Les sacs compostables sont-ils nuisibles?

Les sacs «oxo-fragmentables» ne sont pas compostables. Il s'agit plutôt de sac de polyéthylène, qui se fragmentent en petites particules qui persistent dans l’environnement.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Les sacs «oxo-fragmentables» ne sont pas compostables. Il s'agit plutôt de sac de polyéthylène, qui se fragmentent en petites particules qui persistent dans l’environnement.

Avec la collecte des résidus de table dans plusieurs municipalités de la province, de petits sacs compostables ont fait leur entrée dans les foyers québécois. S’ils facilitent la tâche à ceux qui veulent se débarrasser de manière responsable de leurs déchets, ils compliquent la tâche aux entreprises de compostage. Pourquoi ?

Dans un reportage de Radio-Canada diffusé mercredi, on apprenait que EBI, l’entreprise qui reçoit la plus grande partie des déchets compostables de la Ville de Montréal, perd une grande partie de la matière compostable en raison de ces sachets.

« Quand un camion arrive avec des déchets de table, c’est comme une soupe. Pour composter, ça prend de la matière azotée et de la matière carbonée. Un sac avec seulement des fruits en décomposition, ça ne fera pas du bon compost,explique au Devoir Gilles Denis, le directeur du site de EBI. Il faut que le contenu des sacs soit mis en contact avec de la matière carbonée, comme des feuilles mortes, à l’intérieur d’un ou deux jours, sinon ça devient de la pourriture. »

Ainsi, même s’ils sont compostables, les sacs ne se décomposent pas assez rapidement pour que les résidus soient convenablement traités. Chez EBI et plusieurs autres entreprises de compostage au Québec, les sacs sont déchirés et séparés de la matière. « On a un appareil qui déchire les sacs, explique M. Denis. Puis, la matière se déplace sur un tapis qui vibre, et la matière compostable tombe en bas tandis que les sacs restent sur le tapis. »

Évidemment, ce procédé ne fait pas la différence entre les sacs compostables et les sacs de plastique ordinaires : ils prennent tous le chemin du site d’enfouissement. De plus, de nombreux sacs ne sont pas déchirés par la machinerie et se retrouvent dans les ordures avec la matière organique qu’ils contiennent.

« Les citoyens ont de la bonne volonté, ils mettent leurs résidus de table dans des sacs compostables. Cependant, le temps pour que les sacs compostables se désintègrent est supérieur au temps de compostage. C’est le principal défi auquel nous faisons face », pense lui aussi Benoît Lamarche, le responsable des opérations dans l’ouest du Québec chez Englobe, une entreprise spécialisée dans la gestion des matières résiduelles.

Le temps pour que les sacs compostables se désintègrent est supérieur au temps de compostage. C’est le principal défi auquel nous faisons face.

Quelles solutions adopter ?

La cohabitation entre les sacs compostables et les sacs en plastique est, par ailleurs, assez difficile. Seulement 20 % des sacs qui se retrouvent au centre de compostage sont des sacs compostables, estime Gilles Denis.

Pour l’industrie du compost, le sac de papier représente une meilleure option. M. Lamarche donne l’exemple la ville de Vaudreuil, qui incite ses citoyens à les utiliser.

« Pour nous, c’est une véritable bénédiction ! Toutefois, il demeure la question de la facture. Qui paye le sac ? C’est le citoyen ? Si c’est le cas, le taux de participation diminue. »

Ainsi, M. Lamarche n’est pas en faveur du bannissement des sacs compostables. « Si on enlève les sacs de plastique, on réduit le taux de détournement des sites d’enfouissement. Il faut être pragmatique. »

À la Ville de Montréal, le maire de l’arrondissement de Verdun et membre du comité exécutif Jean-François Parenteau partage cet avis. Il indique que la question du compost représente un « défi communicationnel » pour la Ville, car l’usage des sacs compostable est bon, mais pas idéal.

Solution de rechange

L’industrie du compostage au Canada est encore jeune, et chaque entreprise a développé ses propres pratiques. Tandis que EBI et Englob visent de gros marchés, d’autres plus petits joueurs travaillent différemment et ne rencontrent pas de problèmes avec les sacs compostables.

« Ça fait vingt ans qu’on fait du compost, et les sacs compostables ne nous ont jamais posé de problèmes. Ils se décomposent et on les voit plus », indique Michael Lafortune, le p.-d.g. de Compo Recycle, une entreprise basée dans Lanaudière.

La méthode de cette entreprise est très différente de celle de ses concurrents. Après un premier déchirement des sacs, des employés trient la matière manuellement.

« Ils s’assurent que les sacs sont bien ouverts et ils retirent les sacs en plastique ordinaire », explique M. Lafortune. Les employés laissent les sacs compostables, qui se mêlent au reste de la matière. « Il y a un coût relié à ça, ajoute-t-il. Nous sommes plus chers qu’ailleurs, mais nous faisons du compost de haute qualité. »

Cela dit, M. Lafortune comprend bien la situation de ses concurrents et ne les blâme pas. « La faute revient aux coûts extrêmement bas de l’enfouissement au Québec », indique-t-il, expliquant que cela exerce une pression à la baisse sur les prix dans l’industrie du compostage.

Susan Antler, du Conseil canadien du compost, reconnaît que les entreprises abordent différemment la problématique des sacs compostables en fonction du marché qu’elles visent.

« Les installations de compostage doivent se financer toutes seules. Des équipements ou des méthodes plus efficaces pour séparer les sacs existent, mais elles ont un coût. » « L’industrie du compostage est nettement sous-financée », ajoute-t-elle.

« La Nouvelle-Écosse a adopté une loi, il y a vingt ans, qui interdit d’exporter les matières résiduelles, explique M. Lafortune. En conséquence, les redevances sur l’enfouissement sont plus élevées là-bas, et cela a fait en sorte que les infrastructures de compostage se sont énormément développées. Je pense qu’ils ont trouvé la bonne solution. »

L’Europe opte pour les sacs compostables

Dans le but de réduire les impacts environnementaux catastrophiques pour les espèces marines qu’entraînent la production et la distribution des sacs de plastique qui mettent plusieurs centaines d’années à se dégrader, certains pays d’Europe ont adopté les sacs biodégradables et compostables qui se décomposent en tout au plus douze mois.

Une telle politique ravirait sans aucun doute Benoît Lamarche, responsable des opérations dans l’ouest du Québec chez Englobe, une entreprise spécialisée notamment dans la gestion des matières résiduelles, qui affirmait hier au Devoir que « le scénario idéal pour les opérations de compostage serait que toute l’industrie des plastiques fasse un virage vers des plastiques totalement compostables ».

Depuis le 1er juillet 2016, les sacs de plastique d’une épaisseur inférieure à 50 microns ne peuvent plus être distribués et vendus à la caisse des commerces en France. Seuls des sacs suffisamment épais pour être réutilisés, comme des sacs de tissu ou en dérivé du plastique comme le nylon ou le polypropylène tissé le sont.

Depuis le 1er janvier 2017, les sacs de plastique à usage unique servant à emballer les légumes, les fruits, les poissons et autres denrées alimentaires en vrac sont interdits dans tous les commerces français. Ils ont été remplacés par des sacs compostables — biodégradables dans un composteur domestique — et « biosourcés », c’est-à-dire constitués pour tout ou en partie de matières d’origine biologique, comme l’amidon de pomme de terre ou de maïs.

Ces sacs doivent répondre aux normes européennes EN 13432 et française NF T51-800.

La norme EN 13432 prévoit que les plastiques biodégradables ne doivent laisser à la fin du processus de biodégradation que du CO2, de l’eau et de la matière organique non toxique pour l’environnement.La norme NF T51-800 impose que les sacs, en plus d’être compostables, aient une teneur minimale en matières végétales. Les sacs devaient contenir au minimum 30 % de matières biologiques en 2017, 40 % en 2018, et devront en incorporer au moins 50 % en 2020 et 60 % en 2025.

En vertu de ces mêmes normes, les sacs « oxo-fragmentables » sont interdits, car ils ne sont pas biodégradables. Ces plastiques ne sont en effet pas dégradés par les micro-organismes, ils se fragmentent par oxydation en petites particules qui persistent dans l’environnement.

En Italie, les supermarchés vendent à la caisse pour quelques centimes des sacs biodégradables, compostables et biosourcés, soit contenant des matières végétales issues de l’agriculture italienne, depuis 2011. Le gouvernement italien est allé encore plus loin le 1er janvier 2018 en obligeant les commerces à faire payer aux clients les sacs biodégradables et compostables utilisés pour les fruits et légumes.
6 commentaires
  • Francine Tougas - Abonnée 10 août 2018 08 h 24

    Mauvaise photo en en-tête

    Merci pour l'article, mais la photo qui l'illustre ne correspond pas à l'article. Les sacs qu'on voit-remplis de produits frais et non de résidus- sont des sas biodégradables et non pas compostables.

  • Luc Falardeau - Abonné 10 août 2018 10 h 47

    Manque d'imagination ?

    Des solutions toutes simples, écologiques et moins couteuse pour le citoyen existent. Mieux encore que les sacs de papier recyclés, on peut utiliser du papier journal pour fabriquer un petit sac que l'on insère ensuite dans le petit bac de collecte de la maison...

    En donnant ainsi la parole à des industriels, ils ne vous proposeront que des solutions qui maximisent leurs profits ou leur permettent de facturer davantage aux municipalités et ultimement aux citoyens.

  • Denis-Émile Giasson - Abonné 10 août 2018 11 h 02

    Le retour des mouches!

    Dans notre immeuble nous sommes une trentaine de personnes occupant une quinzaine de propriétés. L'arrivée des bacs bruns a sonné le réveil de mouches biens grasses qui se régalent des compostables dont l'odeur caractéristique leur aura annoncé la présence d'un lieu de croissance inespéré. Nous qui avions réussi l'opération «récupérables» et l'opération «traitement hermétique des putressibles» dans nos bacs noirs, nous revoilà de retour à la case M comme dans «M_ _ _ _ comme ça pue!» et «M_ _ _ _ c'est quoi ces mouches?» On a beau changer de bac à chaque semaine après les avoirs nettoyés, les inconvénients liés aux matières compostables, à la chaleur estivale et aux caprices des éboueurs persistent. Sacs de papier, sacs biodégradables, double emballage papier et plastiques biodégradables, rien n'y fait les inconvénients demeurent. Piège à mouche maintenant installé, bicarbonate de soude en fond des bac à peu près propres, nous reculons devant rien pour assurer la victoire des bacs bruns. Mais en attendant l'hiver: «Maudit que ça pue...»

  • Louis Desjardins - Inscrit 10 août 2018 12 h 24

    Y'en aura pas de facile...

    J'ai travaillé pendant des années à la Direction des matières résiduelles de la Ville de Montréal et je peux facilement imaginer une forme de découragement sur le visage de mes ex collègues face à cette mauvaise nouvelle qui vient jeter un autre pavé dans la marre de la gestion responsable de nos matières résiduelles.
    Je leur envoie des ondes positives car je sais qu'ils et elles travaillent avec rigueur et conviction pour que les matières ne finissent pas leur course à l'enfouissement. Cela va aussi pour les gens des OBNL et de l'entreprise privée qui doit savoir conjuguer à la fois la notion de profit avec celle d'environnement; situation souvent paradoxale.
    J'envoie aussi des ondes positives à mes ex collègues qui ont vu les matières recyclables se heurter de plein fouet aux marchés chinois et qui doivent maintenant faire tout leur possible pour rétablir la situation.
    Je pense aussi à mes ex collègues dans certains arrondissements qui doivent mettre continuellement à l'amende un certain transporteur qui ne ramasse pas les matières convenablement. Ces ex collègues se font accuser à tort d'incompétence par des citoyens mal informés qui aiment bouffer du fonctionnaire avec la bénédiction de certains médias qui carburent à l'émotion avant l'information.
    Je sais, pour avoir fait partie de l'équipe, que tous ces gens mettent, jours après jours, leur force et leur intelligence au service d'une gestion responsable des matières résiduelles. C'est pour la plupart d'entre-eux et d'entre-elles à la fois un travail et une conviction. Je sais aussi que, comme moi, ils et elles doivent se dire ces temps-ci : y'en aura pas de facile...

  • François Masseau - Abonné 10 août 2018 13 h 56

    Décourageant !

    Comment se fait-il qu’on n’a pas encore trouvé de solutions à ce problème ! Nos gouvernants essaient de nous faire croire que l’envIronnement les préoccupe mais en réalité ils s’en contrefichent ! L’image verte qu’ils veulent projeter est à peu près leur seule préoccupation. La planète est au bord du gouffre mais ces problèmes peuvent bien attendre...