Découverte montréalaise pour améliorer la fécondation «in vitro»

Kimberly et Brock Belnap tiennent dans leurs bras leur premier enfant, obtenu en 2012 grâce à la fécondation in vitro.
Photo: Adrian Sanchez-Gonzalez Bozeman Daily Chronicle / Associated Press Kimberly et Brock Belnap tiennent dans leurs bras leur premier enfant, obtenu en 2012 grâce à la fécondation in vitro.

La découverte d’un moyen de concevoir en laboratoire des embryons de meilleure qualité permet d’espérer l’accroissement du taux de réussite des grossesses découlant d’une fécondation in vitro. Cette découverte effectuée par des chercheurs du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) devrait redonner espoir aux 17 % de couples qui ne peuvent réaliser leur désir de fonder une famille pour des raisons d’infertilité.

Environ la moitié des embryons conçus en laboratoire par fécondation in vitro (FIV) renferment des cellules qui contiennent un nombre anormal de chromosomes.

Cette anomalie, dénommée aneuploïdie, peut apparaître dès que l’ovocyte a été fécondé par un spermatozoïde et qu’il commence à se diviser, précise le chercheur au CRCHUM Greg FitzHarris, qui a dirigé l’étude publiée dans la revue Current Biology.

« Lorsqu’une cellule se divise en deux, se produit d’abord la réplication de l’ADN de la cellule. Ensuite, les deux copies d’ADN [organisé en chromosomes] se partagent entre les deux nouvelles cellules. Il existe un mécanisme dans les cellules qui prévient les erreurs, qui s’assure que le nombre exact de chromosomes est livré à chacune des deux nouvelles cellules », explique ce professeur de l’Université de Montréal.

« Or, nous avons découvert que de nombreuses cellules embryonnaires présentent une aneuploïdie parce que ce mécanisme, appelé point de contrôle du fuseau, ne fonctionne pas bien. Nous avons pu le prouver en appliquant sur les embryons en développement une substance, nommée proTAME, qui est connue pour renforcer le point de contrôle du fuseau.

« Le traitement des embryons — du stade de deux cellules à celui de cent cellules, soit le moment où ils sont implantés — avec cette substance a permis de réduire d’environ 50 % le nombre d’erreurs dans les embryons qui sont prêts à être transférés dans l’utérus d’une femelle », explique le chercheur.

Les manipulations effectuées lors de la FIV sont-elles la raison pour laquelle le point de contrôle du fuseau n’effectue pas son travail adéquatement ? Les chercheurs ne peuvent répondre à cette question pour l’instant.

« Même si cette découverte apparaît très fondamentale et a été réalisée chez la souris, elle permet d’entrevoir des applications cliniques en fertilité humaine. On a utilisé des embryons de souris comme modèles parce qu’ils présentent le même problème d’aneuploïdie que les embryons humains, et aussi parce que les mécanismes fondamentaux sont très similaires entre les deux types d’embryons, à part le fait que les souris contiennent vingt chromosomes plutôt que vingt-trois », fait valoir M. FitzHarris.

M. FitzHarris prévient qu’il reste encore « beaucoup d’éléments à éclaircir et à vérifier avant d’envisager des expérimentations sur des embryons humains ».

La prochaine étape consistera à transférer les embryons murins traités avec le proTAME dans des souris femelles et à étudier les souriceaux qui naîtront afin de vérifier si le traitement est inoffensif et ne compromet pas la santé des rejetons. Et quand viendra le moment d’éprouver le traitement chez des embryons humains, on fera appel à des embryons congelés appartenant à des couples qui n’auront plus d’enfants.

Fécondation in vitro

On réunit dans une boîte de Pétri un ovocyte et des spermatozoïdes. Lorsque l’un des spermatozoïdes réussit à féconder l’ovocyte, l’œuf fécondé commence à se diviser. On laisse ainsi les divisions se poursuivre pendant environ cinq jours ou jusqu’à ce que l’embryon referme une centaine de cellules avant de le transférer dans l’utérus de la femme.

Dépistage préimplantatoire de l’aneuploïdie

Habituellement, on sélectionne les meilleurs embryons que l’on transférera chez la femme à partir de photos. Mais lorsque les grossesses découlant d’une FIV n’aboutissent pas, on procède à un « dépistage génétique préimplantatoire » des embryons. On prélève quelques cellules de chaque embryon conçu par FIV afin d’examiner les chromosomes qu’elles recèlent et ainsi choisir les embryons qui sont notamment exempts d’aneuploïdie, explique le chercheur.