Vrai ou faux? Trois idées reçues sur l’intelligence artificielle

Olivier Sylvestre Collaboration spéciale
Promesse d’utopie future ou source de visions apocalyptiques, l’intelligence artificielle marque les esprits.
Illustration: iStock Promesse d’utopie future ou source de visions apocalyptiques, l’intelligence artificielle marque les esprits.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Promesse d’utopie future ou source de visions apocalyptiques, l’intelligence artificielle marque les esprits. Comment changera-t-elle nos relations interpersonnelles ? Éclairage de Sabine Bergler, professeure de sciences informatiques à l’Université Concordia.

L’intelligence artificielle nous retirera tous nos emplois.

Vrai et faux. « L’intelligence artificielle n’est qu’une technologie, souligne Mme Bergler. Elle ne prend aucune décision sur l’emploi. » On accepte déjà d’envoyer des drones et d’autres machines automatisées dans plusieurs environnements trop dangereux, rendant certains emplois obsolètes. « Mais remplacer un employé par une machine est une décision de société, une décision politique. » Certes, certains emplois sont menacés par l’automatisation. « Disons que votre employeur souhaite vous remplacer par un robot. Cette technologie est-elle vraiment moins coûteuse et plus fiable que d’employer des humains ? Ce n’est pas toujours le cas. »

L’intelligence artificielle pense comme un humain.

Faux. « Les ordinateurs ne pensent pas, dit d’entrée de jeu Mme Bergler. L’intelligence artificielle qui utilise l’apprentissage profond ne fonctionne pas du tout comme un humain réfléchi. » Elle utilise plutôt des modèles basés sur des hypothèses sur le fonctionnement de notre apprentissage subconscient. De plus, ce n’est pas « nécessairement l’objectif » dans le développement de l’intelligence artificielle que de la faire penser comme nous. On recherche surtout à imiter la façon dont on accomplit certaines tâches, comme conduire une voiture.

Un ordinateur pourra devenir notre ami… ou notre amoureux.

Peut-être. Sans être capables d’émotions ou de réfléchir comme un humain, des machines pourraient devenir des compagnons essentiels pour certaines personnes, affirme Mme Bergler. On ne devrait pas se marier bientôt avec un faux humain, mais un robot pourrait, « comme un animal de compagnie » super-intelligent, rappeler à une personne âgée de prendre ses médicaments, ou même divertir une personne seule. « Pour une personne qui a besoin d’appui médical, être sous surveillance constante peut être un véritable cadeau du ciel. » Il faut cependant garder en tête l’autre côté de la médaille : certains jouets connectés que l’on serait tenté d’offrir à un enfant pourraient devenir la cible de pirates et être une menace pour la vie privée.