Une nouvelle technique pour faire peau neuve

Les chercheurs ont réussi à reconstruire en laboratoire des morceaux de peau comportant un derme et un épiderme, et dont l’épaisseur était comparable à celle des prélèvements effectués sur le patient.
Photo: iStock Les chercheurs ont réussi à reconstruire en laboratoire des morceaux de peau comportant un derme et un épiderme, et dont l’épaisseur était comparable à celle des prélèvements effectués sur le patient.

Une nouvelle technique de reconstruction de peau conçue par des chercheurs de l’Université Laval fait des miracles pour les grands brûlés, qui retrouvent grâce à elle une nouvelle peau presque normale qui, en plus, se régénère. Les greffons créés par cette technique feront l’objet d’un essai clinique pancanadien.

À partir d’un prélèvement de peau saine du patient — de la surface d’une pièce de deux dollars —, les scientifiques du Centre de recherche en organogénèse expérimentale de l’Université Laval (LOEX) isolent les cellules de l’épiderme (des kératinocytes) et du derme (appelées fibroblastes), puis les cultivent séparément en laboratoire. Une fois qu’un derme (couche intermédiaire de la peau) s’est constitué, ils déposent à sa surface les kératinocytes qui contribueront à former l’épiderme.

« Le grand défi en culture de tissu est de préserver les cellules souches de l’épiderme, d’assurer leur survie tout au long du processus. Car si on perd les cellules souches en cours de route, le tissu que l’on greffera finira par faire des plaies, parce que ce sont les cellules souches qui renouvellent normalement l’épiderme tous les 28 jours. Sans cellules souches, le greffon ne possède pas cette capacité de proliférer continuellement pour remplacer le tissu. Or, nous avons réussi à mettre au point des conditions de culture (matrice nourricière, facteurs de croissance, etc.) qui permettent de conserver non seulement les cellules déjà différenciées, mais aussi les cellules souches qui autrement se différencieront et migreront vers la surface », fait remarquer Lucie Germain, directrice scientifique du LOEX.

Le derme est quant à lui reconstruit par la méthode d’auto-assemblage. Cette technique découverte au LOEX permet aux fibroblastes isolés de la biopsie de sécréter la matrice extra-cellulaire qui les entoure dans la peau normale, et de s’auto-assembler « comme cela se produit au cours de l’embryogénèse ». « L’avantage de l’auto-assemblage est qu’il ne nécessite pas l’ajout de matériaux exogènes, comme le collagène, car les cellules le font elles-mêmes », précise Mme Germain, qui est professeure à l’Université Laval et chercheuse au Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval.

Quand ils ont réussi à reconstruire en laboratoire des morceaux de peau comportant un derme et un épiderme, et dont l’épaisseur était comparable à celle des prélèvements effectués sur le patient dans le but de réparer la peau brûlée, les chercheurs du LOEX ont éprouvé leurs greffons sur des animaux dans le cadre de tests précliniques. Par la suite, ils ont traité quatorze patients dont une si grande superficie du corps était brûlée qu’il était impossible de prélever suffisamment de peau saine pour la greffer aux endroits endommagés.

Huit ans et demi plus tard, la peau reconstruite au LOEX et qui a été greffée à ces patients est « normale, sans plaie ni cicatrice hypertrophique », et « elle se régénère ». « Cette peau a de belles qualités du point de vue de la cicatrisation et de l’élasticité », souligne Mme Germain avant d’ajouter qu’elle présente néanmoins quelques défauts. La préparation d’un greffon par culture cellulaire en laboratoire prend deux longs mois, durant lesquels on doit couvrir les plaies « de pansements spécialisés ou de peau de cadavre ».

« Aussi, la peau reconstruite ne contient aucune glande (ni sudoripares ni sébacées) ni aucun poil. De plus, sa pigmentation est irrégulière et souvent très faible. Nous travaillons à tenter d’améliorer ces points faibles », affirme la chercheuse.

Les résultats probants obtenus chez ces quatorze patients ont été publiés dans la revue scientifique European Cells and Materials Journal, le 13 septembre dernier. Et forts de ces résultats spectaculaires, les chercheurs entament maintenant une étude clinique plus large à travers le Canada.