Université de Montréal: verdir des terrains pour les décontaminer

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Maxime Fortin Faubert, étudiant au doctorat en biologie à l’Université de Montréal, étudie les capacités de décontamination des végétaux. En image, le terrain en friche industrielle à Varennes où il a mené ses expériences.
Photo: Maxime Fortin Faubert Maxime Fortin Faubert, étudiant au doctorat en biologie à l’Université de Montréal, étudie les capacités de décontamination des végétaux. En image, le terrain en friche industrielle à Varennes où il a mené ses expériences.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les sites contaminés de Montréal, des terreaux fertiles pour rendre la ville plus résiliente aux changements climatiques ? Cette perspective de Maxime Fortin Faubert, étudiant au doctorat en biologie à l’Université de Montréal, peut paraître saugrenue aux premiers abords, mais se révèle logique.

Depuis janvier dernier, le chercheur a commencé à brosser un portrait des terrains contaminés laissés à l’abandon sur l’île de Montréal et cherche à repérer ceux qui contribuent le plus aux îlots de chaleur. Pour réaliser ce travail, il a reçu une bourse de 50 000 $ de la part de la Fondation David Suzuki. Son souhait ? Trouver lesquels seraient les plus propices à la plantation de végétaux, capable de manière naturelle de dépolluer les sols.

« Ce que je vois dans les terrains contaminés vacants, c’est une occasion de revégétaliser, puis de faire de la phytoremédiation en même temps que de fournir des services écosystémiques à la ville pour qu’elle s’adapte aux changements climatiques. » La phytoremédiation consiste justement à purifier ou décontaminer l’eau, le sol ou l’air à l’aide de végétaux. Au Québec, les saules se révèlent particulièrement efficaces pour cette tâche. Ses racines peuvent extraire du sol des métaux lourds, comme le zinc, le cuivre et le cadmium, qui s’accumulent ensuite dans son tronc et ses feuilles, faciles à couper au bout de quelques années.

Photo: Maxime Fortin Faubert Terrain en friche industrielle à Varennes où Maxime Fortin Faubert, étudiant au doctorat en biologie à l’Université de Montréal, a mené ses expériences.

À Montréal, leur plantation dans des îlots de chaleur permettrait du même coup de rafraîchir la température, limiter les eaux de ruissellement après des averses, voire potentiellement séquestrer un peu de carbone. « Souvent, les terrains sont vacants pendant tellement longtemps, observe Maxime Fortin Faubert. Si on avait planté des saules à ces endroits il y a 15 ans, peut-être que ces terrains, en plus d’avoir fourni plein de services écosystémiques à la ville, seraient décontaminés. »

Le chercheur voit dans la phytoremédiation une solution de rechange à privilégier au « dig and dump », qui consiste à excaver un terrain dont on souhaite améliorer la valeur foncière pour ensuite transporter son sol contaminé et l’enfouir à un autre endroit. En plus d’un recours coûteux à de la machinerie, cette technique « fait juste déplacer le problème ailleurs », soulève-t-il. « La phytoremédiation ne coûte vraiment pas cher : on met des végétaux, puis on attend qu’ils fassent le travail. »

Allier les plantes et les champignons

En matière de phytoremédiation, Maxime Fortin Faubert s’y connaît. En parallèle à son projet de cartographie des terrains contaminés montréalais, il termine un doctorat à l’Université de Montréal sur le sujet. Sous la supervision des professeurs Michel Labrecque et Mohamed Hijri de l’Institut de recherche en biologie végétale (IRBV), rattaché à cet établissement d’enseignement supérieur, il a expérimenté la combinaison de la phytoremédiation et de la mycoremédiation, soit l’utilisation des champignons pour dépolluer les sols. En laboratoire, dans des conditions contrôlées, certains champignons décomposeurs dégradent efficacement des contaminants organiques.

Pour son doctorat, Maxime Fortin Faubert a réalisé des expériences sur une friche industrielle, à Varennes, où il restait des traces laissées par l’industrie pétrochimique, comme des métaux lourds, des biphényles polychlorés (BPC) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP). Dans une plantation de saules, il a ajouté à la base de certains d’entre eux un paillis de bois raméal fragmenté. À quelques endroits, il a fait pousser des pleurotes sur ces copeaux, pour qu’ils dégradent des contaminants organiques dans la foulée. Son but ? Observer si les saules et les pleurotes feraient équipe et si leurs interactions décupleraient leurs capacités respectives de décontamination.

« Faire de la mycoremédiation sur le terrain, ce n’est pas impossible, mais c’est difficile, parce que le champignon entre en compétition avec plein d’autres microorganismes », souligne le chercheur. Maxime Fortin Faubert rédige en ce moment sa thèse après avoir terminé son échantillonnage et analysé les données. « Dans mon cas, on n’a pas remarqué d’effet bénéfique de l’ajout de champignons », dit-il, en soulevant qu’il reste du travail à accomplir pour améliorer cette approche, qui a toujours beaucoup de potentiel à ses yeux.

En revanche, il a remarqué une répercussion dans la décontamination réalisée par les saules lorsque du bois raméal fragmenté avait simplement été déposé à la base de leur tronc. « Que le paillis ait été inoculé du champignon ou non, les saules ont extrait plus de zinc. »

Il reste encore beaucoup à découvrir en matière de phytoremédiation. Son succès dépend de plusieurs facteurs, dont le cultivar, la communauté microbienne associée aux racines, le type de sol et la durée durant laquelle les contaminants ont été enfouis. « On est encore à l’étape de trouver quels végétaux sont le plus efficaces pour quels contaminants dans quels types de sols, signale-t-il. Mais parfois, cela donne des résultats vraiment impressionnants. » Assez pour le persuader que la phytoremédiation peut agir concrètement sur les terrains contaminés de Montréal.