Répondre à la perte d’autonomie par des technologies autonomes

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
<p>SAM se veut un outil de télémédecine semi-autonome qui permet d’assurer un meilleur suivi des personnes vieillissantes à leur domicile.</p>
Photo: iStock

SAM se veut un outil de télémédecine semi-autonome qui permet d’assurer un meilleur suivi des personnes vieillissantes à leur domicile.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Au moment où je commence à parler, SAM se tourne vers moi. Le réflexe semblerait naturel si sa tête ne ressemblait pas à un téléviseur coiffé de la caméra d’une console Kinect. Plus bas sur son tronc, huit microphones lui permettent de s’orienter vers la provenance des sons durant ma conversation avec trois autres personnes dans un laboratoire de l’Institut interdisciplinaire d’innovation technologique (3IT) de l’Université de Sherbrooke.

L’objectif de ce robot dépasse celui du gadget : il se veut un outil de télémédecine semi-autonome pour permettre un meilleur suivi des personnes vieillissantes à leur domicile. SAM a par ailleurs été baptisé ainsi pour Système d’aide à la mobilité. « L’idée est de limiter le travail de l’opérateur à distance », indique François Michaud, professeur au Département de génie électrique et génie informatique de l’Université de Sherbrooke. Il pilote le projet de recherche, financé par le réseau pancanadien AGE-WELL, qui a mené à la conception de SAM.

En collaboration avec la Chaire en téléréadaptation de l’Université de Sherbrooke, une plateforme a été mise au point pour discuter avec son médecin à distance et téléverser, à l’aide de la technologie Bluetooth, des données comme le poids, le rythme cardiaque, la glycémie ou la tension artérielle.

Bonjour SAM

Mais c’est plus qu’un appareil de vidéoconférence sur roue. Avec l’élaboration d’algorithmes de reconnaissance de sons générant des mouvements de la part du robot, le professionnel de la santé peut constater, sans explorer à tâtons, des éléments au départ hors du champ de vision de la webcaméra. Un logiciel de reconnaissance faciale permet, quant à lui, au clinicien de rester fixé sur le patient, peu importe ses mouvements. « Il peut se concentrer sur l’interaction plutôt que sur le contrôle du robot », souligne Dominic Létourneau, ingénieur et professionnel de recherche au 3IT.

Comme la sécurité est de mise dans un logement habité par des personnes vulnérables, le robot freine de lui-même lorsque des obstacles se présentent devant lui. SAM enregistre par ailleurs, à l’aide de la caméra d’une console Kinect, une carte tridimensionnelle des lieux après une sorte de visite du propriétaire. Il peut ensuite se retrouver facilement dans le domicile, grâce à une architecture du traitement de l’information inspirée de la mémoire humaine à court et à long terme : certaines images significatives sont conservées dans une sorte de mémoire de travail et, dès lors que le robot les remarque dans son environnement, il rappelle les informations liées à la pièce dans laquelle il se trouve pour mieux naviguer. Par de l’apprentissage machine supervisée, le robot a été entraîné pour retourner et se rebrancher de lui-même à sa borne de recharge. « Pour les soins à domicile, on ne peut pas s’imaginer, si le réseau de communication lâche ou l'opérateur ferme la session, que personne ne peut prendre soin de la personne », souligne François Michaud.

Car toutes les fonctions développées pour permettre au robot de se localiser constituent une première étape dans le but de le rendre plus autonome. « On a une architecture décisionnelle qui permet de facilement ajouter et intégrer des capacités », assure M. Michaud, qui évoque le potentiel de jumeler le tout avec d’autres travaux, notamment ceux d’Éric Beaudry, professeur au Département d’informatique de l’UQAM, qui visent par exemple à reconnaître visuellement si une personne se fait une tasse de thé pour lui porter assistance.

Dans les prochains mois, François Michaud prévoit réaliser une journée de démonstration et d’essais dans une résidence pour personnes âgées, afin de voir comment ces derniers, ainsi que leurs proches aidant, interagissent avec le prototype. « On a fait des études de besoins en montrant des robots de science-fiction, mais il n’y a rien de mieux que de voir le vrai. »

Utiliser l’Internet des objets

Sans robot, l’Internet des objets vient aussi offrir un potentiel pour permettre un meilleur suivi à distance des personnes en pertes d’autonomie. « Une fois que j’ai mes données, je fais quoi avec elles », soulève Mounir Boukadoum, professeur au Département d’informatique de l’UQAM, qui commence en ce moment des travaux pour combiner l’Internet des objets avec l’intelligence artificielle.

« Si on prend toute cette information qui vient des capteurs et on se contente de la verser sur un médecin, c’est du sadisme, dit-il, en évoquant avec amusement la quantité astronomique de données générées. L’idée, c’est de leur simplifier la vie. »

Dans le but de monter un système de monitorage du bien-être d’un patient d’un côté, puis un système de prédiction des chutes de l’autre, son projet de recherche vise dans un premier temps à mettre au point une infrastructure de traitement de l’information pour l’envoyer dans un système de gestion local, puis dans l’infonuagique lorsque, par exemple, une alarme doit être déclenchée auprès de proches ou cliniciens à l’extérieur du domicile. Au-delà des aspects techniques, son équipe multidisciplinaire abordera les questions d’acceptabilité sociale et de confidentialité des données que posent de telles technologies introduites dans un espace privé.