Intelligence artificielle, «big data», cryptomonnaies: la révolution technologique est en marche

Institut du Nouveau Monde Collaboration spéciale
Les répercussions sur l’emploi de la révolution technologique pourraient être considérables.
Photo: Carlos Irineu da Costa Unsplash Les répercussions sur l’emploi de la révolution technologique pourraient être considérables.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

La révolution technologique est sur toutes les lèvres. La grande médiatisation de certaines innovations qui en découlent, dont les plus connues sont l’intelligence artificielle, le big data et les cryptomonnaies, nous sensibilise-t-elle réellement à cet enjeu ? Que connaît-on de la révolution en cours ? Et sommes-nous prêts à y faire face ? La question reste entière, et force est d’admettre que citoyens et décideurs devront se l’approprier.

Dans cette optique, L’état du Québec 2019 présente une entrevue exclusive sur les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle avec Rémi Quirion, scientifique en chef du Québec, François Laviolette, professeur titulaire à l’Université Laval, Nathalie de Marcellis-Warin, professeure titulaire à Polytechnique Montréal et présidente-directrice générale du Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), et Dominic Martin, professeur à l’UQAM.

Cet entretien avec quatre des plus éminents experts de la question permet de poser un regard nouveau sur les répercussions à anticiper de ce développement technologique. Les quatre chercheurs soulèvent des questions importantes sur différents aspects de cette révolution technologique. Ils abordent notamment des enjeux liés aux applications concrètes de l’intelligence artificielle, aux craintes soulevées par son développement, à la nécessité de l’acceptabilité sociale et au rôle du Québec comme gardien éthique du développement de l’intelligence artificielle.

Les enjeux démocratiques de l’intelligence artificielle et du big data sous la loupe

Bien que les impacts sociétaux de l’intelligence artificielle soient dans la mire du milieu scientifique québécois, le professeur à l’École des médias de l’UQAM André Mondoux propose une réflexion critique sur la menace au vivre-ensemble que constituent, selon lui, l’intelligence artificielle et le big data, tandis que la chercheuse en résidence à l’INM et coordonnatrice des activités scientifiques au Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société, Lena A. Hübner, s’interroge sur la corrélation entre, d’un côté, l’accumulation de données sur les électeurs par les partis politiques et, de l’autre, la mobilisation des citoyens et leur taux de participation aux élections. Comme l’explique la chercheuse, les nouvelles méthodes de microciblage électoral soulèvent d’importantes questions, notamment depuis l’élection de Donald Trump et l’affaire Cambridge Analytica. Le Québec n’échappe pas à cette tendance, et les quatre partis politiques représentés à l’Assemblée nationale ont recours à des plateformes numériques pour la mobilisation de l’électorat.

Révolution technologique, économie et inégalités sociales

Les chercheurs à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS) Guillaume Hébert et Bertrand Schepper réfléchissent quant à eux dans la publication de l’INM aux conséquences sociales, économiques et énergétiques de la production de cryptomonnaies, autre développement aux conséquences importantes de cette révolution technologique. Point important à noter pour les auteurs, il est impératif de distinguer la technologie des blockchain, dont les retombées positives pourraient être nombreuses, des cryptomonnaies. À titre d’exemple, les deux experts démontrent qu’il est possible de chiffrer dans des chaînes de blocs, dans une optique de traçabilité, l’entièreté du cheminement de produits alimentaires ou pharmaceutiques. L’innovation technologique à la base des cryptomonnaies pourrait ainsi être utilisée pour le bien commun.

Les retombées de ces nouvelles technologies — l’intelligence artificielle et le big data — sont déjà observables dans plusieurs sphères de nos vies. L’analyste de politiques à l’INM Nicolas Zorn et la professeure à l’Université Laval Nolywé Delannon s’intéressent à l’impact de la révolution numérique sur les inégalités. Les deux experts estiment que les pouvoirs publics négligent ou sous-estiment les conséquences sur la société et sur l’économie de ces innovations techniques.

Les répercussions sur l’emploi de la révolution technologique pourraient également être considérables. Le cofondateur et président de l’entreprise montréalaise GSoft, Simon De Baene, fait partie du groupe des optimistes quant aux potentialités qu’offrent les nouvelles technologies. Pour l’entrepreneur, elles pourraient permettre de mettre les humains au coeur des stratégies d’entreprises et ainsi de favoriser une plus grande efficacité et une plus grande émancipation des ressources humaines.

Bref, une multitude de visions et d’avis coexistent sur l’impact réel qu’aura la révolution technologique au Québec et dans le monde, et L’état du Québec 2019 en présente certaines des plus pertinentes.

À lire à ce sujet dans « L’état du Québec 2019 »

CLÉ 5 – ÉCONOMIE
À qui profitera la révolution numérique ?
Nicolas Zorn, analyste de politiques à l’INM
Nolywé Delannon, professeure au Département de management de l’Université Laval

CLÉ 12 – TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES
Mobilisation, électorat et big data : plus de données, plus de participation ?
Lena A. Hübner, chercheuse en résidence à l’INM, coordonnatrice des activités scientifiques au Centre de recherche interuniversitaire sur la communication, l’information et la société, et doctorante en communication à l’UQAM