Obésité, la part de responsabilité du cerveau

Les stratégies destinées à aider les personnes obèses à perdre du poids ne doivent pas se limiter à la diète.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Les stratégies destinées à aider les personnes obèses à perdre du poids ne doivent pas se limiter à la diète.

Une grande part des gènes de prédisposition à l’obésité sont exprimés dans le cerveau, où ils interviendraient plus spécifiquement dans des fonctions cognitives de haut niveau, telles que la prise de décision et le contrôle des émotions et des comportements, révèle une étude publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS). Selon les auteurs de l’article, ces résultats montrent que les stratégies destinées à aider les personnes obèses à perdre du poids ne doivent pas se limiter à la diète, mais qu’elles devraient aussi inclure des interventions cognitivo-comportementales.

Les chercheurs de l’Institut et hôpital neurologique de Montréal (le Neuro) ont fait cette découverte en analysant les données d’imagerie cérébrale et de tests cognitifs effectués sur quelque 1200 sujets provenant du Projet Connectome humain, financé par les National Institutes of Health (NIH). Le fait qu’un grand nombre de ces sujets étaient des jumeaux identiques (ayant le même bagage génétique) ou des jumeaux non identiques (partageant 50 % de leur bagage génétique) a permis aux chercheurs de calculer l’héritabilité du poids, c’est-à-dire la proportion de la variabilité du poids qui est expliquée par les gènes. Ils ont ainsi déterminé que 70 % de la variabilité du poids est attribuable aux gènes, tandis que 30 % dépend de l’environnement.

L’analyse des données d’imagerie cérébrale a montré que chez les personnes en surpoids, l’anatomie de certaines régions du cerveau différait de celle observée chez les autres sujets. Le cortex préfrontal droit, qui gère des fonctions cognitives de haut niveau, telles que la prise de décision ainsi que l’aptitude à adapter ses comportements en fonction du contexte ou d’informations — comme celle de savoir qu’il faut perdre du poids pour sa santé — et à inhiber ceux qui ne sont pas adéquats, était plus mince chez les personnes obèses que chez les autres sujets. L’amygdale, une structure impliquée dans la réponse émotionnelle aux stimuli sensoriels, ainsi que le lobe occipital, responsable de la vision, étaient quant à eux plus volumineux.

De plus, les résultats obtenus par les personnes obèses aux tests mesurant les fonctions cognitives assumées par ces régions cérébrales étaient dans l’ensemble moins bons que ceux des autres sujets. Les chercheurs ont notamment observé une plus grande impulsivité décisionnelle chez les personnes en surpoids.

« Notre étude montre qu’il y a un lien entre ces différences anatomiques et cognitives et l’obésité. Et ce lien semble grandement « héritable », c’est-à-dire influencé par les gènes, car les jumeaux identiques avaient davantage tendance à présenter les mêmes caractéristiques neuro-cognitives. Cela nous dit aussi que l’héritabilité de l’obésité se situe en grande partie dans le cerveau, dans des zones du cerveau impliquées dans la prise de décision, le contrôle des émotions et de l’appétit, plus que dans le pancréas et le foie », souligne le neurologue Alain Dagher, du Neuro, qui a dirigé l’étude.

« Une des causes de l’obésité chez l’humain est reliée au fait que nous sommes constamment exposés à de la nourriture, notamment sous la forme de publicités présentant des aliments riches en calories. Nous pensons que les gens obèses auraient plus de difficulté à résister à ces stimuli. Leur aptitude à contrôler leur réponse à ces stimuli est peut-être moins grande, ce qui les mènerait à surconsommer dans un environnement où la nourriture est omniprésente », avance le chercheur.

Les trois régions cérébrales qui présentent des différences anatomiques chez les personnes obèses sont impliquées dans ce phénomène. On voit les publicités et les aliments dans notre environnement grâce au cortex visuel, lequel est relié au système limbique (contenant l’amygdale), où sont générées les émotions suscitées par ces stimuli de nature alimentaire. « Mais le système limbique est aussi intimement connecté au cortex préfrontal, qui est impliqué dans le contrôle des émotions. L’interaction entre ces trois régions cérébrales intervient dans la décision de manger », explique le Dr Dagher.

« Il est important de rappeler que même si l’obésité est en grande partie d’origine génétique (jusqu’à 70 %), cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas intervenir. Plusieurs croient que parce que le poids dépend principalement des gènes, on ne peut rien faire. Or, ce n’est pas du tout le cas. Une personne peut hériter de gènes prédisposant fortement à l’obésité, mais si elle fait beaucoup d’exercice, elle restera mince. On hérite d’une prédisposition qui s’exprimera plus ou moins selon l’environnement dans lequel on vit », prévient le chercheur.

Comme le poids est en grande partie contrôlé par des facteurs neurocognitifs, pour traiter l’obésité, il ne faudrait donc pas seulement se concentrer sur l’aspect calorique. Il faudrait aussi travailler sur l’aspect neurocognitif, par le biais de thérapies cognitives comportementales, par exemple. « Il faut essayer de réduire le nombre de calories, mais pour y arriver, il faut probablement agir sur le cognitif », résume-t-il.

8 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 30 août 2018 07 h 59

    Erreur !

    Le rédacteur a fait une erreur en parlant du ''cortex préfrontal DROIT, qui gère(rait) des fonctions cognitives de haut niveau'', c'est plutôt le cortex GAUCHE qui gére ce côté rationnel, alors que le droit est plutôt lié aux émotions humaines, et c'est ce cortex droit qui est plus connecté à l'amygdale, siège des émotions plus instinctives et inconscientes.

  • Elisabeth Doyon - Abonnée 30 août 2018 09 h 53

    L'oeuf ou la poule

    Réglons la question de l'oeuf ou de la poule tout de suite : l'oeuf est venu avant, la poule est un dinosaure, et les dinosaures naissaient dans des oeufs! L'expression n'a plus raison d'être....
    Or, gros à cause du cerveau? Certainement, mais peut-être pas de la manière qu'on l'a ici décrit.
    N'oublions pas que la publicité en question fonctionne au neuromarketing, à la dégradation de produit, puis qu'elle utilise absolument tous les biais connus pour cibler avec acuité sa publicité.
    Il serait beaucoup plus rentable d'interdire l'abus de ses connaissances développées sur notre compréhension de l'esprit que de culpabiliser les personnes qui en deviennent les plus grandes victimes en disant leur amygdale trop épaisse et leur préfrontal trop mince.
    Le cerveau est plastique, il change, et nous ne savons pas placer dans une chaîne causale l'apparence du cerveau puisqu'il se modifie selon notre comportement, nos traumatismes, notre éducation, etc. Il est donc par ailleurs très imprudent - même si c'est la mode - d'établir une chaîne causale dont le point de départ serait l'apparence du cortex puisque cette apparence peut être autant une cause qu'une conséquence. Plus encore, le cerveau, cet organe, ne répond pas à notre volonté - vous ne pouvez faire pousser une zone ou en amincir une autre, vous ne pouvez qu'agir, décider, penser dans un contexte ou un environnement. Envoyer la cause dans une zone où la volition n'existe pas n'a aucune sorte de bénéfice et donne l'illusion que le cerveau est statique - une fatalité qui ne concorde pas avec les données probantes.

    Le malade n’est pas la pauvre personne obèse, c’est le système alimentaire, la publicité et le capitalisme qui est malade. La surconsommation n'est pas une maladie du peu de volonté, elle est une maladie de la croissance économique.

    • Nadia Alexan - Abonnée 30 août 2018 14 h 29

      Bravo, madame Doyon pour un commentaire lucide et pertinent. Comme vous le dites très bien: »Le malade n’est pas la pauvre personne obèse, c’est le système alimentaire, la publicité et le capitalisme qui est malade. La surconsommation n'est pas une maladie du peu de volonté, elle est une maladie de la croissance économique.»
      Excellente explication de l'obésité. Félicitations madame.

  • Jana Havrankova - Abonnée 30 août 2018 09 h 55

    Cause ou conséquence ?

    La relation entre les anomalies cérébrales et les tests de comportement d’une part et l’obésité d’autre part en est une de corrélation dans cette étude. Il est possible que l’obésité, qui cause une inflammation chronique, produise des lésions cérébrales observées, Celles-ci seraient donc la conséquence et non la cause de l’obésité. Pour déterminer que l’obésité est causée par des anomalies cérébrales, il faudrait examiner les cerveaux des personnes non obèses à risque d’obésité, les enfants de parents obèses en particulier.

    Que l’obésité a une importante composante héréditaire est connu depuis au moins 20 ans : rendons hommage au professeur Claude Bouchard et à son équipe de l’Université Laval, qui ont été des pionniers dans ce domaine.

  • Serge Ménard - Abonné 30 août 2018 12 h 24

    Précisions

    Oui il faut changer le cognitif car la faim origine du cerveau. C’est aussi notre environnement avec ses trois repas par jour qui dicte aussi quand nous aurons faim. Les habitudes sont tenaces !
    Cependant lorsque l’étude propose que « si elle fait beaucoup d’exercice, elle restera mince », il y a erreur d’appréciation de la valeur de l’exercice pour éviter de prendre du poids. Mes lectures proposent que l’exercice n’intervient qu’à 10% pour permettre de rester mince. C’est nettement insuffisant.
    L’autre proposition de l’étude est que « Il faut essayer de réduire le nombre de calories… » Le problème avec ce genre de proposition est que les calories sont toutes mises dans le même panier. Aucune distinction n’est faite par rapport à la provenance des calories. L’effet sur le métabolisme d’une calorie de brocoli n’est certainement pas le même qu’une calorie de crème glacée !
    L’étude tombe dans le vieux schème de pensée que « mangez moins et bougez plus » vous fera perdre du poids. Ça n’a jamais marché et ça ne marchera jamais, plusieurs études l’ont démontré.
    En terminant, je vous invite à lire Code obésité du Dr Jason Fung.

  • Doan trang Phan - Abonnée 30 août 2018 15 h 50

    La pub

    Nous ne sommes donc pas tous égaux devant une pub

    • Richard Legault - Abonné 30 août 2018 18 h 16

      Et non, nous ne sommes pas tous égaux... même devant la loi!
      Nous naissons tous avec un bagage différent de forces et de faiblesses au niveau constitutionnel.
      Et notre expérience acquise peut aussi varier de beaucoup. Alors, on peut déduire que certaines personnes peuvent être plus vulnérables que d'autres à certains stimulis ou répondre plus ou moins adéquatement faec à ceux-ci.