La salive pour détecter le cancer du sein

Le programme québécois de dépistage du cancer du sein offre aux femmes de 50 à 69 ans la possibilité de passer une mammographie tous les deux ans.
Photo: iStock Le programme québécois de dépistage du cancer du sein offre aux femmes de 50 à 69 ans la possibilité de passer une mammographie tous les deux ans.

Une nouvelle méthode de prédiction du risque de cancer du sein effectuée à partir d’un simple échantillon de salive sera évaluée ce printemps au Québec et en Ontario.

« Cette méthode — qui fait l’objet d’un article dans la revue Genetics in Medicine — visera avant tout à dépister les femmes qui sont les plus à risque de développer un cancer du sein », souligne d’entrée de jeu le chercheur Jacques Simard du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval, qui est l’un des concepteurs de cette méthode. Celle-ci se compose d’un modèle statistique qui calcule avec une précision inégalée le risque que court une femme de développer un cancer du sein au cours de sa vie à partir de son profil génétique, de ses antécédents familiaux et de ses facteurs de risque. La prédiction ainsi obtenue permet d’offrir aux femmes un dépistage personnalisé qui pourra être intensifié si le risque est élevé ou réduit si celui-ci est faible.

La pierre angulaire de cette méthode de prédiction du risque est un test génétique effectué à partir d’un prélèvement de salive qui vise à déterminer la signature génomique de la patiente, ou plus précisément à vérifier si elle est porteuse de certaines variations génétiques qui prédisposent au cancer du sein, parmi 313 variations qui ont été découvertes par une collaboration internationale — à laquelle participe l’équipe de M. Simard — en comparant le génome de 94 000 femmes ayant souffert d’un cancer du sein à celui de 75 000 femmes indemnes.

« Ces variations sont fréquentes dans la population générale, contrairement aux mutations des gènes BRCA1 et BRCA2, qui sont très rares. Chacune d’entre elles augmente faiblement le risque de cancer du sein (soit de 5 à 25 %), mais elles agissent de façon multiplicative lorsque la personne est porteuse de plusieurs d’entre elles », précise M. Simard.

Le « score de risque polygénique » obtenu à partir du test de salive est ensuite combiné dans un modèle statistique dénommé BOADICEA (Breast and Ovarian Analysis of Disease Incidence and Carrier Estimation Algorithm) à l’histoire familiale de cancer du sein de la patiente et à ses différents facteurs de risque non génétiques, dont la densité mammaire, l’âge de la première grossesse, le nombre d’enfants que la personne a eus, la masse corporelle, la taille de la personne, son utilisation de contraceptifs oraux, son recours à l’hormonothérapie substitutive postménopausique et ses habitudes de vie, telles que sa consommation d’alcool.

Si le modèle indique finalement que la femme court un risque élevé, évalué à 25 % par exemple, on pourra lui proposer de commencer un dépistage plus tôt que ce que prévoit le programme québécois de dépistage du cancer du sein, qui offre aux femmes de 50 à 69 ans la possibilité de passer une mammographie tous les deux ans. On pourra augmenter la fréquence des mammographies (les faire annuellement, plutôt). Cette patiente pourra subir également une imagerie par résonance magnétique (IRM), qui est une technique « plus sensible qui permet une meilleure détection lorsque la densité mammaire est plus élevée comme chez les plus jeunes femmes ». Si le modèle révèle qu’une femme court un risque beaucoup plus faible que la moyenne, on pourra plutôt espacer les mammographies (tous les trois ans).

« Le test ne devrait pas être très coûteux. Son prix devrait se rapprocher de celui d’une mammographie, soit de 100 à 150 $. Il a été validé sur de grandes populations. Et il permettrait d’offrir un dépistage personnalisé et le recours à des approches de prévention étant donné que certains facteurs de risque sont modifiables », fait remarquer M. Simard.

Pré-implantation

Ce test risque-t-il de susciter plus d’anxiété chez les femmes ? Le projet de pré-implantation que les chercheurs amorceront au printemps auprès de 5000 femmes âgées de 40 à 69 ans au Québec et 5000 femmes en Ontario, grâce à une subvention de 15 millions de dollars, devrait permettre de le vérifier, car nous prévoyons « d’évaluer non seulement l’efficacité de cette méthode de prédiction du risque, sa faisabilité, mais aussi son acceptabilité par les femmes. Nous allons enquêter pour savoir comment ce test est perçu par les femmes », fait valoir M. Simard avant de donner en exemple qu’« une proportion importante de femmes dont la mère a souffert d’un cancer du sein à 50 ans et dont le risque devrait par le fait même être plus élevé que la moyenne court en fait un risque plus faible que la population générale. » La méthode de prédiction permettrait donc de soulager ces femmes-là.

« Nous évaluerons si les femmes sont désireuses de connaître leur réel niveau de risque de cancer du sein et si elles sont disposées à modifier les stratégies de dépistage », ajoute la Dre Jocelyne Chiquette du Centre des maladies du sein Deschênes-Fabia, avant de préciser qu’on ne divulguera aux participantes qu’« un niveau de risque et non pas un résultat de test génétique ».

« Actuellement, nous estimons le risque uniquement à partir de l’histoire familiale. On pense qu’ainsi, on échappe parfois des femmes qui ont un risque élevé pour d’autres facteurs et que certaines femmes qui ont des antécédents familiaux de cancer du sein sont peut-être porteuses de facteurs de protection, comme une densité mammaire peu élevée qui diminue leur risque. Avec cette nouvelle méthode, on pourra évaluer le risque avec plus de précision », rappelle-t-elle.

Le projet de pré-implantation permettra aussi d’estimer « le nombre d’années de vie sauvées, de faux positifs et de biopsies de rappel évités, et de savoir si cette approche de prédiction du risque personnalisée permet de diminuer le surdiagnostic », ajoute M. Simard.

La loi fédérale S-201 visant à interdire et à prévenir la discrimination génétique ne permet pas aux assureurs de demander à leurs futurs clients s’ils ont passé un test génétique et d’en utiliser les résultats si tel était le cas.