Naissance d’un bébé grâce à la greffe d’un utérus provenant d’une femme décédée

Dix jours après ce transfert d’embryon, la dame était enceinte et sa grossesse s’est déroulée sans encombre.
Photo: Didier Pallages Archives Agence France-Presse Dix jours après ce transfert d’embryon, la dame était enceinte et sa grossesse s’est déroulée sans encombre.

La revue médicale britannique The Lancet fait état dans son édition du 4 décembre du premier bébé né d’une femme ayant subi une greffe d’utérus provenant d’une donneuse décédée. Une première qui devrait rendre ce type de traitement plus accessible.

C’est en 2013, en Suède, que la transplantation d’un utérus issu d’une donneuse vivante a pour la première fois permis à des femmes stériles de donner naissance à un enfant. Depuis, 39 procédures du genre ont été réalisées, dont 11 ont abouti à une naissance. Par contre, toutes les tentatives effectuées avec un utérus prélevé sur une personne décédée ont échoué jusqu’à cette première réussite au Brésil qui a permis à une femme de 32 ans d’accoucher en décembre 2017 d’une petite fille en bonne santé.

De 10 à 15 % des couples ayant l’âge de procréer sont infertiles. Cette infertilité peut s’expliquer par une anomalie utérine dont est atteinte 1 femme sur 500 et qui peut découler d’une malformation de l’utérus, des séquelles d’une infection ou d’une absence d’utérus d’origine congénitale ou consécutive à une hystérectomie. Pour ces femmes qui désiraient avoir un enfant, seuls l’adoption et le recours à une mère porteuse leur permettaient de réaliser leur rêve jusqu’à ce que des équipes médicales suédoises et américaines réussissent à greffer un utérus provenant d’une donneuse vivante à certaines de ces femmes infertiles.

Toutefois, les donneuses vivantes sont rares, la plupart étant des membres de la famille ou des amies proches, ce qui limite le nombre d’interventions possible. Les dons consentis au décès sont quant à eux nettement plus nombreux, d’où l’intérêt de ce premier succès réalisé par l’équipe de la Dre Danielle Ejzenberg, de la Faculdade de medicina da Universidade de São Paulo au Brésil, qui a greffé l’utérus d’une femme de 45 ans décédée d’un accident vasculaire cérébral à une femme de 32 ans atteinte du syndrome Mayer-Rokitansky-Kuster-Hauser qui l’a fait naître sans utérus. D’une durée de 10 heures et demie, la délicate chirurgie a consisté à reconnecter les veines, les artères, les ligaments et les canaux vaginaux de la donneuse avec ceux de la receveuse. Immédiatement après la chirurgie, on a administré à la patiente « des antimicrobiens, des anticoagulants et un traitement immunosuppresseur semblable à celui prescrit lors d’une greffe d’organes moyennement immunogéniques, comme le pancréas et les reins ».

La patiente est retournée chez elle huit jours après l’opération et a eu ses premières menstruations 37 jours après la chirurgie, lesquelles sont survenues de façon régulière par la suite. En l’absence de toute réaction de rejet grâce au traitement immunosuppresseur que la patiente a dû poursuivre pendant toute sa grossesse, l’équipe médicale a alors transféré un embryon conçu par fécondation in vitro (FIV) dans son utérus sept mois après la transplantation, soit cinq mois plus tôt que dans toutes les transplantations utérines précédentes.

Dix jours après ce transfert d’embryon, la dame était enceinte et sa grossesse s’est déroulée sans encombre. Une petite fille de 2,6 kg est née par césarienne à 35 semaines et trois jours. L’utérus a été retiré par la même occasion et le traitement immunosuppresseur a été interrompu. La maman et son bébé ont pu rentrer à la maison trois jours après la naissance. À l’âge de 7 mois et 20 jours, le bébé était toujours allaité et pesait 7,2 kg.

Dans The Lancet, les auteurs de l’étude insistent sur le fait que les utérus de donneuses décédées présentent un avantage important par rapport à ceux provenant de femmes vivantes puisqu’ils permettent d’éviter les risques chirurgicaux associés à l’excision de l’utérus chez les donneuses vivantes. Ils font également remarquer que les femmes qui subissent une telle intervention sont généralement en bonne santé, ce qui diminue les risques de complications périopératoires, comparativement aux personnes qui souffrent de maladies graves nécessitant la greffe d’un autre type d’organe.

Prudents dans leurs conclusions, les auteurs avouent que leurs résultats ne constituent qu’une « preuve de concept ». Dans un commentaire publié dans le même numéro de la revue, le Dr Antonio Pellicer de l’IVI-Roma, en Italie, affirme qu’il sera nécessaire de comparer les approches (don de femmes vivantes versus don de femmes décédées), les techniques de chirurgie (retrait de l’utérus par laparoscopie ou par incision), les types de vaisseaux utilisés pour les raccords, ainsi que les différents protocoles d’immunosuppresseurs, et que l’état des enfants nés grâce à de telles procédures devra faire l’objet d’un suivi à long terme.