Découverte à McGill d’un gène qui prédisposerait aux accouchements prématurés

<p>S’il est défectueux, le gène de Nodal produirait moins de protéines, ce qui permettra aux facteurs pro-inflammatoires d’envahir l’utérus et d’y instaurer un état pro-inflammatoire qui provoquera des contractions menant à l’accouchement.</p>
Photo: Jian Wang Getty Images

S’il est défectueux, le gène de Nodal produirait moins de protéines, ce qui permettra aux facteurs pro-inflammatoires d’envahir l’utérus et d’y instaurer un état pro-inflammatoire qui provoquera des contractions menant à l’accouchement.

Des chercheurs de l’Université McGill ont découvert un gène qui, s’il est défectueux, prédisposerait les femmes aux accouchements prématurés. L’étude de ce gène devrait permettre de concevoir des traitements destinés à prévenir les naissances prématurées pour lesquelles on ne peut rien faire pour l’instant.

C’est en étudiant le rôle du gène Nodal dans l’implantation de l’embryon dans l’utérus chez la souris que Daniel Dufort, professeur au Département d’obstétrique et de gynécologie de l’Université McGill, a découvert tout à fait par hasard que les souris accouchaient prématurément quand il bloquait l’action de ce gène dans l’utérus par manipulation génétique. Le chercheur a alors voulu vérifier si le gène Nodal exerçait un effet comparable chez l’humain. Pour ce faire, son équipe a analysé les données collectées auprès de 613 femmes, dont 424 avaient accouché à terme et 189 précocement, dans quatre hôpitaux de la grande région de Montréal, dans l’espoir de dépister des associations entre des versions particulières de la séquence d’ADN du gène Nodal, deux facteurs de risque de prématurité — la vaginose bactérienne et l’inflammation de l’utérus — et l’accouchement prématuré. Ils ont alors remarqué que les femmes dont la version du gène Nodal produisait une protéine défectueuse, et donc « moins efficace, étaient plus sujettes à accoucher prématurément lorsqu’elles contractaient une des deux infections ». Cette association suppose donc l’existence d’« une interaction entre le système immunitaire, l’inflammation et le gène Nodal », souligne M. Dufort, qui a dirigé ces travaux ayant conduit à la publication de plusieurs articles, dont un paru récemment dans le Journal of Perinatology.

Rôle du gène Nodal

Le gène Nodal normal contribue à maintenir l’utérus dans un état anti-inflammatoire durant les neuf mois de la grossesse, explique le chercheur. Si la femme contracte une infection vaginale ou est victime d’une inflammation du placenta en cours de grossesse, les protéines synthétisées par ce gène freineront la sécrétion de facteurs pro-inflammatoires par les cellules du système immunitaire et préviendront ainsi le déclenchement de contractions susceptibles de conduire à un accouchement prématuré, car rappelons-le, les facteurs pro-inflammatoires induisent les contractions de l’utérus.

Par contre, si le gène Nodal est altéré, il produira moins de protéines ou des protéines moins efficaces, ce qui permettra aux facteurs pro-inflammatoires d’envahir l’utérus et d’y instaurer un état pro-inflammatoire qui provoquera des contractions menant à l’accouchement.

« On se doutait que des facteurs génétiques prédisposaient les femmes à accoucher prématurément, car une femme dont la mère ou les tantes ont eu des accouchements précoces court un risque plus élevé d’accoucher avant terme, affirme M. Dufort. Également, on a longtemps attribué les taux élevés — atteignant 18 à 19 % — d’accouchements précoces en Afrique à la dénutrition et à la pauvreté, mais les taux élevés observés parmi les femmes noires des États-Unis dont le mode de vie est comparable au nôtre démontrent qu’un facteur génétique est impliqué », fait-il remarquer avant de préciser que dans les pays tels que la Finlande, la Suède et le Japon, ce taux n’est que de 5 %, et au Canada, de 8 à 9 %, ce qui correspond à environ 30 000 naissances prématurées par année.

Des pistes de thérapie

« Comme nous ne disposons d’aucune thérapie pour prévenir les accouchements prématurés, cette découverte nous donne espoir de trouver des avenues thérapeutiques », lance avec enthousiasme M. Dufort, qui poursuit ses recherches à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill. Son équipe s’applique actuellement à comprendre comment la protéine produite par le gène Nodal procède pour maintenir l’utérus dans un état anti-inflammatoire.

« Avec une molécule qui agit de façon similaire à cette protéine, on pourrait maintenir l’environnement utérin dans un état anti-inflammatoire jusqu’à ce que le foetus arrive à terme et ainsi prévenir les contractions susceptibles de provoquer l’accouchement. On pourrait même séquencer le gène Nodal chez les femmes enceintes pour déterminer leur risque d’accoucher prématurément et suivre de plus près celles qui courent un plus grand risque », propose le chercheur.

L’équipe de M. Dufort prévoit maintenant d’analyser les données d’autres femmes ayant accouché dans d’autres hôpitaux du Québec et de l’Ontario afin de vérifier s’il existe des associations entre des formes mutées du gène Nodal et d’autres facteurs de risque, comme le tabagisme, la consommation d’alcool, la nutrition et le stress.