Quand même Chicago grelotte sous le vortex polaire

La rive du lac Michigan, à Chicago, est recouverte de glace en raison du froid polaire qui sévit dans la région.
Photo: Scott Olson Getty Images / AFP La rive du lac Michigan, à Chicago, est recouverte de glace en raison du froid polaire qui sévit dans la région.

Le vent glacial qui déferle sur les Prairies et le nord du Midwest américain, où il a fait plusieurs morts, découle d’un phénomène tout à fait naturel qui se produit chaque année. De telles vagues de froid pourraient toutefois devenir plus fréquentes à mesure que le climat se réchauffe, mais elles seraient moins intenses.

Le phénomène à l’origine des vagues de froid se produit quelques fois par année, affirme Alexandre Parent, météorologue à Environnement et Changement climatique Canada. « La vague que nous connaissons présentement est en effet très froide, mais c’est surtout parce qu’elle touche Chicago, une région qui n’a pas connu de telles températures depuis les années 1980, qu’elle fait les manchettes. Ce genre de masse d’air très froid qui descend régulièrement de l’Arctique touche habituellement plutôt le Dakota, une région un peu plus à l’ouest. Cette vague de froid intense se distingue aussi par le fait qu’elle est descendue plus au sud que normalement et qu’elle a ainsi touché une région qui n’a pas l’habitude de telles températures. »

Cet air glacial provient d’un vortex polaire, qui est une immense masse d’air froid et sec située au-dessus du pôle Nord qui est en rotation sous l’impulsion du mouvement rotatif de la Terre. Parfois, cette masse d’air demeure compacte au-dessus du pôle Nord. Durant l’hiver, elle se déforme quelque peu et forme des bras, dont certains s’étirent vers le sud et déversent leur air froid sur le continent nord-américain alors que d’autres s’allongent vers le nord de la Russie, où ils répandent un vent glacial.

La bande de vent relativement mince située à la frontière entre le vortex polaire et la masse d’air plus chaud et humide des latitudes moyennes, qu’on appelle courant-jet polaire, voit parfois sa direction osciller et être déviée par de fortes tempêtes. Le courant-jet peut ainsi se retrouver sur une trajectoire le conduisant à descendre vers le sud.

Quand il descend vers le sud, le courant-jet répand alors sur le Canada et le nord des États-Unis de l’air arctique qu’il a tiré du vortex polaire, qui perd alors de son intensité. « Un courant-jet peut se maintenir de quelques jours à une semaine, ce qui correspond à la durée des vagues de froid que l’on connaît. Mais un nouveau vortex se reformera au-dessus du pôle Nord, et dans quelques semaines, il y aura probablement une nouvelle vague de froid qui descendra sur nous ou sur la Russie », souligne M. Parent. Voilà pourquoi le Manitoba, le Midwest américain, la vallée de l’Ohio et l’Ontario connaissent actuellement des températures de 20 à 30 °C sous les normales.

Changements climatiques

La science des changements climatiques nous dit que l’intensité de ces vagues de froid diminuera, souligne M. Parent. « Elles seront vraisemblablement de moins en moins glaciales, parce que l’Arctique se réchauffe deux à trois fois plus rapidement que les régions plus au sud en raison de la disparition graduelle des glaces. Les glaces réfléchissent pratiquement 95 % de l’énergie solaire vers l’atmosphère, tandis que l’eau dépourvue de son manteau de glace absorbe plus de 70 % de cette énergie. C’est donc l’amenuisement du couvert de glace qui explique le réchauffement accéléré de l’Arctique », précise-t-il.

De plus, étant donné que l’Arctique se réchauffe rapidement, le courant-jet serait appelé à perdre de la vitesse, parce que celle-ci est dictée par la différence de température entre le Nord et le Sud. La vitesse du courant-jet deviendra donc de plus en plus faible, et comme une toupie en perte de vitesse, il deviendra de plus en plus instable.

« Lorsqu’elle tourne très vite, une toupie est très stable, mais lorsqu’elle perd de la vitesse, son mouvement devient erratique et se met à décrire des ondulations, qui, dans le cas du courant-jet, se présentent sous forme de bras d’air froid se dirigeant vers le sud, par exemple, explique le météorologue. Cela pourrait vouloir dire que ce genre de vague de froid se produira plus souvent dans les latitudes moyennes, comme la nôtre. L’air qui serait ainsi déversé vers le sud serait toutefois moins froid, puisque l’Arctique se réchauffe. Mais ce n’est qu’une hypothèse qu’il reste à démontrer. »

4 commentaires
  • Laval Desbiens - Abonné 1 février 2019 07 h 00

    Le vortex

    Un scientiste a publié que l’activité solaire a un effet sur la météo en réchauffant plus ou moins la haute atmosphère. Elle a aussi un effet sur la propagation des ondes radio comme le constate régulièrement les amateurs de la communication radio.

  • Bernard Tremblay - Inscrit 1 février 2019 12 h 46

    Un effet bénéfique du réchauffement climatique

    On a tendance à toujours parler des mauvais effets du réchauffement climatique. Le réchauffement de l' Artique menant à une diminution possible de l' intensité des courants jet polaire et donc aux froids extrêmes plus au sud est un exemple d' un effet bénéfique du réchauffement climatique qu' il faut aussi tenir compte.

    • Claude Coulombe - Abonné 1 février 2019 16 h 45

      @Bernard Trembaly
      Peut-être? Certains s'en tireront mieux que d'autres.
      On voit bien que vous ne vivez pas sous les tropiques où la chaleur deviendra assez vite insupportable.
      Sans compter la sécheresse et la désertification... Comme en Australie en ce moment.
      J'espère que vous ferez part d'autant de détachement et même d'altruisme quand il faudra accueillir des millions de réfugiés climatiques.

  • Claude Coulombe - Abonné 1 février 2019 16 h 35

    Superbe explication scientifique!

    Merci pour cette superbe explication scientifique!
    Elle soulève plusieurs questions...

    J'aurai aimé connaître ce que prédisent les modèles et les simulations informatiques?
    Sont-ils en accord avec les observations année après année?
    Est-il vrai qu'à long terme, on aura des hivers pluvieux, beaucoup d'épisodes de gel / dégel, avec des épisodes plus nombreux de verglas?
    Assistera-t-on à de nouveaux régimes stables mais avec des température ambiantes beaucoup plus élevées?
    Quels seront les impacts sur nos infrastructures (routes, ponts et chaussées, égoûts fluviaux)?
    Quels seront les impacts sur nos côtes et leur érosion?
    Quels seront les impacts sur la faune, la flore et l'agriculture?

    Scientifiquement vôtre

    Claude Coulombe