À l’Université de Sherbrooke, le développement durable est global

Anne-Sophie Poiré Collaboration spéciale
L’Université de Sherbrooke multiplie les initiatives vertes.
Photo: Michel Caron Université de Sherbrooke L’Université de Sherbrooke multiplie les initiatives vertes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Depuis l’établissement de sa maîtrise en environnement en 1974, l’Université de Sherbrooke (UdeS) applique les principes du développement durable à l’ensemble de ses activités, dans une perspective interdisciplinaire et transfacultaire. En se hissant au 22e rang mondial du plus récent UI GreenMetric World University Rankings, elle conserve son titre de championne des universités canadiennes en la matière.

L’Université de Sherbrooke fait honneur à ses couleurs : verte dans sa volonté d’atteindre la carboneutralité d’ici 2030, et or puisqu’elle est toujours en tête des établissements d’enseignement supérieur au Canada quant au développement durable et aux préoccupations environnementales, et ce, pour une sixième année sur sept. Elle obtient 7750 points sur une possibilité de 10 000. Sa plus proche concurrente au pays, l’Université Carleton à Ottawa, récolte quant à elle une note de 7550 pour rejoindre le 33e rang. Seules 11 universités canadiennes figurent au palmarès UI GreenMetric World University Rankings de 2018.

Gestion de l’énergie et des changements climatiques

Parmi les 719 universités de 81 pays ayant pris part au classement, qui compare les mesures saisies afin de favoriser un développement durable de leurs campus ainsi que leur administration des enjeux environnementaux, c’est sur le plan de la gestion de l’énergie et des changements climatiques que l’UdeS se distingue. Elle atteint le 12e rang mondial dans la catégorie.

Photo: Michel Caron Université de Sherbrooke C’est sur le plan de la gestion de l’énergie et des changements climatiques que l’Université de Sherbrooke se distingue. Elle atteint le 12e rang mondial dans la catégorie.

Ses émissions de gaz à effet de serre (GES) liées aux bâtiments ont diminué de 29,2 % en 2017-2018 par rapport à 1990-1991, année de référence du protocole de Kyoto, malgré une augmentation de plus de 63,7 % de son effectif étudiant et de 117,6 % de sa superficie. L’intensité énergétique du parc immobilier de ses trois campus en 2017-2018 a été réduite de 40,6 % par rapport à 2002-2003, année marquant le début des mesures d’efficacité énergétique par l’embauche d’un directeur de la division ingénierie au Service des immeubles, notamment. Sans parler du programme de libre accès au transport en commun, du compostage global instauré il y a 15 ans ou du bannissement des ustensiles de plastique et des bouteilles d’eau à usage unique.

Les sources d’énergie renouvelable sont aussi bien nombreuses sur le campus : géothermie, récupération de l’énergie par la ventilation et le refroidissement, utilisation de la lumière naturelle et de cellules photovoltaïques… « Nous avons développé une expertise à l’interne », explique Denyse Rémillard, professeure et vice-rectrice à l’administration et au développement durable de l’Université de Sherbrooke. En 2007 était institué ce premier vice-rectorat au Canada.

L’UdeS s’apprête à mettre en opération le plus grand parc d’énergie solaire pour la recherche et l’innovation au Québec, en partenariat avec la Ville de Sherbrooke. Il vise une « électrification efficace ». La facture énergétique annuelle de l’université s’élève à près de 5 millions de dollars, mais sans toutes ces mesures, elle serait du double, selon les données de l’institution.

Son programme de rendement énergétique et ses actions de réduction et de compensation des émissions de gaz à effet de serre (GES) lui ont donc permis « de largement dépasser les cibles nationales et internationales », fait valoir Denyse Rémillard. Avec l’Accord de Paris, le Canada s’est engagé à réduire d’ici 2030 ses émissions de GES de 30 % relativement aux niveaux de 2005.

À l’Université de Sherbrooke toutefois, pas question de définir le développement durable selon sa stricte représentation. « Ce classement est tributaire d’un ensemble d’indicateurs, laisse tomber Patrice Cordeau, conseiller en environnement et développement durable à l’Université de Sherbrooke. On intègre les préoccupations environnementales dans l’ensemble de nos activités d’enseignement, de recherche, de services à la collectivité et de gestion. » Appuyé par une volonté politique et des budgets généreux — près de deux millions de dollars sont investis annuellement pour des projets en efficacité énergétique, rappelle-t-il, « le développement durable est global ».

L’UdeS derrière un projet de loi contre l’obsolescence

Le 9 avril prochain sera déposé à l’Assemblée nationale un projet de loi pour contrer l’obsolescence programmée, définie comme « toute technique visant sciemment à réduire la durée de vie d’un bien », qui suggère des ajustements législatifs à la Loi québécoise sur la protection du consommateur. Derrière la proposition : le chargé de cours à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke, Jonathan Mayer, et son groupe d’étudiants, inspirés entre autres d’initiatives similaires lancées en France et en Suède. Les tenants et aboutissants du projet de loi demeurent cependant confidentiels jusqu’à son dépôt.

Une pétition soutenant le projet dénombre quelque 45 000 signatures, et le projet a « l’appui unanime de tous les partis de l’opposition, indique Jonathan Mayer. Il est parrainé par le député indépendant de Chomedey, Guy Ouellet. Nous avions un allié à l’Assemblée nationale ».

Si l’environnement est une compétence partagée entre les paliers fédéral et provincial, la protection du consommateur demeure l’apanage de Québec. « En abordant le projet sous l’angle de la protection du consommateur, on s’évitait bien des bâtons dans les roues », précise Jonathan Mayer.

Deuxième volet de l’obsolescence programmée : le droit à la réparation, sur lequel plusieurs multinationales comme Apple détiennent le monopole, risque d’être reconnu par l’Assemblée nationale, selon le chargé de cours. Le principe devrait être démocratisé dans un objectif de développement durable et de décroissance, affirme-t-il. « On transforme des ressources, on gaspille de l’énergie et on génère des tonnes de rebuts électroniques, prévient Jonathan Mayer. Les fabricants devraient être tenus de fournir les outils pour la réparation, et à un prix raisonnable. »