Ouvrir les yeux sur les bienfaits de l’hypnose

À Haguenau, dans l’est de la France, un pompier hypnotise une «victime» d’accident de la route dans le cadre d’un exercice de désincarcération.
Photo: Frederick Florin Agence France-Presse À Haguenau, dans l’est de la France, un pompier hypnotise une «victime» d’accident de la route dans le cadre d’un exercice de désincarcération.

L’hypnose est largement employée en Europe par les anesthésistes, les urgentologues, les chirurgiens, psychiatres et autres médecins. Au Québec, son utilisation est encore très marginale. Les rares dentistes, pédiatres et médecins en soins palliatifs qui y ont recours dans leur pratique et qui vantent ses effets spectaculaires pour apaiser la douleur et l’anxiété dénoncent une méconnaissance de cette technique, dont les neuroscientifiques ont pourtant démontré les effets concrets sur le cerveau.

Ces professionnels espèrent que le 21e congrès mondial d’hypnose médicale et clinique, qui réunit cette semaine à Montréal des experts de diverses universités du monde (Stanford et Harvard aux États-Unis, de Liège en Belgique, de Montréal, McGill et Concordia) contribuera à démolir les mythes entourant l’hypnose et à sensibiliser, voire convaincre le monde médical québécois de ses avantages.

« La plupart des mythes et des fausses conceptions concernant l’hypnose sont en grande partie alimentés par l’hypnose de spectacle, dans laquelle l’hypnotiseur prétend posséder un pouvoir lui permettant de faire faire n’importe quoi au participant », explique Michel Landry, ancien président de la Société québécoise d’hypnose et président du congrès.

« Ces mythes laissent entendre qu’il y a une prise de contrôle de la conscience et de la volonté du libre arbitre des participants. La réalité est tout autre. Les gens peuvent refuser d’être hypnotisés et il faut même leur collaboration pour les hypnotiser. De plus, si [l’hypnotiseur] suggère au participant de faire quelque chose qui irait à l’encontre de ses convictions, il refusera de le faire », ajoute le neuroscientifique Pierre Rainville de l’Université de Montréal.

« Tous les gens qui viennent me consulter entrent en hypnose parce qu’ils sont motivés. Leur souffrance persistante est souvent le facteur de motivation. Le lien de confiance que le sujet entretient avec le professionnel de la santé est le deuxième facteur de réussite », souligne M. Landry, qui aide des personnes à utiliser l’hypnose pour mieux gérer les douleurs de l’accouchement, pour les préparer à recevoir des traitements de chimiothérapie ou pour contrôler leur anxiété.

Douce amnésie

Le Dr Paul Landry, dentiste à Magog, utilise l’hypnose tous les jours, pas pour supprimer la douleur, car il administre toujours une anesthésie chimique, mais pour induire « un état de bien-être et de relaxation ». « Je l’utilise pour induire un état de conscience modifié qui détend les patients et les rend très réceptifs à nos suggestions. Ceux-ci arrêtent de saliver ou de saigner quand je leur demande. De plus, les patients sous hypnose bougent très peu, ce qui facilite les interventions. Un autre avantage de l’hypnose est qu’elle provoque une petite amnésie et que le patient ne se rend pas compte de la durée de l’intervention qui a pu prendre plus d’une heure. Et tous les patients qui vivent une séance d’hypnose sortent avec le sourire », précise le Dr Landry, qui encourage les gynécologues à y avoir recours.

La Dre Sylvie Lafrenaye, pédiatre-intensiviste au CHU de Sherbrooke, affirme que l’hypnose fonctionne très bien chez ses jeunes patients en raison de leur puissant pouvoir d’imagination.

Selon la Dre Marjorie Tremblay qui oeuvre en soins palliatifs à l’Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal et à la Maison des soins palliatifs de Laval, l’hypnose est un traitement adjuvant qui accroît l’efficacité des médicaments destinés à réduire la douleur et l’anxiété. Depuis qu’elle a suivi une formation il y a un an, l’hypnose est devenue « une nouvelle corde à [son] arc pour aider les patients en fin de vie aux prises avec une souffrance existentielle ». « Je les guide pour qu’ils entrent par le biais de l’imagination dans un lieu de bien-être. Mon but est qu’ils puissent ensuite accéder à ce lieu par eux-mêmes », dit-elle.

 
Moins de séquelles

L’anesthésiste Marie Élisabeth Faymonville du CHU de Liège, en Belgique, a écarté l’anesthésie générale au profit de l’hypnose pour des milliers de patients, car, fait-elle valoir, l’anesthésie hypnotique laisse moins de séquelles et comporte moins d’effets secondaires. Sur 5000 cas, elle a dû avoir recours à l’anesthésie générale pour une vingtaine de patients seulement.

Mais les données les plus susceptibles de convaincre les plus réfractaires proviennent de la recherche fondamentale. Le neuroscientifique Pierre Rainville a observé que lorsqu’il adressait des paroles suggérant une analgésie à un individu sous hypnose, l’activité des zones cérébrales impliquées dans la douleur diminuait, et cette diminution corroborait ce que la personne rapportait au sujet de l’intensité de sa douleur.

Qui plus est, en réponse à une douleur aiguë, le rythme cardiaque et la sudation des mains augmentaient moins lorsque la personne était sous hypnose. De plus, le réflexe de retrait de la jambe à la suite d’une stimulation électrique douloureuse de la cheville était visiblement atténué. « Ces études témoignent d’une activation d’un processus actif d’inhibition de la douleur », souligne le chercheur, qui croit qu’il « faudrait mieux faire reconnaître la crédibilité de l’hypnose dans le milieu médical québécois » compte tenu de tous les bienfaits qu’elle peut apporter.