La folle capacité d’adaptation de l’humain en 2018

Des chercheurs ont repéré chez un peuple de marins de l’Asie du Sud-Est une adaptation biologique qui leur permet une meilleure répartition du sang et de l’oxygène lors d’un passage prolongé sous l’eau.
Photo: Melissa Ilardo Agence France-Presse Des chercheurs ont repéré chez un peuple de marins de l’Asie du Sud-Est une adaptation biologique qui leur permet une meilleure répartition du sang et de l’oxygène lors d’un passage prolongé sous l’eau.

En 2018, on a découvert des humains qui ont évolué pour être de meilleurs plongeurs, ainsi que les ancêtres de ceux qui ont évolué pour vivre en altitude… et pour finir, on a peut-être commencé nous-mêmes à jongler avec les gènes de l’évolution du futur.

Il y a moins de deux décennies, on aurait dit de l’évolution qu’elle était un processus trop lent pour être observable chez les humains. La génétique est venue démontrer le contraire : la capacité à digérer le lait à l’âge adulte en est l’exemple le plus connu.

L’adaptation des Bajau

Mais en 2018, l’actualité a ajouté son lot de surprises. Des chercheurs ont repéré chez un peuple de marins de l’Asie du Sud-Est, les Bajau, une adaptation biologique : leur rate peut être jusqu’à 50 % plus grosse, ce qui permet une meilleure répartition du sang et de l’oxygène lors d’un passage prolongé sous l’eau. Ce qui est idéal si on fait partie d’un peuple qui vit non seulement des ressources sous-marines, mais de surcroît vit comme un « nomade de la mer » : les Bajau vivent en effet essentiellement sur leurs bateaux et se déplacent d’île en île depuis au moins 1000 ans. C’est la première fois qu’on découvre une telle adaptation génétique à l’environnement océanique.

Gènes d’athlète

À quelques milliers de kilomètres de là, c’est quelque chose de similaire qu’on avait découvert en 2010 chez les Tibétains : des « gènes de superathlète » qui les rendent plus aptes que le commun des mortels à la vie en haute altitude, où le taux d’oxygène est moins élevé.

Fait plus intrigant encore, ces gènes pourraient être un héritage du Dénisovien, un cousin de l’Homo sapiens arrivé en Asie avant lui. Or, en 2018, on a trouvé au Tibet des outils de pierre vieux de 30 000 à 40 000 ans, soit l’époque où le Dénisovien marchait peut-être dans ces montagnes.

2018, jouer avec les gènes

Impossible de ne pas penser au fait qu’à présent, en 2018, c’est nous qui avons la capacité de jouer avec l’évolution. L’annonce en novembre des soeurs jumelles « génétiquement modifiées » pour être immunisées contre le VIH est peut-être un canular. À tout le moins, elle a été dénoncée par à peu près tout le monde, des milieux politiques aux milieux scientifiques. Mais la science et la technologie approchent tout de même du point où on serait effectivement capables de faire des modifications génétiques sur des bébés, qui seraient possiblement transmissibles plus tard à leurs propres enfants et à toute leur descendance.