Que deviendra la Station spatiale internationale en 2025?

Une solution consisterait à démanteler la station et planifier sa rentrée dans l’atmosphère en vue d’un atterrissage dans l’océan Pacifique.
Photo: Agence France-Presse / NASA Une solution consisterait à démanteler la station et planifier sa rentrée dans l’atmosphère en vue d’un atterrissage dans l’océan Pacifique.

Dans son budget 2019, le président américain annonçait qu’il cesserait le financement fédéral accordé à la Station spatiale internationale (SSI) à partir de 2025.

Cette annonce force la NASA à réfléchir à l’avenir de cette plateforme de recherche en orbite autour de la Terre qui est essentielle pour étudier les risques que les voyages spatiaux font courir à la santé des astronautes et pour éprouver de nouvelles technologies qui serviront aux futurs voyages spatiaux habités de longue durée, comme celui envisagé sur Mars.

Le premier scénario envisagé par la NASA serait de privatiser la SSI, de la « destiner à des opérations commerciales », mais une telle transition semble peu réaliste compte tenu des coûts d’entretien et d’opération qui atteignent de trois à quatre milliards de dollars par année. Un tel investissement devrait dissuader la plupart des entreprises de se lancer dans une telle aventure, souligne le rapport du Bureau de l’inspecteur général de la NASA publié le 30 juillet.

Une autre option serait de poursuivre au-delà de 2024 le mode d’opération actuel. Dans ce cas, il faudrait compter sur un financement important et stable, ainsi que sur le soutien indéfectible des partenaires internationaux actuels que sont la Russie, l’Europe, le Japon et le Canada. Il faudrait aussi « accepter des niveaux de risque plus élevés découlant du vieillissement » du matériel et des constituants de la station.

La dernière solution consisterait à démanteler la station, la sortir de son orbite et planifier sa rentrée dans l’atmosphère terrestre en vue d’un atterrissage dans l’océan Pacifique. Mais la NASA ne dispose pas des moyens nécessaires pour effectuer une telle manoeuvre de façon sécuritaire pour le moment.

Privatisation

« Le concept de privatisation de la station spatiale et de ses opérations flotte dans l’air depuis déjà plusieurs années. Il y a déjà beaucoup de travail sur la SSI qui est effectué par le secteur privé au nom des agences spatiales », fait remarquer Gilles Leclerc, directeur général de l’exploration spatiale à l’Agence spatiale canadienne (ASC).

« Au cours des dernières années, la NASA a confié au secteur privé une partie de ses activités. Elle a conclu des contrats de service avec des compagnies, comme Space X, qui assure le transport par cargo du ravitaillement de la SSI jusqu’à celle-ci. Boeing s’occupe de la majorité des opérations de la SSI. Pour le bras robotique, l’ASC confie beaucoup de travail à MDA, de Brampton en Ontario. On prévoit que prochainement Space X, Boeing et d’autres offriront aussi le transport des astronautes. »

« La Maison-Blanche a exprimé son désir de cesser le financement direct à partir de fin 2024, mais tout n’est pas joué. À la Chambre des représentants et au Sénat, plusieurs sénateurs ont affirmé que ce n’était pas réaliste et que ce serait extrêmement risqué de céder au secteur privé ce qui est la plus grande entreprise de science et technologie des XXe et XXIe siècles. D’autant que la SSI n’est absolument pas une entreprise rentable.

«Les agences spatiales investissent pour faire de la recherche qui s’étend sur plusieurs années, et le nombre de clients commerciaux qu’on a réussi à attirer au fil des ans est extrêmement mince parce que ce n’est pas très attrayant pour eux », poursuit-il.

M. Leclerc ajoute que « certaines compagnies privées seraient toutefois intéressées par l’achat de certains éléments de la SSI, comme des modules pressurisés qui ont été ajoutés récemment. Elles construiraient leur propre station spatiale privée autour de ces modules pour effectuer des expériences scientifiques et tester de nouvelles technologies au nom des agences spatiales qui deviendraient leurs clients, ou pour amener des touristes dans l’espace. Le tourisme spatial va devenir une réalité d’ici quelques années ».

« À l’ASC, on préférerait continuer selon le modèle de partenariats actuels et nous l’avons exprimé publiquement à nos partenaires, et ce, d’autant que la SSI est en très bon état. On a commencé à occuper la SSI en permanence en 2000. Mais sa construction n’a été terminée qu’en 2010, ça ne fait que huit ans qu’on l’utilise au maximum de ses capacités !

«De plus, on a construit la SSI pour qu’elle soit extrêmement robuste. Tous ses systèmes sont en excellente santé. Les astronautes se servent toutes les deux semaines du bras canadien, qui est maintenant âgé de 17 ans, pour diverses opérations. Ses systèmes seront opérationnels jusqu’en 2028. Ce n’est pas réaliste de penser que les gouvernements vont cesser de financer la SSI ! » affirme M. Leclerc.

Projets menacés

Si la station spatiale internationale perd son financement en 2025 comme annoncé, plusieurs projets de recherche figurant au programme de la NASA ne pourront être effectués ou achevés. Parmi ces projets, on compte des recherches visant à mieux comprendre des problèmes de santé apparaissant lors de séjours prolongés dans un environnement en microgravité et à trouver des moyens de les prévenir ou du moins de les atténuer, comme le syndrome neuro-oculaire, qui se caractérise par des déficits visuels occasionnés par un changement de la structure de l’œil, des troubles de certaines fonctions motrices, telles que l’équilibre, et des altérations du système immunitaire, telles que des symptômes allergiques atypiques et des réactions d’hypersensibilité.

Plusieurs équipements technologiques, comme de nouveaux respirateurs artificiels et dispositifs servant au contrôle de l’environnement intérieur des engins spatiaux, doivent être testés à bord de la SSI, où les conditions sont uniques.

Si ces recherches ne sont pas effectuées, le projet d’une mission sur Mars ne pourra être réalisé.