Une identité collective et individuelle à redéfinir

Institut du Nouveau Monde Collaboration spéciale
Les Québécois ont une identité plurielle, et les nouvelles générations s’unissent autour de valeurs d’inclusion, d’ouverture et de justice sociale.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les Québécois ont une identité plurielle, et les nouvelles générations s’unissent autour de valeurs d’inclusion, d’ouverture et de justice sociale.

Ce texte fait partie du cahier spécial Institut du Nouveau Monde

Les luttes pour l’émancipation des Québécois francophones des années 1960. L’adoption de la loi 101. La crise des accommodements raisonnables. La charte des valeurs. Et plus récemment, la remise à l’ordre du jour du débat sur le port de signes religieux par les employés de l’État en position d’autorité. L’identité est certainement l’un des enjeux les plus polarisants à l’heure actuelle, au Québec, et la question identitaire reste entière. Mais peut-elle être réglée ? Comment favoriser un meilleur vivre-ensemble ?

Les Québécois ont une identité plurielle et les nouvelles générations s’unissent autour de valeurs d’inclusion, d’ouverture et de justice sociale. Toutefois, face à la fragmentation de l’identité québécoise, la discrimination devient un enjeu central. Des solutions innovantes doivent être développées pour que le Québec puisse aller au-delà du débat identitaire.

Les Québécois ont-ils encore une identité commune ?

Force est d’admettre que le Québec, par sa démographie et sa situation géographique particulière, a un rapport unique à son identité. Mais qu’en est-il de l’identité québécoise ? Qui sommes-nous ?

Dans le cadre de la publication de L’état du Québec 2019, l’INM et Léger ont décidé de sonder les Québécois sur leur perception de notre identité commune. La conclusion de ce sondage exclusif : l’identité québécoise est plus fragmentée que jamais. Nous ne sommes plus seulement souverainiste ou fédéraliste, blanc ou noir, homme ou femme. Nous nous identifions à la fois comme femme, jeune, queer et issu d’un groupe racisé. Cela ne nous empêche pas d’être souverainiste et de droite, mais les étiquettes politiques traditionnelles et la bipolarité identitaire ne suffisent plus pour nous décrire. Nous demeurons unis sous des valeurs communes, comme la langue, la culture et l’histoire.

Le rapport différent des plus jeunes générations à l’identité collective québécoise et à leur identité individuelle n’est certainement pas étranger à cette fragmentation identitaire. Dans cette optique, nous avons invité la rédactrice en chef du magazine de vulgarisation scientifique pour adolescents Curium, Noémie Larouche, à brosser le portrait de la génération « silencieuse », ces jeunes âgés de 15 à 17 ans qui suivent dans le cortège des générations la cohorte des millénariaux. Comme l’explique l’auteure, lorsque la génération silencieuse s’exprime, elle sait se faire entendre, notamment avec une utilisation efficace des réseaux sociaux. Le mouvement des carrés jaunes constitue d’ailleurs une belle illustration de cet engagement, à l’ère du numérique.

L’ex-journaliste à Radio-Canada Michel Rochon a de son côté été invité à réfléchir sur les vieux jeunes, ceux âgés de 30 à 45 ans. Pour l’auteur, la vision ouverte, inclusive et équitable des jeunes leaders de cette génération caractérise leur action, à la fois sur le plan professionnel et dans leurs engagements sociaux. Plus question d’être investi dans un projet entrepreneurial sans en considérer l’impact social.

Un problème à régler

La fragmentation de notre identité collective pose également des défis en ce qui a trait au vivre-ensemble. Certains groupes vivent de la discrimination, et c’est notamment le cas des femmes et des communautés racisées. À ce sujet, Éric Charest, de l’École nationale d’administration publique, et Sami Ghzala, de l’INM, tous deux spécialistes de la discrimination systémique au Québec, nous livrent une analyse percutante de la situation au Québec et posent la question suivante : le Québec est-il prêt à sortir du déni collectif ? Nous l’avons vu avec la Consultation sur la discrimination systémique et le racisme annulée par le gouvernement du Québec à l’automne 2017, le coût politique d’une telle initiative est élevé.

Véronique Pronovost, membre du Chantier sur l’antiféminisme du Réseau québécois en études féministes, s’intéresse quant à elle à l’évolution de l’antiféminisme au Québec et propose une analyse critique des relents antiféministes qui subsistent et qui émergent, notamment avec l’arrivée au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis et la montée en popularité de la droite conservatrice, partout en Occident.

Des solutions sont exposées dans L’état du Québec 2019 pour lutter contre la discrimination, et l’une d’entre elles provient du directeur du Service de police de l’agglomération de Longueuil, Fady Dagher. Le policier plaide pour un passage des corps policiers de la culture de « combattant du crime » à celle de « police de concertation », alors que, pour lui, le travail en amont des services policiers et des services sociaux permettrait de favoriser un meilleur vivre-ensemble.

À lire à ce sujet dans « L’état du Québec 2019 »

CLÉ 9 – DISCRIMINATION
L’antiféminisme québécois au temps de Trump
Véronique Pronovost, doctorante en science politique à l’UQAM, membre du Chantier sur l’antiféminisme du Réseau québécois en études féministes et chercheuse en résidence à la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques

CLÉ 11 – JEUNESSE
La voix de la nouvelle génération silencieuse
Noémie Larouche, rédactrice en chef de Curium