Changements climatiques: la science, de la planète au citoyen

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
À voir le nombre de personnes dans la rue pour le climat le 15 mars dernier, les scientifiques ne devraient pas rencontrer trop de difficultés à trouver des citoyens prêts à se mobiliser pour la recherche sur l’avenir de la planète.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir À voir le nombre de personnes dans la rue pour le climat le 15 mars dernier, les scientifiques ne devraient pas rencontrer trop de difficultés à trouver des citoyens prêts à se mobiliser pour la recherche sur l’avenir de la planète.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Dans le cadre de la série de cahiers sur la recherche, Le Devoir discute avec le scientifique en chef du Québec, Rémi Quirion, des trois axes de recherche considérés comme prioritaires par Québec pour les prochaines années. Pour ce deuxième entretien sur trois, il s’attarde aux défis à relever en matière de changements climatiques et de développement durable.

Le 15 mars 2019, des milliers d’étudiants québécois manifestent pour le climat. Ils joignent ainsi leur voix à plusieurs jeunes autour du globe, qui ont aussi quitté leurs salles de classe pour presser les décideurs d’agir dans ce dossier. Quelques jours plus tard, en entrevue avec Le Devoir, Rémi Quirion observe que, depuis son entrée en poste comme scientifique en chef en 2011, la préoccupation pour les changements climatiques a pris de l’ampleur. Sur la place publique, mais aussi dans la communauté scientifique.

Dans cette dernière, la question mobilise de plus en plus. En 2018, Rémi Quirion avait soutenu le projet Le climat, l’État et nous. À la veille de l’élection provinciale, cette initiative d’un groupe d’experts universitaires consistait à lancer une réflexion sur une révision du modèle de gouvernance en matière d’environnement au Québec.

Les changements climatiques figuraient déjà parmi les enjeux le plus souvent évoqués par les chercheurs, lorsque Rémi Quirion avait pris leur pouls en début de mandat pour connaître les défis de la société québécoise auxquels la recherche devrait répondre de manière prioritaire. Mais l’intérêt semble s’être accru dans l’ensemble des milieux de recherche, observe le scientifique en chef. « Avant, il était concentré chez les experts du climat, observe-t-il. Mais maintenant, c’est beaucoup plus large, et on le trouve aussi parmi des chercheurs spécialisés dans les questions légales, de gouvernance ou de santé. »

Cette volonté des chercheurs de s’impliquer dans des programmes de recherche reliés à ces questions n’est pas unique au Québec. « C’est vrai ici comme un peu partout à travers le monde », remarque-t-il.

Enjeu sans frontières

L’enjeu des changements climatiques, justement, n’a pas de frontière et incite les scientifiques du monde à collaborer. Le 14 janvier dernier, les Fonds de recherche du Québec (FRQ) sous sa gouverne ont lancé un appel à projets de recherche sur la mer, mené avec l’Agence nationale de la recherche (ANR) de France. Le but ? Financer des équipes composées de chercheurs des deux côtés de l’Atlantique. Leurs travaux devront aider à caractériser l’impact environnemental, à diminuer l’empreinte écologique et à développer des scénarios d’adaptation des activités humaines sur l’océan, dans les zones côtières et sur le fleuve Saint-Laurent, dont le transport maritime.

Autre preuve de la portée internationale de la recherche québécoise dans le domaine : la présence à Montréal de Future Earth. Cette organisation scientifique, qui réunit des dizaines de milliers de chercheurs du monde autour des enjeux des changements climatiques, a installé en 2015 l’un de ses cinq secrétariats dans les bureaux de l’Université Concordia. « Ce qu’on est à travailler maintenant, c’est de voir avec la direction de Future Earth comment on peut rendre leurs activités plus concrètes ici, au Québec. »

Du mondial au local

À l’avant-poste de la diplomatie scientifique, Rémi Quirionest à même de constater les discussions qui ont lieu entre pays relativement aux changements climatiques, souvent orientées par les Objectifs du développement durable (ODD) adoptés à l’Organisation des Nations unies en 2015. « Les solutions ne viendront pas du siège des Nations unies, remarque néanmoins le scientifique en chef. De plus en plus, on se rend compte que cela se joue à l’échelle locale. Il faut que les citoyens et les chercheurs, localement, s’impliquent. Et peut-être qu’ainsi on va pouvoir faire avancer la cause avec une recherche de qualité, mais aussi une participation citoyenne de plus en plus importante. »

Le 11 décembre 2018, les FRQ ont annoncé le lancement du Réseau inondations intersectoriel du Québec (RIISQ). Financé à hauteur de 1,5 million sur trois ans, ce réseau dirigé par Philippe Gachon, professeur à l’Université du Québec à Montréal, vise à fédérer 16 établissements universitaires et plus d’une trentaine de partenaires. Comme pour les autres défis de société, les FRQ privilégient la collaboration entre scientifiques de différentes disciplines. Plus d’une centaine de chercheurs devraient participer au RIISQ à travers des thématiques de recherche variées. Ces dernières vont du risque d’inondation à sa communication, en passant par la gestion et les répercussions biopsychosociales de tels événements appelés à se produire plus fréquemment au Québec en raison des changements climatiques. Les activités du réseau devraient aussi inviter la collaboration de gouvernements et d’entreprises privées, mais aussi d’acteurs de la société civile.

Car pour le scientifique en chef, seulement amener les chercheurs de différentes disciplines à travailler ensemble n’est pas suffisant lorsqu’il est question du climat. C’est pourquoi les FRQ s’intéressent à la science participative, une démarche qui fait appel à une contribution plus active des citoyens et des non scientifiques dans les travaux de recherche.

Des ateliers ont été organisés sur le sujet par les FRQ, notamment une table ronde en mai 2018 dans le cadre du dernier congrès de l’Association francophone pour le savoir (Acfas). « On doit développer un nouveau dialogue de ce côté, parce qu’on n’était peut-être pas habitués à faire ça dans le passé. Mais on s’aperçoit que c’est ce que ça prend en ce qui concerne les changements climatiques. » Il espère ainsi inciter la société civile à s’associer davantage avec les chercheurs pour améliorer les connaissances dans le domaine et trouver de nouvelles solutions.

À voir le nombre de personnes dans la rue pour le climat le 15 mars dernier, les scientifiques ne devraient pas rencontrer trop de difficultés à trouver des citoyens prêts à se mobiliser dans des projets de recherche sur l’avenir de la planète.

Des GES à la tonne

Selon le dernier inventaire québécois des gaz à effet de serre, le Québec aurait émis l’équivalent de près de 82 mégatonnes de CO2 en 2015, ce qui équivaut à une dizaine de tonnes par habitant. Les émissions de GES de la province ont ainsi diminué d’environ 9 % entre 1990 et 2015. La cible du plan d’action sur les changements climatiques du gouvernement du Québec était de les réduire de 20 % sous leur niveau de 1990… pour 2020.