Une enzyme pour cesser de fumer

En plus de prévenir les symptômes de sevrage, l’équipe du chercheur Olivier George a constaté qu’un traitement avec NicA2-J1 diminuait la recherche et la consommation compulsives de nicotine.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse En plus de prévenir les symptômes de sevrage, l’équipe du chercheur Olivier George a constaté qu’un traitement avec NicA2-J1 diminuait la recherche et la consommation compulsives de nicotine.

Plusieurs médicaments sont offerts sur le marché pour cesser de fumer et se libérer d’une dépendance à la nicotine, mais leur efficacité est faible, le taux de rechute atteignant 75 à 80 % après un an chez les personnes qui y ont recours. Une étude publiée dans Science Advances fait état du succès remporté chez l’animal d’une toute nouvelle approche faisant appel à une enzyme qui dégrade la nicotine avant qu’elle n’atteigne le cerveau. Un traitement avec cette enzyme a permis d’éliminer les symptômes de sevrage, de diminuer la dépendance et de prévenir les rechutes.

Dénommée NicA2-J1, l’enzyme en question a été extraite de la bactérie Pseudomonas putida qui vit sur les feuilles de tabac et se nourrit de la nicotine, qui est sa principale source d’énergie. Elle a ensuite été légèrement modifiée par les chercheurs afin d’améliorer sa puissance d’action et d’allonger sa durée de vie dans l’organisme.

L’équipe d’Olivier George du Scripps Research Institute à La Jolla, en Californie, a administré cette enzyme modifiée à des rats qui avaient développé une dépendance à la nicotine après qu’on leur eut donné la possibilité de s’autoadministrer à volonté de la nicotine pendant 12 jours, et qu’on a ensuite privés de nicotine afin de provoquer les symptômes de sevrage — semblables à ceux observés chez l’humain —, dont une élévation de la sensibilité à la douleur (hyperalgésie) et une augmentation de l’irritabilité. Les chercheurs ont alors observé que les animaux ayant été traités avec l’enzyme pendant cinq jours retrouvaient une sensibilité normale à la douleur pendant les périodes d’abstinence et présentaient beaucoup moins de comportements agressifs et de défense qu’avant le traitement et comparativement aux animaux qui n’avaient pas été traités.

Dépendance

En plus de prévenir les symptômes de sevrage, un traitement avec NicA2-J1 diminuait la recherche et la consommation compulsives de nicotine, comme l’a démontré une expérience dans laquelle les rats recevaient une décharge électrique une fois sur trois lorsqu’ils appuyaient sur le levier leur délivrant de la nicotine. « Les décharges électriques n’étaient pas dangereuses, mais plutôt désagréables, comme les colliers anti-aboiements pour les chiens, précise M. Olivier George. Ils servaient de conséquences dissuasives, un peu comme le sont la toux, une atteinte de la fonction pulmonaire et le cancer dont risque de souffrir le fumeur s’il continue à fumer. »

« Les animaux qui étaient dépendants à la nicotine et n’avaient pas été traités avec l’enzyme continuaient à prendre de la nicotine même s’ils recevaient des décharges électriques, comme le fumeur qui continue à fumer même quand on lui a enlevé la moitié de son poumon. En revanche, les animaux qui avaient été traités avec l’enzyme diminuaient leur prise de nicotine quand ils devaient faire face à une conséquence comme la décharge électrique. Cette observation suggère que l’enzyme diminue la valeur attractive de la nicotine, diminuant du coup la motivation des animaux à aller prendre leur dose de nicotine quand ils étaient susceptibles de recevoir une conséquence désagréable. Visiblement, la nicotine ne leur procurait plus assez de plaisir pour supporter la décharge électrique. On imagine que les patients traités ne trouveraient pas leur cigarette suffisamment agréable pour continuer à fumer. Et comme ils se sentiront mieux et n’auront pas de symptômes de sevrage, ils n’auront plus d’intérêt à fumer. Ils auront donc une plus grande motivation pour abandonner la nicotine », explique le neuroscientifique Olivier George.

Le fumeur peut bien aller s’acheter un nouveau paquet de vraies cigarettes, ça ne changera rien, car l’enzyme va détruire presque toute la nicotine que contiennent ces cigarettes

 

Rechute

L’étude a également montré qu’un traitement de deux semaines avec la NicA2-J1 prévenait les rechutes induites par le stress ou une dose de nicotine. « Très souvent, un fumeur qui a cessé de fumer pendant six mois, voire un ou deux ans, rechutera après avoir consommé une seule cigarette. Le stress peut aussi entraîner une rechute », rappelle le chercheur. Deux à trois semaines après le sevrage, les animaux qui avaient été traités avec l’enzyme rechutaient moins souvent lorsqu’on leur administrait une substance induisant un état de stress ou lorsqu’on leur injectait une dose de nicotine dans le but de réveiller leur désir de nicotine. « Le traitement à l’enzyme a probablement diminué leur niveau de stress dans le cerveau, ce qui fait que quand on les stressait à nouveau, ils n’étaient pas très sensibles au stress », avance M. George.

Mécanisme d’action

Les doses d’enzyme NicA2-J1 qui sont administrées aux animaux capturent la nicotine qui circule dans le sang et la dégrade presque entièrement avant qu’elle ne rejoigne le cerveau. Entre 1 et 3 % de la nicotine absorbée atteint le cerveau. « Au tout début, on pensait que c’était un problème que l’enzyme ne dégrade pas complètement la nicotine. Maintenant, on croit que c’est la solution. On pensait que, parce qu’il restait un peu de nicotine, la personne continuerait alors à fumer, car au début, nos rats continuent à prendre de la nicotine, sauf qu’en fait, après un certain temps, ils se rendent compte que ça ne vaut pas tellement le coup. La quantité de nicotine est tellement faible qu’ils deviennent moins dépendants. Et en même temps, cette petite quantité de nicotine est suffisante pour éliminer les symptômes du sevrage. Cela se passe comme ça chez l’humain. Quand les fumeurs arrêtent de fumer, ils ne se sentent pas très bien, ils sont stressés et anxieux. Quand vous leur donnez une cigarette sans nicotine, d’un coup ils vont mieux, car en fait ces cigarettes ont un très faible niveau de nicotine qui est suffisant pour bloquer une bonne partie des symptômes de sevrage. Mais les fumeurs n’aiment pas ces cigarettes et vont rapidement racheter de vraies cigarettes. L’avantage de l’enzyme est qu’elle reste active dans l’organisme pendant plusieurs jours. Le fumeur peut bien aller s’acheter un nouveau paquet de vraies cigarettes, ça ne changera rien, car l’enzyme va détruire presque toute la nicotine que contiennent ces cigarettes », explique le chercheur.

« La nicotine résiduelle qui n’aura pas été dégradée par l’enzyme va inactiver les récepteurs nicotiniques dans le cerveau, permettant ainsi d’éliminer les symptômes de sevrage. Les personnes traitées avec l’enzyme se sentiront alors moins irritables, moins anxieuses, moins stressées et moins en manque. Peu à peu, elles se rendront compte que fumer ne présente plus d’avantages. Elles réaliseront que les cigarettes ne sont plus vraiment réconfortantes, elles ne procurent plus autant de plaisir, et qu’en plus, elles sont responsables de leur toux et de leur mauvaise odeur. Ainsi, progressivement, elles devraient cesser de fumer, prévoit M. George. On espère qu’ainsi, le fumeur arrivera à réapprendre que l’acte de prendre de la nicotine n’est pas nécessairement associé à l’effet de la nicotine. »

Chose certaine, étant donné que « l’enzyme n’entre pas dans le cerveau, elle ne modifie donc pas la façon dont le cerveau fonctionne, il n’y a donc pas d’effets secondaires. Ce qui est un grand avantage » par rapport aux traitements actuels, fait remarquer Olivier George qui espère tester la NicA2-J1 chez l’humain. « Ne manque que l’argent pour lancer des essais cliniques sur l’humain. On est en contact avec des compagnies pharmaceutiques, mais on n’a pas encore signé de contrat », dit-il.

La dépendance à la nicotine

Lorsqu’une personne inhale la fumée d’une cigarette, la nicotine rejoint en 7 à 10 secondes le cerveau, où elle se lie à des récepteurs — présents sur des cellules nerveuses — qui sont normalement activés par l’acétylcholine, un neurotransmetteur naturel que la nicotine imite très bien. Lorsque la nicotine se fixe à ces récepteurs, appelés récepteurs nicotiniques à l’acétylcholine, les cellules nerveuses libèrent de la dopamine dans le noyau accumbens qui fait partie du circuit de la récompense, d’où la sensation de satisfaction et de plaisir ressenti par le fumeur.

Quand la personne fume, la nicotine bloque les récepteurs nicotiniques. Plus elle fume, plus ces récepteurs deviennent inactifs. Le cerveau essaie alors de compenser en augmentant le nombre de récepteurs. Quand la personne cesse de fumer, tous ces récepteurs redeviennent subitement actifs et disponibles pour l’acétylcholine. Et comme ils sont en très grand nombre, le cerveau devient anormalement activé par l’acétylcholine, c’est pourquoi le fumeur devient irritable, stressé et anxieux.

« Avec l’enzyme NicA2-J1, il y aura toujours une petite quantité de nicotine qui va permettre d’inactiver ces récepteurs et ainsi de prévenir les symptômes de sevrage, et aussi de restaurer des niveaux normaux de récepteurs nicotiniques. C’est l’hypothèse que l’on doit tester », suggère M. Olivier George.

Les traitements actuels

Les traitements de remplacement de la nicotine se présentent sous forme de gommes à mâcher à la nicotine, de timbres (NicoDerm), de comprimés sublinguaux ou d’inhalateurs de nicotine. Ces substituts nicotiniques diffusent de la nicotine dans l’organisme, ce qui permet d’atténuer le sevrage. Les personnes sont moins anxieuses, moins irritables, ont moins de problèmes de sommeil, mais elles ont toujours cette envie irrépressible de fumer et elles rechutent souvent.

Le bupropion (Zyban) est un antidépresseur (connu sous le nom de Welbutrin) qui permet d’atténuer les effets du sevrage, soit l’anxiété, le stress et la dépression découlant du fait que le fumeur se retrouve comme en deuil de son meilleur ami. Le bupropion diminue aussi la rechute, mais son effet par rapport au placebo est peu élevé.

La varénicline (Champix) est un agoniste partiel des récepteurs nicotiniques du cerveau. Elle mime la fonction de la nicotine, mais son effet est moitié moins puissant que celui de la nicotine. Elle réduit la dépendance et le sevrage. Mais comme elle change le fonctionnement du cerveau, elle peut donc induire la dépression et des pensées suicidaires.
2 commentaires
  • Denis Paquette - Abonné 3 novembre 2018 08 h 10

    et oui nous serions des être qui héritent directement d'un destin du monde des atomes

    nos déviations seraient elle determiner par des enzimes des recherces recentes tentent a le prouver , beaucoup des déviations seraient quasi génétiques, et infiniticimales, occupant d'infirmes parties de notre cerveau,peut être la ,les maladies d'ezameurs également nous serions a la base beaucoup plus cosmique que nous le croyons, certains diront atomiques

  • Michel Bédard - Inscrit 3 novembre 2018 10 h 46

    Contrôle de ses moindres atomes...

    Pour un, je sais qu'une auto-programmation pour cesser de fumer, ça fonctionne, seulement si une volonté ferme d'arrêter est au rendez-vous.