Guider nos pas pour réduire notre empreinte

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
«L’idée, c’est vraiment d’aiguiller les gens et de les accompagner à ne pas trouver de fausses solutions», soulève Cécile Bulle, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.
Photo: iStock «L’idée, c’est vraiment d’aiguiller les gens et de les accompagner à ne pas trouver de fausses solutions», soulève Cécile Bulle, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

De l’engouement pour le mode de vie zéro déchet jusqu’à la signature du Pacte pour la transition, les citoyens affichent de plus en plus leur volonté de changer leurs habitudes et leurs choix de consommation pour réduire leur empreinte écologique. Mais par où commencer ? Quelle est la répercussion de nos gestes ? Nos décisions sont-elles réellement les plus adéquates pour l’environnement ? Il est facile de s’y perdre, malgré les meilleures intentions.

Pour répondre à ces questions, le Centre international de référence sur le cycle de vie des produits, procédés et services (CIRAIG) lance le projet Boussole durable. Ce programme de recherche, dévoilé le 22 mars dernier dans le cadre de l’événement La Science des données au service du développement durable à HEC Montréal, vise à mieux accompagner les citoyens dans leur consommation écoresponsable.

Des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), ainsi que des universités McGill et Concordia, sont déjà impliqués dans le projet, en plus de ceux du Centre interdisciplinaire de recherche en opérationnalisation du développement durable (CIRODD). Parmi les autres partenaires confirmés, on compte le Pacte pour la transition.

Leur but : créer un outil, accessible sur le Web ou par une application mobile, afin de mieux nous guider. Des recherches, basées sur l’analyse de cycle de vie, tenteront en parallèle de raffiner la quantification des impacts environnementaux des habitudes des individus, afin de mieux les informer, de manière générale ou en temps réel, par l’entremise de cet outil. Certains calculateurs d’empreintes écologiques existent déjà, comme celui du Global Footprint Network. Mais le projet Boussole durable souhaite aller plus loin et ne pas seulement tenir compte des ressources utilisées.

« Notre première étape sera de regarder la contribution de chaque individu aux changements climatiques, indique Laure Patouillard, chercheuse postdoctorale à Polytechnique Montréal et coordinatrice par intérim du programme Boussole durable. Les pas suivants seront de regarder la répercussion sur d’autres problèmes environnementaux, la santé humaine, la qualité des écosystèmes et à quel point on dépasse les limites planétaires. »

De plus, l’outil sera adapté aux particularités québécoises. La consommation énergétique, en raison de l’hydroélectricité, génère beaucoup moins de GES ici que dans les pays où elle dépend des énergies fossiles. « Notre mode de vie est très nord-américain : on consomme énormément de choses pas forcément fabriquées au Québec avec de l’hydroélectricité », soulève néanmoins Cécile Bulle, professeure au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM et aussi coordonnatrice par intérim du programme Boussole durable. « La consommation, au Québec, c’est probablement le meilleur endroit pour réduire notre empreinte carbone. »

L’outil, souhaite-t-elle, aidera les consommateurs à prendre conscience que certains choix, qui semblent intuitivement moins polluants, génèrent en fait des répercussions invisibles, mais tout aussi dommageables, ailleurs dans le cycle de vie. « L’idée, c’est vraiment d’aiguiller les gens et de les accompagner à ne pas trouver de fausses solutions. »

Changer les comportements

Le programme s’attaquera aussi au défi de mieux éduquer le grand public sur ces enjeux complexes. « C’est aussi une occasion de mieux comprendre les changements de comportement », dit Laure Patouillard, qui est aussi présidente de PolyCarbone. Cet organisme à but non lucratif développe une application pour inciter la communauté universitaire à adopter des comportements pour réduire ses GES. « On a encore beaucoup de recherches à faire pour comprendre les leviers qui suscitent des changements des comportements efficaces, éthiques et durables. »

Les données amassées à travers la Boussole durable devraient pouvoir éclairer cette dimension. C’est néanmoins pourquoi le programme de recherche s’accompagne de tout un volet sur l’éthique de la gestion des données. « Les données sur le comportement des gens, ce sont des données très sensibles, concède Cécile Bulle. Comment créer des algorithmes respectueux de la vie privée ? Et comment utiliser certaines données ou à terme l’intelligence artificielle pour accompagner de manière plus efficace les gens dans ce changement ? » Le programme Boussole durable abordera ces questions, afin de bien utiliser les outils numériques dans cette transition écologique.