Les lève-tôt naturels: une affaire de gènes

Selon les chercheurs britanniques, le chronotype matinal est associé à un risque moindre de souffrir de dépression et de schizophrénie, ainsi qu’à un plus grand bien-être.
Photo: iStock Selon les chercheurs britanniques, le chronotype matinal est associé à un risque moindre de souffrir de dépression et de schizophrénie, ainsi qu’à un plus grand bien-être.

Les lève-tôt ne seraient pas des masochistes qui s’imposent une discipline d’enfer alors qu’ils rêvent de faire la grasse matinée. Ils seraient tout simplement prédisposés génétiquement à se réveiller tôt et à se coucher à l’heure des poules, révèle une étude publiée dans Nature Communications.

L’analyse du bagage génétique de 697 828 personnes ayant donné leur ADN à la UK Biobank ou à la compagnie de génétique personnelle 23andMe Inc. a permis de découvrir que 327 régions particulières du génome (appelées loci) sont associées au fait d’être matinal.

Les chercheurs de la University of Exeter Medical School au Royaume-Uni qui ont fait cette découverte ont également remarqué que plusieurs de ces régions étaient situées dans des gènes impliqués dans « l’horloge circadienne, dans les engrenages de notre horloge biologique », précise Nicolas Cermakian, chercheur à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas de l’Université McGill.

Ils ont également observé que plusieurs de ces gènes étaient exprimés plus particulièrement dans le cerveau, notamment dans les voies neuronales intervenant dans les rythmes circadiens, et dans la rétine.

Toutes ces observations nous disent que le fait d’être du matin est en grande partie contrôlé, voire dicté par des processus qui ont lieu dans le cerveau

 

« La rétine reçoit la lumière et transmet ces informations au cerveau, dont l’horloge circadienne. La vision ne sert pas qu’à la vision, elle sert aussi à ajuster l’horloge biologique », rappelle M. Cermakian.

L’horloge de toutes les horloges

Près de 25 % des gènes associés au lever matinal étaient exprimés plus fortement dans « le noyau suprachiasmatique qui est le site de notre horloge biologique principale, soit le chef d’orchestre de toutes les autres horloges biologiques présentes dans notre corps ».

« Toutes ces observations nous disent que le fait d’être du matin est en grande partie contrôlé, voire dicté par des processus qui ont lieu dans le cerveau », résume M. Cermakian.

Comme le chronotype (soit la tendance naturelle d’une personne à se coucher et à se lever à une heure particulière) des participants avait été déterminé au départ par un simple questionnaire susceptible de fournir des réponses imprécises ou biaisées, les chercheurs ont demandé à 85 760 participants de porter un bracelet qui enregistrait leurs périodes de sommeil et d’éveil, ce qui a permis de recueillir des données objectives sur l’horaire de sommeil de ces personnes.

Grâce à ces données, les chercheurs ont pu montrer que les loci étaient associés strictement à l’horaire de sommeil, et non pas à sa qualité et sa quantité.

Schizophrénie

À l’aide de méthodes statistiques, les chercheurs britanniques ont également pu établir que le chronotype matinal était associé à un risque moindre de souffrir de dépression et de schizophrénie, ainsi qu’à un plus grand bien-être.

« Nos analyses laissent même entendre que cette tendance naturelle à se coucher tard contribuerait à augmenter le risque de schizophrénie, elle aurait un rôle causal. Mais pas l’inverse, la schizophrénie n’influencerait pas le chronotype », écrivent les auteurs.

L’étude n’a toutefois pas mis en évidence d’association entre les loci liés au chronotype et les troubles du métabolisme, comme l’obésité et le diabète, alors qu’il a été clairement démontré dans des études antérieures que les perturbations du cycle circadien entraînent de tels problèmes de santé.

Pour expliquer ce résultat surprenant, les chercheurs font remarquer que le chronotype de la personne, soit son horaire interne, n’est peut-être pas bien synchronisé avec son horaire de travail et de vie sociale.

« Par exemple, si une personne qui est du soir et qui se couche donc naturellement tard commence à travailler en après-midi, son horaire interne sera respecté, et elle se portera bien.

« Par contre, si elle doit se lever à 6 heures du matin pour aller au travail, son chronotype ne sera pas bien aligné sur son rythme d’activité professionnelle, et ce mauvais alignement pourra conduire à des problèmes de santé métabolique et psychiatrique », explique M. Cermakian.

« Peut-être aussi que les lève-tôt — qui ont aussi tendance à se coucher tôt — ont moins tendance à présenter ce mauvais alignement, ce qui expliquerait qu’ils sont protégés de la schizophrénie et de la dépression », ajoute-t-il.