Des femmes racontent leur carrière en science et technologie

Jean-François Venne Collaboration spéciale
Les balados de «Québec Science<em>» </em>et de l'Acfas mettent en vedette des femmes, dont l'âge, l’origine et les horizons diffèrent, menant une carrière fructueuse dans diverses disciplines scientifiques.
Photo: Alphacolor Unsplash Les balados de «Québec Science» et de l'Acfas mettent en vedette des femmes, dont l'âge, l’origine et les horizons diffèrent, menant une carrière fructueuse dans diverses disciplines scientifiques.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Québec Science et l’Association francophone pour le savoir (Acfas) ont profité de la Journée internationale des femmes et des filles de science, le 11 février 2019, pour lancer un tout nouveau balado. Intitulé 20 %, il proposera de découvrir les hauts et les bas de la carrière en science et technologie de 22 femmes.

Ce projet doit sa naissance à un triste constat. À l’occasion du 25e anniversaire de son palmarès des 10 découvertes de l’année, publié à l’hiver 2018, le magazine Québec Science avait compilé plusieurs statistiques. Une donnée a rapidement sauté aux yeux de toute l’équipe : au fil de ces années, les femmes n’ont représenté que 18 % des scientifiques nommés à ce classement. On s’en étonne à peine, sachant que seulement 17 femmes se sont vu décerner un prix Nobel de science en 116 ans. Une comparaison qui désespère davantage qu’elle console.

Dans la foulée de cette découverte, la rédactrice en chef, Marie Lambert-Chan, publie un éditorial dans lequel elle se questionne sur le rôle que pourrait jouer ce magazine scientifique pour contribuer à un changement de culture quant à la présence des femmes en science et technologie. Ces interrogations ne tombent pas dans l’oreille de sourdes et des échanges s’enclenchent entre elle et les journalistes Carine Monat et Chloé Freslon. Ces dernières prennent la rédactrice en chef au mot et demandent : que fait-on maintenant ?

Effet boule de neige

Surgit alors l’idée de mettre en valeur des femmes oeuvrant en science et technologie dans une série de balados intitulée 20 %. Un titre rappelant que les femmes ne constituent toujours que 20 % de la main-d’oeuvre dans les secteurs technologiques et scientifiques. L’Acfas rejoint bientôt Québec Science dans ce projet, tout comme la Commission canadienne pour l’UNESCO et la Fondation L’Oréal. Soudainement, le projet double d’ampleur et les 11 balados prévus initialement passent à 22. Et il se pourrait bien que ce ne soit là qu’un début, puisque le projet est maintenant qualifié de « saison 1 ».

Si nous voulons résoudre les nombreux problèmes avec lesquels le monde est aux prises, nous ne pouvons pas nous permettre de sacrifier les talents de la moitié de l’humanité.

Diffusés sur Apple Podcast, Soundclound et le site de Québec Science, les balados mettent en vedette des femmes d’âges, d’origines et d’horizons différents, menant une carrière fructueuse dans diverses disciplines. Pendant 20 minutes, elles échangent avec les journalistes Carine Monat et Chloé Freslon. « Nous voulions offrir des modèles positifs, mais aussi diversifiés », confie Marie Lambert-Chan.

Cette dernière loue le courage et l’ouverture des 22 femmes, lesquelles n’ont pas hésité à se confier et à partager leurs échecs autant que leurs réussites, aussi bien sur le plan professionnel que personnel. Parmi elles, on retrouve notamment Joanne Liu, présidente de Médecins sans frontières ; Farah Alibay, ingénieure au Jet Propulsion Laboratory de la NASA, Isabel Desgagné-Penix, chercheuse innue spécialisée en biochimie à l’Université du Québec à Trois-Rivières, et Alex Zandra, une femme transgenre qui a vécu sa transition en travaillant comme développeuse en jeux vidéo. Pour ne nommer qu’elles.

Outil de réflexion

Marie Lambert-Chan espère que ces balados inciteront des jeunes filles à opter pour les carrières en science et technologie, et qu’elles encourageront les femmes déjà présentes dans ces domaines à persévérer. « Ce besoin de présenter des modèles féminins en science et technologie revenait souvent dans les entretiens avec ces 22 femmes », note-t-elle. Des sondages réalisés en Grande-Bretagne et aux États-Unis ces dernières années montraient qu’outre Marie Curie, les gens sont bien en peine de nommer une seule autre scientifique.

Mais il faudra plus que des modèles, car la faible présence des femmes dans ces disciplines vient aussi de barrières qui n’ont rien à voir avec le désir des femmes d’y évoluer. La rédactrice en chef de Québec Science énumère la série de constats apportée par diverses études ces dernières années : les femmes obtiennent moins de subventions, touchent de plus petits salaires ; décrochent moins de postes de professeures ou de gestionnaires ; sont moins populaires auprès des organisateurs de rencontres scientifiques internationales ; reçoivent moins de prix prestigieux…

« La diversité de genre en science et technologie interpelle déjà les universités et les entreprises, conclut Marie Lambert-Chan. Elles font des efforts, mais, de toute évidence, il faudra aller plus loin pour corriger le problème. »