SpaceX et la NASA se préparent à un lancement crucial dans la nuit de vendredi à samedi

La fusée transportant la capsule <em>Crew Dragon</em> a été placée jeudi sur le pas de tir mythique d’où sont parties toutes les missions Apollo pour la Lune.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse La fusée transportant la capsule Crew Dragon a été placée jeudi sur le pas de tir mythique d’où sont parties toutes les missions Apollo pour la Lune.

Huit ans après la fin des vols habités américains, la NASA et SpaceX s’apprêtent à tester samedi une nouvelle capsule pour astronautes, pour un aller-retour de six jours dans l’espace — mais seule Ripley, un mannequin, prendra place à bord.

Le lancement de la capsule flambant neuve Crew Dragon par une fusée SpaceX est prévu à 2 h 49 samedi depuis le centre spatial Kennedy, à Cap Canaveral, en Floride. L’objectif est la Station spatiale internationale (SSI) dimanche, et un retour sur Terre vendredi 8 mars.

Si la mission se déroule sans incident, le prochain voyage aura deux astronautes à bord, en théorie avant la fin de l’année.

Le patron du centre Kennedy affichait son excitation vendredi matin, à moins de 24 heures du tir. La fusée est sortie de son hangar et a été mise à la verticale jeudi, sur le pas de tir mythique d’où sont parties toutes les missions Apollo pour la Lune.

Chaque mission est importante, mais celle-ci l’est encore plus.

 

« Ce furent huit longues années », dit Bob Cabana, un ancien astronaute qui a assisté au retour ici de la dernière navette spatiale, en juillet 2011. Après la mise au garage des navettes (1981-2011), la « côte spatiale » est entrée dans une sorte de dépression, avec des licenciements chez les sous-traitants.

Aujourd’hui, SpaceX a rénové le pas de tir. Sa concurrente Blue Origin, fondée par le patron d’Amazon, a construit un gigantesque hangar peint en bleu pour assembler sa prochaine grande fusée.

« C’est formidable de voir un véhicule habitable, la capsule Dragon de SpaceX, au sommet d’une Falcon 9, là-bas sur le pas 39A. Mais ce que j’ai vraiment hâte de voir, c’est un équipage à bord cette année », a dit Bob Cabana lors d’une rencontre avec la presse, à quelques kilomètres du fameux pas de tir, visible dans la brume matinale.

Le ciel était dégagé vendredi, avec 80 % de chances de temps favorable pour le lancement.

Depuis 2011, le transporteur exclusif vers la SSI est l’agence spatiale russe, et les astronautes américains doivent décoller du cosmodrome de Baïkonour au Kazakhstan.

« Revenir ici, c’est une question de fierté nationale », a expliqué vendredi Mark Geyer, patron du centre spatial Johnson à Houston, où sont basés les astronautes américains.

Boeing a aussi reçu un contrat de la NASA en 2014 pour développer un véhicule, le Starliner. Il ne sera pas testé avant avril, dans une mission similaire à celle de SpaceX.

La NASA n’a pas voulu parier sur un seul véhicule, pour se couvrir en cas d’accident.

L’initiative a pris environ trois ans de retard sur le plan initial. Le premier vol habité de SpaceX est toujours officiellement prévu en juillet, mais les responsables de la NASA et de SpaceX évoquent souvent la fin de l’année comme date butoir.

Un test en conditions réelles

La mission qui commencera samedi vise justement à tester en conditions réelles la fiabilité et la sûreté de la capsule.

Le mannequin, baptisé Ripley par SpaceX en l’honneur du personnage des films Alien incarné par Sigourney Weaver, est équipé de capteurs pour mesurer les forces auxquelles seront soumis les astronautes au décollage et lorsqu’ils replongeront dans l’atmosphère et amerriront dans l’Atlantique, ralentis par quatre grands parachutes.

Tout devra fonctionner sans accroc : la séparation de la capsule de la fusée ; l’orbite de 27 heures vers la SSI ; l’amarrage à la station.

« Nous avons mis des instruments partout dans le véhicule », a dit Kathy Lueders, responsable des contrats Boeing et SpaceX à la NASA, jeudi. « Nous allons apprendre des tonnes de choses avec cette mission ».

Pour SpaceX, compagnie privée fondée par Elon Musk en 2002 avec quelques ingénieurs, réussir à envoyer des astronautes en orbite serait une consécration.

« Chaque mission est importante, mais celle-ci l’est encore plus », a dit jeudi lors d’une conférence de presse Hans Koenigsmann, vice-président de SpaceX, dont la vie est soumise au rythme des lancements.

« Depuis le départ, notre but était le vol habité », a-t-il ajouté.

En moins d’une décennie, SpaceX s’est imposée comme un partenaire clé de la NASA, tout en conquérant le marché du lancement de satellites privés.

Les fusées Falcon 9 ont ravitaillé la SSI quinze fois depuis sept ans (une a explosé en 2015).