Le prix Étincelle pour un projet d’urbanisme transitoire

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
Le projet Young, situé au 204, rue Young dans Griffintown, est le premier projet d’occupation transitoire de Montréal. Celui-ci a été lancé par le Laboratoire transitoire. Il s’agit d’un partenariat entre l’OBNL Entremise, la Ville de Montréal, la Maison d’innovation sociale et Cities for People de la Fondation McConnell.
Photo: UQAM Le projet Young, situé au 204, rue Young dans Griffintown, est le premier projet d’occupation transitoire de Montréal. Celui-ci a été lancé par le Laboratoire transitoire. Il s’agit d’un partenariat entre l’OBNL Entremise, la Ville de Montréal, la Maison d’innovation sociale et Cities for People de la Fondation McConnell.

Ce texte fait partie du cahier spécial Recherche universitaire

Quelque 1000 bâtiments vacants ont été recensés l’an passé à Montréal. Et cela, sans compter ceux qui sont largement sous-utilisés et qui comptent notamment des vitrines, des locaux, des étages vacants. Or, cette situation engendre des problèmes. Pour les propriétaires, qui doivent les garder en état et les sécuriser, par exemple. Mais également à l’échelle du quartier parce qu’il y a souvent un effet domino. Un bâtiment vacant en entraîne souvent un autre, puis encore un autre, et ainsi de suite.

Le réseau Villes Autrement, une initiative de plusieurs professeurs de l’UQAM, s’est donné la mission de contrer ce fléau grâce aux usages transitoires. Il vient de remporter le prix Étincelle au concours de l’idée à l’innovation, lancé par l’Université pour valoriser la contribution de ses professeurs à la bonne marche de la société.

Qu’est-ce qu’un usage transitoire ? Il s’agit d’une forme d’occupation à prix modique en attendant une future affectation ou la démolition du bâtiment. Cela permet le maintien du bâtiment puisque les occupants en prennent soin, tout en proposant des espaces de coworking à bas loyers pour des travailleurs autonomes et autres organismes communautaires qui n’auraient pas les moyens de s’offrir des bureaux autrement, et en favorisant le dynamisme économique et social d’un quartier qui, sans cela, serait plus ou moins déserté.

« Pour nous, tout a commencé avec le projet Young, dans Griffintown, raconte Sylvain Lefebvre, professeur au Département de géographie de l’UQAM. Nous avons été approchés par l’OBNL Entremise afin de réaliser une évaluation de ce projet consistant à permettre l’occupation temporaire d’un bâtiment industriel municipal situé au 204 de la rue Young. Les résultats de cette première évaluation seront publiés d’ici deux mois, mais de là a émané l’idée d’aller encore plus loin. »

Quartier des spectacles

Aller encore plus loin, en menant ce même type de projet à l’échelle de tout un quartier, en l’occurrence celui des spectacles, qui compte un grand nombre de bâtiments vacants, et au cœur duquel l’UQAM s’inscrit.

« L’UQAM célèbre ses cinquante ans cette année, note M. Lefebvre. Ce serait un beau cadeau à se faire que de devenir la première université à prendre le virage transitoire. Il s’agit, d’une part, de regarder dans son parc immobilier les espaces et les locaux qui pourraient se prêter à un usage transitoire dans l’attente d’une réaffectation ou d’une mise en valeur future. De l’autre, de réaliser un inventaire exhaustif de la vacance dans le quartier des spectacles afin, à terme, de développer des espaces transitoires. »

Ainsi est né le réseau Villes Autrement, qui regroupe à la fois des professeurs et des étudiants issus de plusieurs départements — géographie, études urbaines et touristiques, école de design, etc. —, mais aussi des OBNL partenaires, tels qu’Entremise, des organismes communautaires et des experts.

« Tout cela reste encore à déterminer, car nous n’en sommes vraiment qu’au tout début, indique le professeur de géographie. Mais nous savons déjà que notre projet s’articulera en trois phases. La première, qui démarrera dès cet été, consiste à faire l’inventaire. La deuxième, et c’est là que les chercheurs entrent en scène, a pour objectif, de penser à un scénario de mise en valeur de la vacance. Et la troisième, plus concrète, se concentrera sur la gestion de la mise en valeur de cette vacance. »

Projet interactif

Un scénario qui devra répondre aux besoins du quartier et bien s’intégrer dans l’espace existant. Un scénario à géométrie variable, puisque tous les espaces ne peuvent avoir le même type d’utilisation. Mais au bout du compte, Sylvain Lefebvre insiste sur l’impact économique et social d’un tel projet d’envergure.

« Retombées sociales sur les personnes qui s’impliquent et qui vont habiter ces lieux, précise-t-il. Comme retombées économiques, on peut parler du manque à gagner de taxes pour la Ville lorsque les espaces sont vacants. Et puis, il y a cette idée d’être au tout début d’un mouvement qui peut faire de grandes et belles choses. Certains bâtiments, initialement destinés à être détruits, peuvent se voir réaffectés parce que leur mise en valeur aura fait changer le propriétaire d’avis ou parce qu’on aura souligné leur valeur patrimoniale. »

Dès le mois de septembre, les équipes du réseau Villes autrement s’installeront au cœur du quartier dans un local à usage transitoire.

« Le réseau Villes autrement sera ainsi localisé dans l’espace Villes autrement, conclut-il. Il aura pignon sur rue. C’est ici que tout le travail de recherche sera exécuté. Il y aura un caractère interactif avec la rue, avec les gens du quartier. Il y a déjà un enthousiasme au sein de l’Université. L’idée maintenant, c’est de créer ce même engouement dans le quartier, sur le terrain. »

Trois autres lauréats

Dans le cadre de la Semaine de la recherche et de la création, le vice-rectorat à la recherche, à la création et à la diffusion de l’UQAM a lancé cette année le concours de l’idée à l’innovation, ayant pour but de faire émerger de nouvelles idées, de favoriser des collaborations de nature transdisciplinaire et de valoriser les contributions de la recherche universitaire à la société.

Outre le prix Étincelle, deux autres récompenses ont été attribuées le 21 mars dernier :

• Le prix Impact, qui souligne l’excellence et le potentiel d’une innovation technologique, sociale ou organisationnelle aux retombées significatives, récompense cette année deux projets arrivés ex aequo. Développé par des professeurs des départements de didactique, d’éducation et pédagogie et de sciences de l’éducation physique, le projet Pour que les enseignants ne perdent pas le nord, consiste en des boussoles interactives, outils informatiques d’autoformation destinés à améliorer les pratiques des enseignants. Quant au projet BIPeR, développé par le département d’informatique et l’École de design, il présente une rondelle en plastique munie d’un système sonore intelligent qui donne aux joueurs handicapés visuels toute l’information utile pour connaître en tout temps la position et la trajectoire de la rondelle sur la patinoire.

• Le prix Partenariat souligne l’excellence et le potentiel d’un projet en développement soutenu par un écosystème de partenaires engagés. Il a été remis au projet Les environnements immersifs au service des apprenants. Développé par les départements de sciences de l’activité physique et de didactique, il vise à adapter les contenus de jeux immersifs dans le but de répondre aux besoins d’élèves ayant des difficultés d’apprentissage, et 10 000 $ seront versés à chacune des équipes lauréates, sous forme de fonds de recherche.