Un nouveau test de détection prometteur pour le cancer du col de l'utérus

Le nouveau test épigénétique permettra de trier les femmes ayant appris qu’elles sont infectées par le VPH et donc d’identifier celles qu’il faudra surveiller.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le nouveau test épigénétique permettra de trier les femmes ayant appris qu’elles sont infectées par le VPH et donc d’identifier celles qu’il faudra surveiller.

Un nouveau test de dépistage du cancer du col de l’utérus mesurant les changements épigénétiques subis par les cellules cervicales pourrait bien supplanter le classique test de Pap en raison de sa plus grande efficacité à détecter les lésions précancéreuses et à prédire l’émergence d’un cancer.

Ce test épigénétique mis au point par l’équipe d’Attila Lorincz de la Queen Mary University of London mesure plus particulièrement le degré de méthylation de l’ADN des cellules cervicales, qui, la plupart du temps, a été induite par des facteurs environnementaux. « Les molécules de méthyle qui s’attachent à certains endroits précis de la double hélice d’ADN changent dramatiquement les propriétés de l’ADN. Nous mesurons, par une méthode de séquençage, l’effet de cette méthylation sur le code génétique », a expliqué Attila Lorincz en entrevue au Devoir.

Dans une étude dont les résultats sont publiés dans la revue International Journal of Cancer, l’équipe britannique a éprouvé l’efficacité de son test épigénétique auprès de 257 femmes chez lesquelles on avait détecté la présence du virus du papillome humain (VPH) dans le cadre de l’étude clinique HPV FOCAL (FOr CervicAL) sur le dépistage du cancer du col de l’utérus menée à Vancouver. « Cette étude avait montré que le test de détection de VPH comme première procédure de dépistage permet de déceler des lésions précancéreuses du col de l’utérus plus tôt que le fait la cytologie traditionnelle (test de Pap) », a rappelé Mel Krajden, directeur du Laboratoire de santé publique du BC Centre for Disease Control, à Vancouver, qui est le second auteur de l’étude. 

Le nouveau test épigénétique a permis de dépister cinq ans à l’avance tous les cancers cervicaux

Très sensible, le test de VPH permet de détecter le virus dans 95 à 99 % des cas, tandis que la cytologie gynécologique ne dépiste des lésions précancéreuses que dans 50 à 60 % des cas. Toutefois, si on découvre qu’une femme est infectée par le VPH, cela ne veut pas nécessairement dire qu’elle est atteinte d’un cancer du col de l’utérus ou qu’elle est en voie d’en développer un, car plusieurs femmes réussissent à éliminer le virus naturellement. C’est pourquoi on doit procéder à une autre procédure de dépistage — actuellement, un test de Pap est effectué — pour déterminer, parmi les femmes infectées par le VPH, celles qu’il faudra suivre de plus près et soumettre à une colposcopie, qui permet un examen plus approfondi du col de l’utérus, afin de vérifier si elles présentent vraiment des lésions précancéreuses.

Outil de triage

Le nouveau test épigénétique est un outil qui permet de trier les femmes ayant appris qu’elles sont infectées par le VPH et donc d’identifier celles qu’il faudra surveiller. L’étude qui vient de faire l’objet d’une publication a montré que ce nouveau test permettait de dépister des lésions précancéreuses chez 93 % des femmes porteuses du VPH, alors que la combinaison des tests de Pap et de VPH y parvenait chez 86 % des femmes, et le test de Pap seul chez seulement 61 %. « Le nouveau test épigénétique a permis de dépister cinq ans à l’avance tous les cancers cervicaux qui sont apparus chez les participantes de l’étude. En comparaison, le test de Pap n’a dépisté que 25 % d’entre eux, et le test de VPH que 50 % », a précisé Attila Lorincz.

Selon ce dernier, la force de ce nouveau test mesurant la méthylation de l’ADN réside dans le fait que l’on « peut observer ces changements épigénétiques très tôt, à un stade très précoce, soit bien avant que des anomalies cellulaires soient visibles ».

« La cytologie gynécologique comporte une part de subjectivité contrairement au test de méthylation, qui est complètement objectif », a souligné par ailleurs le Dr Krajden tout en rappelant que le test de Pap est effectué par un professionnel de la santé qui examine les cellules prélevées chez la femme lors d’un frottis du col afin de reconnaître celles qui sont anormales, alors que le test épigénétique qui mesure la méthylation de l’ADN est quant à lui réalisé par une machine.

« Un autre avantage du test de méthylation est le fait qu’il pourra être pratiqué sur le même échantillon que celui ayant servi au test de VPH », note le Dr Krajden avant d’ajouter qu’« il faudra néanmoins le soumettre à des études de plus grande envergure pour prouver qu’il fonctionne bien dans le contexte de la clinique ».

Le test de méthylation pourrait-il être utilisé en solo pour faire le dépistage du cancer du col ? « Dans un premier temps, il sera utilisé comme méthode de triage à la suite d’un test positif de VPH. Mais il est possible que, dans le futur, il remplace également le test de VPH. D’autant plus qu’il peut également dépister les cancers du col de l’utérus qui ne découlent pas du VPH. Mais la communauté médicale met habituellement beaucoup de temps à changer sa pratique. Il a fallu 10 ans pour adopter le test de détection de VPH. Cela prendra probablement 5 à 10 ans pour introduire ce nouveau test épigénétique et 10 à 15 ans avant qu’il remplace les deux autres tests (Pap et VPH) », croit M. Lorincz, qui a participé à la mise au point du premier test de détection du VPH en 1988.

Le dépistage au Québec

Au Québec, le dépistage du cancer du col de l’utérus n’est toujours pas au diapason avec les façons de faire en Europe, aux États-Unis et en Ontario, car le dépistage débute encore par un test de Pap, qui, s’il s’avère positif, sera suivi d’un test de détection de VPH. « Le gouvernement du Québec n’a pas encore adopté la procédure utilisée ailleurs, car il croit que ce serait plus dispendieux. Mais à la longue, on économiserait des sous puisque si on procède d’abord au test de VPH et que ce dernier est négatif, on ne s’inquiète pas et on cesse toutes les investigations. De plus, le test de VPH est plus objectif et sa sensibilité est meilleure que la cytologie », affirme le Dr Fabien Simard, président de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.

Selon les chercheurs, leur étude prouve le rôle clé de l’épigénétique dans le développement de plusieurs cancers. « Nous disposons de plus en plus de données probantes montrant que les effets épigénétiques sont beaucoup plus importants dans le processus d’émergence du cancer que les mutations. Tout au début du cancer, voire durant la phase précancéreuse, les processus épigénétiques prédominent », a souligné M. Attila Lorincz.

Comme l’épigénétique semble importante dans le développement de plusieurs cancers solides, cela veut donc dire qu’un test mesurant la méthylation de l’ADN pourrait permettre de dépister notamment les cancers de l’ovaire, du côlon, de l’anus, de la prostate et du sein.

L’équipe d’Attila Lorincz a mis au point un test de dépistage du cancer de la prostate qui détecte des marqueurs épigénétiques de la même manière que le fait le test du cancer du col de l’utérus. « Cette recherche progresse toutefois plus lentement, car il est plus difficile d’obtenir de bons échantillons de cellules prostatiques que de procéder à des prélèvements de cellules du col de l’utérus, d’autant que les femmes peuvent procéder elles-mêmes à un prélèvement qu’elles nous fournissent », précise-t-il avant d’ajouter qu’il travaille à la mise au point d’un test qui permettra de distinguer les cancers du côlon particulièrement agressifs.