Des sacs encore plus compostables

Les sacs en plastique léger servant à emballer les aliments en vrac comme les légumes et les fruits dans les marchés d’alimentation du Québec continuent d’être une importante source de pollution.
Photo: Stephane de Sakutin Agence France-Presse Les sacs en plastique léger servant à emballer les aliments en vrac comme les légumes et les fruits dans les marchés d’alimentation du Québec continuent d’être une importante source de pollution.

Depuis 2017, en plus d’interdire les sacs en plastique léger servant à emballer les fruits et les légumes dans les supermarchés, la France n’autorise que des sacs compostables constitués en grande partie de matière végétale et qui sont compostables dans un composteur domestique. Une solution dont pourrait s’inspirer le Québec pour améliorer le traitement de ses matières résiduelles.

Les sacs en plastique léger servant à emballer les aliments en vrac comme les légumes et les fruits dans les marchés d’alimentation du Québec — désormais interdits en France et en Italie — continuent d’être une importante source de pollution, étant donné qu’ils ne sont pas biodégradables. De plus, ils se retrouvent fréquemment par erreur dans les matières compostables et causent des maux de tête aux entreprises qui les traitent. Et les rares sacs compostables qui sont offerts sur le marché québécois répondent à des exigences qui sont nettement moins élevées qu’en Europe.

Pour obtenir la certification « compostable » du Bureau de normalisation du Québec (BNQ), les sacs doivent se dégrader en tout au plus 180 jours dans des installations de compostage industrielles où prévalent des conditions particulières d’hygrométrie, de température — qui doit atteindre 60 °C — et d’oxygénation. Ces sacs doivent produire un compost de qualité, non toxique (contenant une très faible concentration en métaux lourds) et capable de favoriser la croissance végétale. Ils sont avant tout destinés à faciliter la manutention des matières biologiques qui font l’objet d’un ramassage par les services municipaux en vue d’un compostage industriel.

« Ces sacs pourront peut-être se décomposer dans un composteur domestique, mais cela prendra beaucoup plus de temps en raison de la faible température prévalant dans les composteurs domestiques comparativement aux installations industrielles, où on élève la température à 60 °C », précise Jean Rousseau, directeur principal du BNQ.

Pourtant, plusieurs entreprises de compostage indiquent avoir des problèmes avec ces petits sacs en apparence inoffensifs. « Le temps pour que les sacs compostables se désintègrent est supérieur au temps de compostage. C’est le principal défi auquel nous faisons face », disait récemment au Devoir Benoît Lamarche, le responsable des opérations dans l’ouest du Québec chez Englobe, une entreprise spécialisée dans la gestion des matières résiduelles.

Les experts et groupes environnementaux s’entendent tous pour dire que le sac est indispensable pour donner envie au citoyen de composter. Mais si on en changeait la composition ?

La France mise sur le végétal

En France, les petits sacs en plastique sont interdits depuis le 1er janvier 2017. Et on exige que les sacs à usage unique soient compostables en compostage domestique, c’est-à-dire qu’ils puissent être incorporés à un composteur de jardin dans lequel ils se biodégraderaient en six à douze mois selon la température et l’hygrométrie du composteur.

« La norme est différente entre un compostage domestique et un compostage industriel : un sac compostable en compostage domestique doit être plus facilement dégradable (dans des conditions de température et d’humidité moins contrôlées). Le compostage industriel induit des montées en température plus importantes et mieux contrôlées qui favorisent la biodégradabilité. Un sac prévu pour un compostage industriel n’est pas compostable en compostage domestique [ou très peu et en beaucoup plus de temps], alors que l’inverse l’est », précise Anne-Sophie Lebriton, du service de presse du ministère de la Transition écologique et solidaire.

Tous les sacs compostables doivent contenir au moins 40 % de matières végétales. Et la teneur biosourcée — c’est-à-dire en matières végétales — minimale doit augmenter progressivement à 50 % à partir du 1er janvier 2020 et à 60 % à compter de 2025.

Fondamentalement, cette mesure vise à réduire l’utilisation d’une matière fossile (pétrole) qui est une ressource limitée et à la remplacer par une matière renouvelable.

Au ministère de la Transition écologique et solidaire, on fait aussi valoir que « la teneur croissante en matière biosourcée permet d’accroître le niveau d’innovation du secteur de fabrication des sacs et de relocaliser en France, ou du moins en Europe, une partie de leur fabrication qui se faisait en Asie pour les sacs de plastique ». Avec cette mesure, la France espère donc créer de nouveaux emplois en recherche et développement, ainsi que dans la fabrication des sacs.

Les normes du BNQ n’exigent pas quant à elles que les sacs compostables contiennent une teneur minimale en matière végétale.

Plus complexes

Les 40 % de matière végétale sont majoritairement de la fécule de pomme de terre. Les 60 % sont quant à eux constitués d’un « co-polymère d’origine fossile, dont les liaisons entre les molécules sont différentes de celles présentes dans le polyéthylène, et donc plus faciles à dégrader par les bactéries. Les molécules du co-polymère proviennent certes d’un composé fossile, mais elles sont structurées de telle manière qu’elles peuvent être ingérées par les bactéries qui les dégraderont en CO2, en eau et en humus exempt de tout résidu dangereux », explique Pascal Melois, responsable du développement de produits chez Publi Embal, une filiale du groupe français SPhere, spécialisé dans l’emballage et les sacs.

Plus on augmente la proportion de matière végétale dans la composition des sacs, plus leur résistance diminue. « Pour obtenir des sacs qui soient suffisamment solides pour transporter des aliments, on a développé des matériaux un peu plus complexes pour compenser la faiblesse de la mécanique de la partie végétale », indique-t-il.

Compost maison

La France a modifié les normes pour faciliter le compostage hors des zones couvertes par le ramassage industriel. « Pour généraliser le compostage industriel, il faut déjà que le pays soit équipé sur tout le territoire de centres industriels de compostage, explique Pascal Melois. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui en France. Pour mettre en avant le sac biodégradable et compostable, le gouvernement a préféré donner une contrainte supplémentaire pour qu’il puisse être biodégradé plus facilement dans les composteurs domestiques, celui du jardin, et en compostage collectif en bas des immeubles, qui se fait, comme pour le compostage domestique, à température faible. »

Le défi du sac compostable entièrement végétal

« La matière végétale n’a pas une tenue mécanique suffisante pour faire des sacs, c’est pourquoi on doit la combiner à un polymère biodégradable de source pétrolière pour lui donner plus de résistance », explique Basil Favis, directeur du Centre de recherche sur les systèmes polymère et composite à haute performance à l’École polytechnique de Montréal.

La portion végétale des sacs compostables se compose le plus souvent d’amidon (aussi appelé fécule) que l’on extrait de plantes, telles que la pomme de terre, le riz ou le maïs. L’amidon pur est solide et se présente sous forme de poudre. On y ajoute généralement de l’eau et un plastifiant d’origine pétrolière, mais qui est compostable. On soumet ce mélange à « un cisaillement intense à haute température afin de briser la cristallinité de l’amidon et de permettre aux petites molécules de plastifiant de s’insérer entre les chaînes macromoléculaires d’amidon. On obtient ainsi un liquide appelé amidon thermoplastique qui peut être moulé comme un polymère classique », explique M. Favis.

« L’amidon thermoplastique seul n’a toutefois pas de tenue mécanique suffisante pour fabriquer des sacs très minces. C’est pour cette raison qu’on le mélange à d’autres polymères compostables, notamment le polybutyrate adipate téréphtalate [PBAT], qui est un polymère d’origine pétrolière, mais qui est biodégradable et compostable », dit-il.

« La fabrication d’emballages constitués uniquement de matière végétale demeure encore un grand défi », lance M. Favis, dont les recherches visent à mettre au point « des mélanges de polymères qui permettraient d’obtenir des matériaux de très haute résistance à l’impact, pouvant servir à la fabrication de pare-chocs de voiture et de téléphones cellulaires, par exemple, et qui soient complètement biodégradables ».