James Bond esclave de l’alcool

L’alcoolisme de James Bond, tel qu’il l’expose dans sa filmographie, est qualifié de «sévère».
Photo: Metro-Goldwyn-Mayer L’alcoolisme de James Bond, tel qu’il l’expose dans sa filmographie, est qualifié de «sévère».

Il défie les pires méchants et protège le monde de leurs attaques sournoises. Mais qui va sauver James Bond, qui, lui, doit composer depuis plus de 50 ans avec un grave problème « d’alcoolisme chronique », comme le révèle une analyse en règle de ses comportements dans 24 films ?

En moyenne, depuis 1962 et son combat contre Dr No, l’agent au service de Sa Majesté s’est jeté derrière la cravate — ou le jabot — une moyenne de 4,5 consommations par film, avec des épisodes de surconsommation démesurée dépassant les 20 « unités d’alcool », indique un quatuor de joyeux scientifiques dans un article publié dans la dernière livraison du Medical Journal of Australia. « Bond devrait aller chercher de l’aide professionnelle et trouver une autre option que l’alcool pour gérer le stress lié à son travail », résument-ils.

L’étude s’intitule Permis de brosser : la consommation de James Bond depuis six décennies (en anglais, Licence to swill : James Bond’s drinking over six decades) Elle a remporté la compétition de Noël organisée par la revue scientifique, qui, chaque fin d’année, invite les scientifiques à s’amuser à être sérieux.

« C’est une étude amusante, oui, qui a un fort potentiel de faire rire, mais aussi de faire réfléchir sur un enjeu de santé, résume Nick Wilson, professeur au Département de santé publique de l’Université d’Otago à Wellington en Nouvelle-Zélande, joint par Le Devoir. Elle montre aussi que les films ou la télévision peuvent faire la promotion de comportements néfastes, comme fumer ou trop boire, et qu’il n’est jamais mauvais d’évoquer ces problèmes et de faire réfléchir sur leurs conséquences sociales. »

Pertes récurrentes de contrôle

Le héros mis au monde par Ian Fleming voit donc sa vie intrépide et extravagante utilisée à dessein dans cette étude qui a recensé, dans ses 24 dernières aventures, 109 « épisodes de consommation ». Ce rapport à l’alcool varie d’une décennie à l’autre avec trois épisodes par films dans les années 1970 et 7,7 dans la première décennie des années 2000. Il témoigne aussi de pertes récurrentes de contrôle quant à cette substance, dont plusieurs mettent la vie de l’homme en péril comme dans Quantum of Solace (2008), film qui devrait aussi passer à l’histoire pour avoir rapproché Bond pas seulement de Camille Montes Rivero, mais aussi du coma éthylique.

Ça se passe dans un jet privé où six Vesper martinis — le cocktail inventé par l’agent secret lui-même dans Casino Royale, le livre, et donc par son auteur — sont servis au personnage, soit pas moins de 24 unités d’alcool, évaluent les scientifiques, qui estiment alors à 360 mg d’alcool par 100 ml de sang le taux d’alcoolémie de l’agent secret en service. Une consommation peut contenir plusieurs unités d’alcool selon le type d’alcool préconisé. Bond a un faible pour les cocktails et les spiritueux, qui composent 55 % de toutes ses consommations, précise l’étude. Notons que le coma et même la mort par l’alcool se situent entre 300 et 400 mg, et au-delà.

Après cette surconsommation, « les gestes de Bond sont un peu plus lents, mais son élocution est encore bonne, font remarquer les scientifiques. Il faut environ 24 heures au foie pour métaboliser cette quantité d’alcool, et ses performances au travail vont être affectées les jours suivants ».

L’alcoolisme de James Bond, tel qu’il l’expose dans sa filmographie, est qualifié de « sévère » puisque il répond à six des onze critères sur la dépendance à l’alcool établis par le DSM-5, la bible médicale des troubles mentaux. Elle met sa vie en danger, mais également celle des autres, puisqu’après avoir bu, Bond prend part à une grande variété d’activités à risque, fait remarquer l’étude. Cela inclut : se battre, conduire des véhicules — y compris des voitures lors de poursuites ou des hélicoptères —, être en contact avec des animaux dangereux ou avoir des relations sexuelles.

Dans The Man with the Golden Gun, il doit, à titre d’exemple, après une forte consommation d’alcool, tuer le méchant, retrouver l’agitateur Sol-X et s’échapper d’une île avant qu’elle n’explose. Face au docteur Julius No, il doit, dans les mêmes circonstances éthyliques, opérer une centrale nucléaire, détruire le complexe armé de l’affreux membre du SPECTRE, sauver Honey Ryder et s’échapper d’une île. « L’employeur de Bond, le MI6, devrait se montrer plus responsable et offrir des services d’aide pour lui permettre de gérer son alcoolisme », conclut l’étude.

Dans le passé, James Bond a été scruté par la science pour mesurer son rapport au tabac, ses comportements dangereux, sa psychologie sombre ou sa misogynie. Sa consommation d’alcool avait été à ce jour étudiée par ses livres, mais pas encore par ses films.

Nick Wilson assure d’ailleurs ne pas avoir consommé d’alcool durant cette enquête, qui « impliquait une collecte rigoureuse de données puisées dans près de 50 heures de films. Nous avons abordé cette recherche scientifique de manière très sérieuse, même si ce sujet a une dimension divertissante ».