Quand l’aide médicale à mourir redonne la vie

«Pour les personnes qui demandent l’aide médicale à mourir, ce geste [le don d’organes] aide à trouver un sens à la situation et à leur décision», affirme Louis Beaulieu, directeur général de Transplant Québec.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir «Pour les personnes qui demandent l’aide médicale à mourir, ce geste [le don d’organes] aide à trouver un sens à la situation et à leur décision», affirme Louis Beaulieu, directeur général de Transplant Québec.

Selon Transplant Québec, de plus en plus de donneurs d’organes sont des personnes ayant demandé l’aide médicale à mourir. En 2018, elles étaient une quinzaine sur 164 donneurs. De plus, le nombre de personnes ayant été présentées à Transplant Québec comme de potentiels donneurs d’organes par les 80 centres hospitaliers du Québec a bondi de 14 % en 2018 comparativement à 2017, confirmant ainsi une croissance continue depuis 2011. Néanmoins, on peut encore faire mieux, puisque le don d’organes est deux fois plus populaire à Philadelphie qu’au Québec.

« Pour les personnes qui demandent l’aide médicale à mourir, ce geste [le don d’organes] aide à trouver un sens à la situation et à leur décision », affirme Louis Beaulieu, directeur général de Transplant Québec, l’organisme qui coordonne le processus de don d’organes dans la province. Les quinze personnes qui en 2018 ont offert leurs organes souffraient d’une maladie neurodégénérative, comme la sclérose latérale amyotrophique. Leurs dons ont permis d’effectuer des transplantations sur une trentaine de personnes.

Le don d’organes est également de plus en plus fréquent chez les personnes qui sont victimes d’un arrêt cardiaque. Ces dernières représentent aujourd’hui près du quart des donneurs d’organes. « Il y a une décision qui est prise par la famille d’abandonner les mesures de maintien des fonctions vitales, dont la ventilation, quand le pronostic est très sombre et qu’on prévoit la mort du patient dans les jours qui viennent. On attend qu’il y ait un arrêt cardiaque et respiratoire de plus de cinq minutes qui confirme le décès, lequel devra ensuite être statué par deux médecins qui ne doivent être liés ni au prélèvement ni à la transplantation », précise M. Beaulieu.

Cette nouvelle possibilité compense le fait qu’on réchappe un plus grand nombre de personnes ayant subi un accident vasculaire cérébral (AVC). « On dispose de nouveaux médicaments et on intervient plus rapidement lors d’une hémorragie cérébrale pour réduire la pression à l’intérieur de la boîte crânienne afin que le cerveau ne soit pas trop comprimé. Comme on traite mieux les AVC, il y a moins de gens qui sont susceptibles de se retrouver en situation de mort cérébrale. C’est une bonne nouvelle en soi, mais ça a un impact sur les dons », fait remarquer M. Beaulieu.

Peu d’élus

En 2018, sur 755 signalements de donneurs potentiels, 164 ont été retenus et leurs organes ont servi à sauver des vies. Les autres ont été abandonnés pour des raisons diverses, comme le fait que le donneur était atteint d’un sérieux problème de santé ou qu’il pouvait transmettre une maladie non traitable au receveur. « On commence néanmoins à faire des transplantations d’organes provenant de personnes ayant l’hépatite C, car on peut désormais traiter cette maladie et la guérir. »

Les délais de conservation des organes avant la transplantation sont extrêmement courts (sept heures pour un coeur, douze à dix-huit heures pour un rein), car les organes se détériorent très vite sans irrigation sanguine. Par contre, les tissus humains tels que la cornée, la peau, les valves cardiaques et les tendons peuvent être prélevés jusqu’à 24 heures après l’arrêt de toute respiration et circulation, et la plupart, sauf la cornée, peuvent être conservés dans des banques.

« Si un patient subit un important dommage cérébral qui le contraint à être sous ventilateur parce que son cerveau ne fonctionne plus, ce patient devrait nous être confié, car il se trouve dans une situation de mort imminente. Nous devons investir dans la formation du personnel des urgences et des unités de soins intensifs pour qu’il ait bien en tête les critères [définissant] un donneur potentiel. Parce que chaque fois qu’on manque un donneur, ça prend cent décès de plus pour en trouver un autre, et la vie de huit personnes aurait pu être sauvée », affirme le directeur général.

« Les professionnels de la santé ne doivent pas empêcher une famille de considérer cette question même si elle semble très affligée. Car pour plusieurs familles, et c’est encore plus vrai quand elles ont face à la perte d’un tout-petit, le don d’organes contribue en général à un meilleur deuil, parce que ça aide à donner du sens à une situation qui leur apparaît insensée », dit-il avant de rappeler qu’une personne décédée peut fournir deux poumons, un foie qui peut être séparé en deux, deux reins, un coeur et un pancréas, qui pourront servir à huit transplantations. Et c’est sans compter que l’on commence à faire des transplantations faciales, d’utérus, de bras et d’intestin…

Comment signifier que l’on désire donner nos organes à notre mort ? Idéalement, on le fait en s’inscrivant à un ou aux deux registres qui existent au Québec, celui de la Chambre des notaires et celui de la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ). « S’inscrire directement à un registre est préférable au formulaire fourni lors du renouvellement de la carte d’assurance maladie, car l’inscription y est [définitive, mais peut être résiliée] et le personnel autorisé peut y avoir accès », souligne M. Beaulieu.