Une École de l’IA au CHUM

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
L’établissement a décidé de mettre sur pied une École de l’IA appliquée au domaine de la santé.
Photo: Catherine Legault Le Devoir L’établissement a décidé de mettre sur pied une École de l’IA appliquée au domaine de la santé.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) a dévoilé cette semaine la création d’une École de l’intelligence artificielle (IA) appliquée au domaine de la santé.

S’assurer que l’IA est bénéfique pour les patients : Fabrice Brunet, président-directeur général du CHUM, répète à plusieurs reprises cette préoccupation lors d’une entrevue téléphonique accordée au Devoir. C’est entre autres pour répondre à cet enjeu que l’établissement a décidé de mettre sur pied une École de l’IA appliquée au domaine de la santé, qui chapeautera l’enseignement, la formation continue et la recherche dans le but de valoriser et de vulgariser cette technologie, mais aussi pour permettre aux professionnels de la santé de se l’approprier et de l’apprivoiser.

L’IA génère beaucoup d’espoir pour le système de santé. Fabrice Brunet anticipe des percées aussi importantes que celles qui ont découlé de la génétique et juge que cette technologie pourrait améliorer de manière rapide la compétence et l’expertise de ses équipes, en plus de permettre de gagner du temps et d’optimiser l’utilisation des ressources. « Maintenant, il y a des risques : si elle se trompe, si elle est mal utilisée, si l’être humain, un professionnel de la santé comme un patient, se sent menacé, elle risquerait au contraire d’avoir des effets néfastes », dit-il.

Cette démarche d’enseignement et de recherche s’attardera aux données qui alimentent la machine, à ses algorithmes et à la maîtrise des outils pour s’assurer qu’ils n’engendrent pas, notamment, des diagnostics erronés.

« Si un algorithme se trompe, quelle est la responsabilité du système de santé, et en l’occurrence de notre organisation, qui a transmis une information pour aller vers un algorithme réputé fiable scientifiquement, mais qui ne sera pas responsable de l’erreur ? demande-t-il. Ce sont des aspects qui demandent de la recherche pour bien préciser quels seront les contours et les conséquences sur l’organisation du système et la responsabilité médicale. »

En tant que directeur du CHUM, il se montre aussi préoccupé par la position que devra prendre le système de santé devant l’arrivée, par l’entremise de l’IA, de géants du secteur privé et de l’industrie numérique, comme Apple ou Google. « Si on ne fait pas attention à la façon dont ils vont s’implanter, on risque de voir un accès direct de la population avec des gens qui, de l’autre côté de la connexion, n’ont pas nécessairement les connaissances requises ou l’intérêt public à cœur », évoque-t-il.

Cette nouvelle donne entraîne des réflexions sur la façon dont les démarches de ces nouveaux joueurs dans le domaine de la santé peuvent se réaliser « en collaboration avec nous plutôt que parallèlement ». Une question sur laquelle la nouvelle École de l’IA du CHUM prévoit de se pencher en réseau avec les autres établissements de recherche hospitaliers dans le monde, tous confrontés à la vitesse à laquelle émergent ces nouvelles technologies.

« Il y a une espèce de ruée vers le système de santé avec l’IA et les nouvelles applications. Et nous, il faut qu’on soit suffisamment nombreux et qu’on réponde assez rapidement, sinon on va se retrouver dans une situation où on ne maîtrisera plus du tout ces technologies. »