Les perroquets peuvent-ils rougir d'émotion?

Les joues des aras sont irriguées de vaisseaux sanguins, comme chez les humains.
Photo: Tang Chhin Sothy Agence France-Presse Les joues des aras sont irriguées de vaisseaux sanguins, comme chez les humains.

Washington — Et si les perroquets rougissaient comme les humains dans des situations d’émotions vives ?

Les chercheurs sont encore loin de comprendre le mécanisme exact, mais une équipe française dit avoir observé rigoureusement le phénomène pour la première fois, chez cinq aras du zoo de Beauval en France. Ils ont publié leurs résultats dans la revue scientifique américaine PLOS One mercredi.

Une partie des joues du ara bleu et jaune (Ara ararauna) est nue, sans plumes. C’est cette peau blanche qui, se sont aperçus les chercheurs, rougissait lors d’interactions avec les soigneurs, lors de moments considérés comme « positifs » pour eux.

« Les oiseaux n’ont pas de muscles sur la face », explique à l’AFP Aline Bertin, chargée de recherche à l'Institut national de la recherche agronomique (INRA), qui a dirigé l’expérience. « Ils n’ont jamais été étudiés pour leurs expressions faciales ».

Anecdotiquement, les propriétaires d’aras avaient remarqué ces rougissements, tout comme chez quelques autres oiseaux sauvages. Les joues sont irriguées de vaisseaux sanguins, comme chez les humains. Mais il fallait encore documenter le phénomène.

L’expérience a consisté à filmer et photographier les oiseaux, sur un perchoir d’une volière de Beauval, lors d’interactions organisées avec les animaliers qui s’occupent habituellement d’eux.

Photo: A. Beraud Agence France-Press

Le plus souvent, il ressortait des interactions que la peau des oiseaux, autour des yeux, se mettait à rougir.

L’expérience est limitée par le petit échantillon, seulement cinq volatiles. Et elle ne permet pas de conclure formellement sur la raison du rougissement.

« On ne sait pas si les oiseaux peuvent ressentir des émotions positives », dit Aline Bertin. Mais ces travaux posent les jalons de futures expériences, en créant une méthode qui permettra de « mieux comprendre la sensibilité des oiseaux ».

Les connaissances sont encore très limitées sur la partie « sensibilité » du cerveau des oiseaux, alors qu’elles sont très avancées sur leur intelligence, comparable à celle des mammifères. Nombre d’oiseaux savent utiliser des outils et résoudre des problèmes.

Côté émotion et stress, les scientifiques ont jusqu’à présent surtout décrit les parades sexuelles ou les situations de conflit, lors desquelles ce sont les plumes qui sont principalement utilisées, en étant dressées ou lissées.

Mais sur leurs émotions positives, la recherche est balbutiante, dit Aline Bertin.

« On n’imagine pas que l’oiseau peut avoir un monde émotionnel aussi complexe qu’un primate, un chien ou un chat », dit la chercheuse. « Cela ne choque personne de voir des perroquets en animaleries dans une cage, alors qu’on ne voit plus de primates. Il y a un décalage ».