Montréal veut être à l’avant-garde

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
«Le très beau message de la métropole [...], c’est de vouloir partir du transport collectif et de greffer le reste. On n’essaye pas d’augmenter la place de la voiture individuelle, mais plutôt de la relativiser sans diminuer le confort et la qualité de déplacement», explique Jean-François Tremblay, président-directeur général de Jalon
Photo: Unsplash «Le très beau message de la métropole [...], c’est de vouloir partir du transport collectif et de greffer le reste. On n’essaye pas d’augmenter la place de la voiture individuelle, mais plutôt de la relativiser sans diminuer le confort et la qualité de déplacement», explique Jean-François Tremblay, président-directeur général de Jalon

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Mercredi 13 février dernier au petit matin. Depuis les douze dernières heures, il est tombé plus de 30 cm de neige sur Montréal. La plus grosse tempête de la saison. Inévitablement, l’heure de pointe est difficile dans les rues de la métropole. Inévitablement ? Peut-être plus dans cinq ou dix ans. Grâce à son Système de transports intelligents (STI), la Ville souhaite en effet mieux diagnostiquer les situations problématiques en amont ou en temps réel afin d’améliorer la gestion des déplacements.

Compiler une foule de données sur les flux de déplacements afin d’améliorer la capacité et la rapidité d’intervention, mieux diagnostiquer les situations problématiques et être en mesure de planifier les nouvelles infrastructures en fonction des constats observés, assurer la sécurité des personnes, optimiser leur mobilité et celle des marchandises et favoriser une approche de développement durable : voilà, à terme, les différents objectifs du Système de transports intelligents mis en branle par la Ville de Montréal ces dernières années.

Un STI dont le coeur et le cerveau se situent au sein du Centre de gestion de la mobilité urbaine (CGMU). C’est ici qu’est acheminée toute l’information provenant de divers équipements — feux de circulation, caméras, détecteurs, panneaux à messages variables, etc. — et qu’elle est traitée et analysée afin de prendre les meilleures décisions, en temps réel.

« De nombreuses villes mettent au point leur propre système de transports intelligents, souligne Jean-François Tremblay, président-directeur général de Jalon, organisme oeuvrant en mobilité intelligente à Montréal. Le très beau message de la métropole en revanche, c’est de vouloir partir du transport collectif et de greffer le reste. On n’essaye pas d’augmenter la place de la voiture individuelle, mais plutôt de la relativiser sans diminuer le confort et la qualité de déplacement. »

Intégration

À terme, environ cinq cents caméras seront installées aux intersections névralgiques du réseau artériel montréalais. Elles permettront aux opérateurs du CGMU de constater les problématiques de congestion et les incidents affectant les déplacements afin de répondre aux besoins croissants de mobilité des citoyens, de plus en plus nombreux à vivre en ville ou à venir y travailler ou s’y divertir.

Mais à l’aide de l’apprentissage automatique, l’une des applications de l’intelligence artificielle, la Ville souhaite également, à terme, pouvoir prédire la circulation, évaluer la performance des équipements de circulation et proposer des améliorations. L’objectif ? Rendre notamment les feux de circulation proactifs sur le trafic à venir, l’utilisation de l’IA permettant de prendre en considération plus de variables influençant les débits de circulation, dont la météo, l’état de la chaussée et les périodes où l’on constate une augmentation inhabituelle de la circulation, comme les congés ou les événements sportifs et culturels, etc.

« Le mot d’ordre, c’est l’intégration de tous les transports, qu’ils soient individuels, collectifs (métro, bus, tramway, autopartage) ou actifs (marche, vélo), précise M. Tremblay. Il y a toute une partie de la population qui affirme qu’elle se séparerait bien de sa voiture si le type de mobilité qu’on lui proposait à la place était plus efficace. »

Créateurs d’expérience

Des modes de transports mieux connectés entre eux, des usagers mieux informés sur les différentes options qui s’offrent à eux, par des applications numériques notamment, un système d’abonnement et de facturation intégrés en fonction des différentes options souscrites, et une mobilité qui gère à la fois les besoins quotidiens et les situations exceptionnelles ou d’urgence. Car si se déplacer à vélo ou en métro pour aller travailler au centre-ville est relativement facile, la voiture devient nécessaire pour aller acheter un téléviseur le samedi ou lorsqu’il faut aller chercher son enfant en urgence à la garderie. À moins d’intensifier et de diversifier l’offre d’autopartage.

Jean-François Tremblay affirme par ailleurs que Montréal a de beaux atouts à jouer en matière de transports intelligents, notamment parce que la métropole demeure une place forte de l’industrie du divertissement.

« Aujourd’hui, les usagers sont des consommateurs d’expérience, et Montréal a le savoir-faire et les talents nécessaires pour nourrir cet appétit, estime-t-il. Prenons le véhicule autonome. Pour l’instant, on en parle surtout sous l’angle de la sécurité et de la technologie. Mais on commence tout doucement à réfléchir au type d’expérience que l’on voudra vivre à l’intérieur de ces voitures lorsque plus personne ne les conduira. »

Le p.-d.g. de Jalon est d’avis que, dans ce domaine, la métropole a véritablement une carte à jouer, notamment parce que les coûts y sont bien moins élevés que dans la Silicon Valley par exemple.

« Il s’agit d’un champ naissant, conclut-il, ce qui implique qu’il va y avoir beaucoup d’essais, beaucoup d’erreurs. Et les entreprises préfèrent toujours que les erreurs lui coûtent le moins cher possible… »


Bientôt une plateforme numérique vraiment intégrée ?

Un rendez-vous professionnel au centre-ville à 14 h 30 mardi ? Une séance de cinéma à 18 h samedi ? Le match de soccer de votre petit dernier à 9 h 30 dimanche ? À quelle heure devrait-on partir pour ne pas arriver à ces événements en retard, mais pas trop en avance non plus ? De plus en plus de solutions permettent de répondre à cette question en tenant compte des différents moyens de transport à disposition et de la circulation en temps réel.

Dans la grande région métropolitaine, il est désormais possible, que ce soit sur le site Internet de la STM et celui d’EXO, ou par leurs applications mobiles, de planifier son itinéraire en train, en métro et en bus. Mais la STM souhaite aller plus loin, en créant une plateforme numérique intégrant les services de vélos en libre-service et d’autopartage à son offre de transport.

À l’occasion d’une conférence devant la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le président du conseil d’administration de la STM, Philippe Schnobb a en effet déclaré il y a quelques mois, vouloir que les Montréalais puissent se déplacer en passant d’un mode à l’autre sans souci.

Les clients de la STM peuvent déjà, avec leur carte Opus, déverrouiller un Bixi ou une voiture Communauto, mais ils doivent encore gérer plusieurs abonnements. Une situation à laquelle la STM semble vouloir mettre fin.