Pour le cerveau des enfants, tout se jouerait avant l'âge de cinq ans

Les résultats de la recherche permettent d’élucider les bases neuroanatomiques de l’impact du statut socioéconomique sur les aptitudes cognitives futures de l’enfant et pourraient aider à guider les interventions visant à minimiser les effets négatifs d’un milieu socioéconomique déficient.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Les résultats de la recherche permettent d’élucider les bases neuroanatomiques de l’impact du statut socioéconomique sur les aptitudes cognitives futures de l’enfant et pourraient aider à guider les interventions visant à minimiser les effets négatifs d’un milieu socioéconomique déficient.

Le milieu socioéconomique dans lequel vit un enfant influe sur son développement cognitif et sa santé mentale. Le Dr Julien, qui pratique la pédiatrie sociale dans des milieux défavorisés de Montréal, le sait mieux que quiconque. Des scientifiques du National Institute of Mental Health aux États-Unis ont tenté pour leur part de mettre en évidence les traces qu’imprime dans le cerveau des enfants le contexte dans lequel ils ont grandi. Leurs observations sont publiées dans l’édition du 26 décembre du Journal of Neuroscience.

L’équipe d’Armin Raznahan du NIMH à Bethesda, au Maryland, a analysé 1243 scans de la structure du cerveau de 623 jeunes (299 filles et 324 garçons) obtenus par la technique d’imagerie par résonance magnétique (IRM) entre l’âge de 5 et 25 ans dans l’espoir de découvrir une relation entre le milieu socioéconomique dans lequel ces jeunes ont vécu durant cette période de leur vie et la morphologie de leur cerveau.

Ces chercheurs ont ainsi trouvé des associations positives entre le statut socioéconomique des parents (leur niveau d’éducation et leur profession notamment) et les volumes du cerveau entier, de la couche corticale et de certaines structures subcorticales de l’enfant. Ils ont également remarqué que ces associations demeuraient stables entre l’âge de 5 et 25 ans, laissant entendre le fait que ces associations entre le milieu socioéconomique et l’organisation du cerveau s’établissent durant les premières années de la vie, au moment où le cerveau est encore en développement, et que pour cette raison, elles n’étaient pas liées à l’âge de l’individu.

Les auteurs de l’étude ont également observé que la surface du cortex préfrontal latéral, cingulaire antérieur, temporal latéral et pariétal supérieur, de même que celle des régions sous-corticales du thalamus ventrolatéral, ainsi que de l’amygdale et de l’hippocampe médians avait pris plus d’expansion chez les jeunes ayant vécu leur enfance dans un milieu socioéconomiquement riche que chez ceux ayant évolué dans un milieu défavorisé.

« Selon des méta-analyses de données issues d’imagerie cérébrale fonctionnelle, ces régions corticales particulières renferment des systèmes cérébraux impliqués dans les fonctions sensori-motrices, le langage, la mémoire et le traitement des émotions », précisent les auteurs.

Les chercheurs de l’étude ont également pu montrer que les variations anatomiques de certaines de ces régions corticales interviennent en partie dans l’association positive observée entre le statut socioéconomique et le quotient intellectuel (QI).

Ces résultats permettent d’élucider les bases neuroanatomiques de l’impact du statut socioéconomique sur les aptitudes cognitives futures de l’enfant et pourraient aider à guider les interventions visant à minimiser les effets négatifs d’un milieu socioéconomique déficient.

Ils soulignent également combien sont cruciales les premières années de la vie précédant l’entrée à l’école pour le développement du cerveau et les aptitudes cognitives futures.