Il y a 50 ans, la mission Apollo 8 autour de la Lune

Bill Anders a pris le cliché emblématique «Earthrise» lors de la quatrième orbite lunaire.
Photo: NASA Agence France-Presse Bill Anders a pris le cliché emblématique «Earthrise» lors de la quatrième orbite lunaire.

Il y a cinquante ans, la veille de Noël, une année tumultueuse marquée par les assassinats, les émeutes et la guerre prenait fin dans l'héroïsme et l'espoir avec les trois astronautes de la mission Apollo 8 lisant le Livre de la Genèse en direct à la télévision alors qu'ils étaient en orbite autour de la Lune.

À ce jour, cette mission de 1968 est considérée comme l'entreprise la plus audacieuse et peut-être la plus dangereuse de l'agence spatiale américaine, la NASA. Ce premier voyage de l'homme vers un «autre monde» a ouvert la voie à l'alunissage encore plus spectaculaire de la mission Apollo 11, sept mois plus tard.

Placer pour la première fois trois hommes dans une fusée et les envoyer vers la Lune comportait un risque énorme et difficile à évaluer. La mission a été mise sur pied en seulement quatre mois dans l'objectif d'atteindre la Lune avant la fin de l'année, mais surtout avant l'Union soviétique.

Le commandant Frank Borman et ses collègues Jim Lovell et Bill Anders ont lu l'Ancien Testament. Puis il y a eu la photo Earthrise montrant notre planète bleue et blanche s'élevant au-dessus du paysage sombre et grisâtre de la Lune, à une distance de 386 000 kilomètres.

Les humains n'avaient encore jamais vu la face cachée de la Lune ni notre planète comme une oasis cosmique, complètement entourée par le vide noir de l'espace. Un demi-siècle plus tard, seulement 24 astronautes américains qui se sont rendus sur la Lune ont été témoins de ces merveilles en personne.

Les membres d'équipage d'Apollo 8 sont toujours en vie: MM. Borman et Lovell ont 90 ans, tandis que M. Anders a 85 ans.

Pour M. Lovell, le voyage avait tout d'une véritable exploration et offrait aux Américains une fin inspirante à une année douloureuse et controversée marquée par l'assassinat de Martin Luther King Jr et de Robert Kennedy, par des émeutes et par des manifestations contre la guerre du Vietnam à travers les États-Unis.

L'impact de la mission a peut-être été résumé dans ce télégramme reçu par M. Borman: « Merci, vous avez sauvé 1968. »

L'actuel patron de la NASA, Jim Bridenstine — qui n'a pas vécu Apollo 8, puisqu'il n'a que 43 ans — s'émerveille de la décision courageuse de lancer des astronautes vers la Lune à seulement quatre mois d'avis.

En plus, Apollo 8 devait être en orbite autour de la Lune la veille et le jour de Noël.

« Si un échec s'était produit, cela aurait gâché Noël non seulement pour tout le monde aux États-Unis, mais pour toute la planète. »

À l'approche du décollage, la femme du commandant Borman, Susan, a demandé à connaître les chances de réussite de la mission. Un responsable de la NASA a répondu: 50-50.

Arriver avant les Russes

M. Borman voulait se rendre jusqu'à la Lune et en revenir rapidement. Dans son esprit, un seul tour de Lune suffirait. Ses supérieurs ont été plus exigeants.

« Ma principale préoccupation dans tout cela était d'arriver avant les Russes et de rentrer chez moi. C'était un exploit important à mes yeux », a expliqué M. Borman lors du lancement du livre Rocket Men à Chicago au printemps dernier.

Tout le monde s'est finalement entendu sur l'objectif: faire 10 fois le tour de la Lune.

Le décollage de la fusée Saturn V a eu lieu le matin du 21 décembre 1968, un samedi.

La veille de Noël, le vaisseau spatial s'est glissé avec succès dans l'orbite de la Lune. Ces premiers visiteurs de l'espace ont lu à tour de rôle les 10 premiers versets de la Genèse. Avant le vol, le commandant Borman avait été chargé de trouver « quelque chose d'approprié » à dire pour ce qui devrait être la plus grande audience de radiodiffusion à ce jour.

Photo: NASA Agence France-Presse Le commandant Frank Borman et ses collègues Jim Lovell et Bill Anders

« Nous avons tous essayé pendant un bon bout de temps de trouver une solution, mais tout sonnait ridicule ou stupide », se souvient M. Borman. Finalement, la femme d'un ami d'un ami a eu l'idée de la Genèse.

« Au commencement, lut Anders, Dieu créa le ciel et la terre... »

M. Borman a mis fin à l'émission en disant: « Et de la part de l'équipage d'Apollo 8, nous clôturons avec bonne nuit, bonne chance, un joyeux Noël et que Dieu vous bénisse tous, tous sur la bonne Terre. »

Le matin de Noël, leur vaisseau spatial a fait le tour de la Lune pour la dernière fois. La mise à feu nécessaire pour les renvoyer sur Terre a eu lieu alors que la capsule ne communiquait plus avec le centre de contrôle à Houston. M. Lovell a mis fin à un silence tendu lorsque la communication a été rétablie: « Veuillez s'il vous plaît prendre note qu'il y a un père Noël. »

À Houston, pendant ce temps, un chauffeur de limousine a cogné à la porte de Marilyn Lovell et lui a tendu une étole en vison accompagnée d'une carte disant: « À Marilyn, joyeux Noël de l'homme sur la Lune ». M. Lovell avait acheté ce cadeau pour sa femme et en avait organisé la livraison avant le décollage.

La capsule spatiale est tombée dans l'océan avant l'aube le 27 décembre, mettant fin à l'incroyable voyage de six jours. Le magazine Time avait alors nommé les trois astronautes « Hommes de l'année ».

Une photo emblématique

Ce n'est qu'après le retour des astronautes que l'importance de leurs images de la Terre est devenue plus concrète.

M. Anders a pris le cliché emblématique Earthrise lors de la quatrième orbite lunaire, passant frénétiquement du film noir et blanc au film couleur pour immortaliser la beauté fragile de la planète.

« Oh, mon Dieu, regarde cette photo, a alors dit M. Anders. Il y a la Terre qui monte. Wow, que c'est beau! »

Avant le vol, aucun des membres d'équipage n'avait pensé à photographier la Terre, selon M. Anders. Les astronautes avaient pour ordre de prendre des photos de sites d'alunissage potentiels en orbite à 112 kilomètres au-dessus de la surface lunaire.

« Nous sommes venus explorer la Lune et nous avons découvert ce qu'était la Terre », se plaît aujourd'hui à dire M. Anders.

Sa photo Earthrise est l'une des images emblématiques du mouvement environnementaliste actuel. Elle constitue un témoignage durable de la mission Apollo 8 et des grandes réalisations de l'humanité, estime le professeur émérite John Logsdon, du Space Policy Institute de l'université George Washington, pour qui le cliché souligne l'absence de frontières politiques sur la Terre vue de l'espace.

M. Anders se demandait à ce moment et se demande encore aujourd'hui: « Ce n'est pas une très grande place, pourquoi ne pouvons-nous pas nous entendre? »

En juillet 1969, l'exploit d'Apollo 8 a été éclipsé par l'alunissage de Neil Armstrong et de Buzz Aldrin à bord d'Apollo 11. Mais sans Apollo 8, note le professeur Logsdon, la NASA n'aurait probablement pas réussi à envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie, comme le voulait le président John F. Kennedy.

MM. Borman et Anders ne sont plus jamais retournés dans l'espace, et les cosmonautes soviétiques ne se sont finalement jamais rendus sur la Lune.

M. Lovell a ensuite commandé la dramatique mission Apollo 13... mais c'est une autre histoire. Ce vol a été bien plus exigeant, a-t-il dit, « mais Apollo 8 était celui de l'exploration, une reprise de l'expédition de Lewis et Clark [...] à la recherche de la nouvelle Terre. »

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que la Lune se trouve à 386 millions de kilomètres de la Terre, a été corrigée.