Apprendre à l’ère de l’IA

Hélène Roulot-Ganzmann Collaboration spéciale
L’IA commence petit à petit à pénétrer le monde de l’éducation.
Photo: iStock L’IA commence petit à petit à pénétrer le monde de l’éducation.

Ce texte fait partie du cahier spécial Dans les coulisses de l’IA : ce que les chercheurs cherchent

L’intelligence artificielle va profondément modifier la plupart des emplois, et les métiers liés à la formation ne sont pas en reste. L’IA commence petit à petit à pénétrer le monde de l’éducation, qui devrait vivre de grands bouleversements dans les prochaines années.

« Plusieurs analystes estiment que 40 à 50 % des emplois d’aujourd’hui auront disparu dans vingt ans, rappelle Marc Couture, conseiller pédagogique en intégration des technologies de l’information et des communications (TIC) à l’Université de Sherbrooke. On ne sait pas encore très bien par quoi ils seront remplacés, mais ce qui est certain, c’est que nous allons devoir outiller les étudiants différemment. Il faudra qu’ils développent toutes les qualités et les compétences qui nous distinguent des machines. »

Les habiletés relationnelles ou de communication, le travail d’équipe et de collaboration, la curiosité… en plus des connaissances qui demeurent essentielles, les étudiants qui voudront pénétrer le marché du travail avec succès devront acquérir ces différentes aptitudes.

L’enseignement lui-même va donc devoir changer. Sans parler de révolution, Marc Couture prédit « d’assez grands bouleversements » dans la façon dont les étudiants seront formés et commencent même à l’être, avec l’intégration de plus en plus grande d’outils d’IA.

« L’IA ne va pas remplacer les professeurs, rassure-t-il. Mais elle vient les soutenir. Nous n’en sommes qu’aux prémices, mais certaines applications permettent déjà l’analyse de données massives pour prédire le succès ou l’échec d’un étudiant et donc, avoir la possibilité de redresser la barre avant qu’il ne soit trop tard. »

L’Université de Sherbrooke utilise ainsi l’application Moodle, qui permet d’enregistrer toute l’activité étudiante. Lorsqu’ils consultent des documents, soumettent des devoirs, regardent une vidéo, s’ils ont des difficultés ou rencontrent un problème, le temps qu’ils passent sur telle ou telle activité, etc., tout est colligé.

« Ça permet à l’enseignant d’ajuster le tir, commente le conseiller pédagogique. Soit en modifiant les contenus, soit en améliorant certaines activités qui fonctionnent moins bien. »

Personnalisation et massification de l’enseignement

Les outils intelligents permettront également d’automatiser certaines tâches, comme la correction des évaluations et la recherche dans des bases de données, susceptible de fabriquer des ressources pertinentes à intégrer dans les cours. Des robots pourront également répondre aux questions des étudiants, mais aussi analyser leurs problèmes et leur proposer des exercices plus personnalisés en fonction des cibles qu’ils auront atteintes ou non.

Cette automatisation fera assurément gagner beaucoup de temps aux professeurs et permettra de développer la formation à distance et de massifier l’accès à l’éducation.

« Cet aspect-là est particulièrement intéressant dans les pays en voie de développement, en Asie et en Afrique notamment, explique M. Couture. Former leur main-d’oeuvre représente un défi, et l’IA leur apporte des solutions. »

Au Québec, les outils font petit à petit leur apparition dans les universités. Certains enseignants se les approprient volontiers quand d’autres sont plus réticents à lâcher prise et à faire confiance à des algorithmes pour remplir des tâches qu’ils faisaient auparavant par eux-mêmes.

Marc Couture les comprend d’autant plus que certaines expériences en IA ont montré que mal étalonnée, celle-ci développe des partis pris et reconduit des préjugés.

« Il faut la nourrir de la façon la plus objective possible, prévient-il. Avec le plus de données possible, mais des données pertinentes. Sinon, ça mène à des erreurs, et ce n’est pas le genre de choses que l’on souhaite dans une université. »

Des formations de plus en plus nombreuses

Pour que le Québec demeure un leader dans le domaine de l’IA, il doit s’atteler à former une main-d’œuvre opérationnelle capable d’intégrer les nouveaux outils dans les petites et moyennes entreprises ou encore de se les approprier  à l’interne. De plus en plus de formations vont aujourd’hui  dans ce sens.

L’Université McGill ainsi que l’Université de Montréal et ses écoles affiliées (Polytechnique et HEC) offrent plus de 40 programmes de formation en IA. Réunies au sein de l’Institut québécois d’intelligence artificielle (Mila), elles proposent notamment plusieurs maîtrises en apprentissage profond et des possibilités de doctorats touchant à l’apprentissage automatique, à l’ingénierie intelligente ou encore à l’intelligence d’affaires.

Le cégep de Trois-Rivières, en collaboration avec l’Université Laval et l’Université du Québec à Trois-Rivières, propose un DEC-bac en informatique, qui fait une large place à l’intelligence artificielle, avec plusieurs stages obligatoires en entreprise.

Du côté de la formation continue, le cégep de Sainte-Foy offre déjà depuis quatre ans une formation de 18 mois menant à une attestation d’études collégiales (AEC) Spécialiste en mégadonnées et intelligence d’affaires. À compter de décembre, il lance une autre AEC, en collaboration avec le collège de Bois-de-Boulogne cette fois, et consacré exclusivement à l’IA. Celle-ci durera huit à neuf mois.

Le collège de Maisonneuve offre quant à lui une formation d’une journée d’introduction à l’intelligence artificielle.

Séminaire d’une journée également à HEC, « Le big data et l’intelligence artificielle (IA) : des actifs stratégiques pour votre entreprise » propose en effet de démystifier les mégadonnées et d’en comprendre les répercussions stratégiques.