner la façon avec laquelle l’humain interagit avec son environnement. Gestion de l’énergie, du trafic et des espaces de stationnement, entretien des équipements, éclairage intelligent, surveillance environnementale, collecte des déchets ou sécurité routière, le nombre d’applications possibles pour les municipalités ne cesse de progresser. On y voit des occasions de réaliser des économies, de gagner en efficacité et de bonifier l’offre de services.

« Évidemment, il y a de grands leaders, comme c’est le cas avec Montréal. Mais toutes les villes peuvent accéder au concept de ville intelligente et avoir accès à la technologie », assure Michel Angers, président de la Commission des villes intelligentes de l’Union des municipalités du Québec (UMQ) et maire de Shawinigan.

Malheureusement au Québec, nombreuses sont celles qui se voient contraintes de limiter leurs ambitions technologiques pour des raisons d’accès à Internet haute vitesse, élément essentiel à la mise en place de structures visant le déploiement d’objets connectés. « Les gouvernements provincial et fédéral nous ont promis que, d’ici sept ans, toutes les municipalités seront connectées, souligne M. Angers. Mais vous comprenez qu’au rythme où ça avance, des municipalités auront une longueur d’avance importante alors que d’autres accuseront un retard certain. La fracture numérique, elle est là. C’est nettement plus difficile pour les petites municipalités. » D’autant que plusieurs acteurs du milieu doutent du réalisme de cette cible.

Développement durable

Selon l’UMQ, une ville intelligente doit chercher à augmenter son attractivité en réduisant son empreinte écologique et en offrant une meilleure qualité de vie à travers la fluidité de ses services et une gouvernance partagée. Pour Michel Angers, cette notion de développement durable est cruciale dans le fondement même de la ville intelligente : « Il y a toutes sortes de moyens qui existent pour permettre de faire des économies en matière de développement durable, tant d’un point de vue environnemental que social ou économique. À titre d’exemple, il n’y a aucun doute que l’Internet des objets permet aux différentes municipalités de réduire les émissions de gaz à effet de serre. » À cet égard, il fait référence à l’optimisation des circuits de cueillette des ordures, aux autobus que l’on peut suivre en temps réel ou encore aux moteurs des camions qui s’arrêtent automatiquement lorsque les véhicules ne bougent pas, tout ça grâce à la géolocalisation et à l’intelligence artificielle.

La population est par ailleurs de plus en plus sensible à l’importance d’encourager des décisions qui sont en accord avec les grands concepts de développement durable. Michel Angers croit que cette tendance se remarque aussi pour les villes intelligentes : « De plus en plus, en particulier chez les jeunes familles, on fera le choix de la technologie. Une ville qui est branchée vers le numérique, avec ses citoyens, c’est un incitatif important. » L’UMQ, en collaboration avec le CEFRIO, a d’ailleurs développé un outil d’autodiagnostic en ligne pour aider les municipalités du Québec à déterminer leur niveau de maturité en matière d’intelligence numérique. Jusqu’à maintenant, elles sont plus de 200 à en avoir bénéficié.

L’exemple de Montréal

Bien entendu, lorsque l’on parle de systèmes intégrés, d’Internet des objets et de collecte de données, la cybersécurité et les questions éthiques deviennent rapidement un enjeu. « Montréal a élaboré un partenariat avec l’Institut québécois d’intelligence artificielle [MILA] et a signé la Déclaration de Montréal pour l’intelligence artificielle responsable dans le cadre d’une démarche visant à utiliser l’IA au service des Montréalais d’une manière éthique et responsable », explique Mélanie Gagné, de la division des relations médias à la Ville de Montréal.

Pour mener à bien des projets de technologie connectée, une gouvernance transparente et collaborative peut avoir un impact concret puisqu’en plaçant le citoyen au centre des réflexions, on augmente les chances de succès. Dans ce même ordre d’idée, Montréal lançait récemment Rêvons Montréal 2020 > 2030, une consultation citoyenne qui servira de fondation pour les prochaines vagues de développement en matière de ville intelligente. « La Ville souhaite que les citoyens y participent en grand nombre, soutient Mme Gagné. De plus, le Laboratoire d’innovation urbaine sollicite régulièrement les citoyens à participer à des tests ou à des évaluations via son programme de Citoyens testeurs afin d’évaluer les innovations avant leur déploiement. » Parce qu’à Montréal comme ailleurs, au-delà des concepts d’efficacité, de rentabilité et de connectivité, l’IDO et la ville intelligente doivent aussi permettre de reconnecter la ville à ses habitants.

Les villes relèvent le défi

Le 14 mai prochain, Infrastructure Canada dévoilera les grands gagnants du Défi des villes intelligentes, un concours ouvert aux collectivités de toutes tailles, y compris les municipalités, les administrations régionales et les collectivités autochtones. « Le Défi vise à encourager les collectivités à adopter une approche axée sur les villes intelligentes pour améliorer la qualité de vie de leurs résidents grâce à l’innovation, aux données et aux technologies connectées », peut-on lire sur le site de l’événement. Parmi les finalistes, on retrouve les villes de Montréal et de Québec.